Affichage des articles dont le libellé est Léger-Cresson. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Léger-Cresson. Afficher tous les articles

samedi 21 novembre 2020

Le sens du calendrier

J’ai pris mon temps à lire le sens du calendrier. C’est le nouveau livre de Nathalie Léger-Cresson, il vient de paraître aux éditions Des Femmes Antoinette Fouque ; il y en a comme ça quelques-uns, des livres qui choisissent un drôle de moment pour paraître. Celui-ci a pourtant le sens du temps, le sens du calendrier, le temps y est matière, matière à se refaire soi-même. Car le sens du calendrier est un livre d’amour, et l’amour a à voir avec le temps. La durée d’une vie en couple, vingt ans. Combien de temps pour que la plaie se referme, après la déchirure qui y met un terme ? Le sens du calendrier y répond, en douceur. Car c’est un livre très doux. Une conversation (avec parfois même une très jolie sous-conversation – je sais, je donne à ce mot un sens un peu différent de celui de Sarraute, pas grave). Tiens, je l’ouvre au hasard :


À force de regarder les toits sans toi, on voit glisser une tête de monstre de l’autre côté d’un faîte, des mains sortir d’un conduit de cheminée en terre cuite – là justement, elles s’agitent.


J’ai froid.


C’est le défaut du hamac, dès qu’il fait frisquet tu dois t’emmitoufler parce que le froid s’insinue par tous les côtés.

Il faut du bois pour la cheminée.

Au Mexique, une seule fois en quatre ans j’ai eu froid. Parce que j’avais de la fièvre, la dengue. Un plaisir d’avoir froid, un luxe de sortir un pull de l’armoire. Toutes les nuits le ventilateur de plafond tournait au-dessus du lit, sauf en février où il fallait déplier une légère couverture multicolore et fermer la fenêtre.

J’aimais voir les fleurs rouges du bougainvillier dans la nuit noire, éclairées par les lumières de la chambre.

Des années comme ça.




dimanche 25 mars 2018

A vous qui avant nous vivez


A vous qui avant nous vivez, un titre comme le vent qui soufflerait d'une galerie rouverte après 36000 ans et nous rappelle que d'autres hommes en effet ont vécu là avant nous et se sont émerveillés des œuvres de quelques-uns des leurs, hommes comme nous mais que nous disons Aurignaciens, car tout ici nous parle d'un lieu, redécouvert en 1994 seulement : la grotte Chauvet. Ce nouveau livre de Nathalie Léger-Cresson (rappelez-vous Hélice à deux, chez les même éditions des femmes Antoinette Fouque) n'est pas une visite, pardon, si, est une visite de la grotte Chauvet mais autrement : si la table des matières correspond en effet, pour sa plus longue partie, à la liste des salles, chaque chapitre, donnons-leur ce nom faute de mieux, fait la part belle à l'imagination, plus qu'il ne décrit la salle – ce qui, en fait, est une autre manière de décrire ce lieu voué à l'image. Déjà à la fin de l'introduction deux hommes et une femmes, doubles gravettiens des trois inventeurs de 1994, redécouvrent après 2500 ans la grotte oubliée de leurs ancêtres aurignaciens (car avant le grand oubli de 30000 ans il y en avait déjà eu un de 2500) :
« Oui mes familles ! Les Ancêtres qui chantaient les oiseaux, grandissaient les arbres, sifflaient les vents et couraient les animaux, ils ont tracé là tous les Esprits-Souffles. A la rivière Serpent Bleu. Pas juste un bison, pas juste un cheval, pas juste un lion : tous, tous les Esprits-Souffles ! Comme nos Vieux-Vieux-Vieux parlaient, avaient oublié où. »
Puis chaque salle est l'objet d'une évocation imaginaire, consanguine et communicative, à l'issue de laquelle je me suis rendu compte avec surprise que non, ce n'était pas de la grotte Chauvet que je sortais mais juste du livre de Nathalie Léger-Cresson, avec une furieuse envie d'y aller voir, au moins en reconstitution puisqu'on préserve la grotte pour nos descendants qui viendront 30000 ans après nous – on peut rêver, et on ne s'en prive pas après une telle lecture.


samedi 7 février 2015

Hélice à deux




Je ne me l’étais jamais dit aussi clairement et pourtant c’est vrai que l’histoire de deux brins qui s’enroulent sur eux-mêmes quasi à l’infini à travers le vivant tout entier c’est non seulement une histoire d’amour mais l’idée que toute vie en est une, universelle et singulière. Hélice à deux de Nathalie Léger-Cresson qui sait de quoi elle parle quand elle dit ADN et n’en est pas moins poète en déroule la spirale dans une série de contes où l’ADN est à la fois le sujet et le projet et même, n’ayons pas peur des mots, l’auteur lui-même. Si j’en donne un exemple, par exemple :



C’était bien fait.

La couleur de leurs oreilles, leurs hurlements de vélo passaient dans chacune des innombrables.

Donc le code de ses protéines lui était transmis par deux humains, mouches, pissenlits.

En plus, c’était joli, dans le même sens que la Terre dans la chambre.

Deux était la clef.

Les savants courbés se demandaient. Mais Jim Watson leva le nez.

Chaque base était accrochée à celle d’en face mais ça, et bien, un A qu’à un T, un G qu’à un C, et à cause de l’ADN s’ouvrait en deux comme un zip. Ses bases à l’air, se fabriquait un nouveau complémentaire, grâce aux alentours.



Hélice à deux, p. 38.



il faut alors que j’en donne un autre, car rien n’est plus varié que la vie et le texte aussi varie avec elle :



Et si tout disparaît, toujours une jeune fille au bastingage s’en souviendra.

Une fille qui n’existera plus mais saura la forme de l’ADN et celle de nos paroles, de nos chants, de nos rêves. C’est elle qui par ma voix te parle maintenant.



Hélice à deux, p. 55.



Car il y a une Elle qui parle dans Hélice à deux, et un amoureux qui différemment lui répond. La science et la poésie sont deux brins aussi qui me sont chers et que tresse Nathalie Léger-Cresson dans ce livre paru en 2014 aux éditions des femmes-Antoinette Fouque.