dimanche 10 novembre 2019

Il faut bien que les gens vivent.

En phrases décousues, nous avons expliqué que les travaux causaient beaucoup de bruit et de poussière, il fallait voir notre jardin, on était complètement envahis, ce n’était pas possible.
– On termine demain, a répondu Arnaud sur le ton cordial dont il ne se départait jamais, après on nettoie tout.
C’était un bon commerçant. Il savait amadouer la clientèle. Puis Annabelle a renchéri :
– Il faut bien que les gens vivent. Si vous aviez eu des enfants, vous sauriez ce que c’est que la vie.
J’ai songé à la fraction identique d’humanité et, de moi-même, je l’ai mise sur le compte de mon imagination. Un brouillard se formait devant mes yeux. Ce devait être la faim, la fatigue. Je ne me sentais plus très bien lorsque, à travers une épaisseur de coton, je t’ai entendu menacer :
– Écoute-moi bien, salope : soit tu te calmes, soit c’est moi qui vais te calmer.
Les Lecoq n’ont pas bronché. Ils nous ont toisés. Un léger sourire de mépris ou d’autre chose a flotté sur les lèvres d’Arnaud. Et très lentement il a refermé la porte, la retenant une dernière seconde avant de la claquer sous notre nez.

Julia Deck, Propriété privée, Minuit, 2019.

jeudi 7 novembre 2019

Dans la nuit du 4 au 15, je demande le 7.


« Evidemment, c’est une question de verre à moitié vide ou plein, on n’en a jamais fini avec cette vaisselle : le calendrier aussi bien est une maternité à ciel ouvert, une infinie couveuse, trois cents pipettes pleines de gamètes, une ode à la sève.
Prenez le 7 novembre : certes, décanillent Steve McQueen (son cœur s’arrête dans son sommeil, en 1980, au Mexique), Lawrence Durrell (même chose dans le Gard, dix ans plus tard) et Leonard Cohen, mais regardez un peu qui rapplique, que des cadors : un mystique maniériste, Zurbaran, un navigateur intrépide, James Cook, un magicien ès lettres Villiers de l’Isle-Adam, la radieuse Marie Curie, cette tête de pioche de Léon Trotski, l’absurde Albert Camus, n’en jetez plus, tout ce qu’il faut pour faire un monde », nous apprend Didier da Silva ; or à ce monde il manquait encore un livre, que Quidam a résolu de faire paraître précisément le 7 novembre, mais 2019, l’année compte pour du beurre, écrit par ce même Didier da Silva, « dans la nuit du 4 au 15 » répondra-t-il à la récurrente question « quand écrivez-vous ? », livre dont, sans aucun calcul, j’achève à l’instant la lecture, en ce même 7 novembre 2019 encore, ajoutant à cette date ma propre aventure de lecteur. Vous avez saisi l’idée : depuis l’Ironie du sort (paru chez l’Arbre vengeur en 2014), Didier da Silva attrape l’infini par un pan de sa chemise, et tire dessus, pour voir.



dimanche 3 novembre 2019

Un libraire impromptu

Demain, c’est la rentrée. Je vais retrouver mes élèves, éternels 6e notamment depuis des années ; je ne vous dirai pas combien. J’en parle rarement sur ce blog, dévolu à une autre activité ; en effet il y a la plupart du temps, et je le déplore, trop peu de relations entre l’enseignement du français en collège et la littérature contemporaine. Il arrive pourtant que les deux se croisent, et parfois de façon tout à fait impromptue – on ne saurait mieux dire. Il s’est ouvert à l’hiver dernier, au 48 rue Sedaine dans le 11e arrondissement de Paris, une librairie ainsi nommée que j’ai découverte il y a quelques semaines à l’occasion d’une rencontre en l’honneur du quarantième anniversaire des belles éditions Verdier. Or voici que le maître des lieux et hôte de la rencontre me regarde avec insistance, avec un sourire qui, mais oui, je connais ce visage, mais bon sang, où donc ? avant de m’appeler « Monsieur Annocque ». Or s’il arrive parfois qu’un libraire me reconnaisse, c’est plutôt « Philippe Annocque » qu’il interpelle. C’est que Jérémie Derny n’avait pas l’habitude de m’appeler autrement lorsque, dans une autre vie, je fus son professeur de français en 6e. C’était, avouons-le, il y a plus de vingt ans, et pourtant je me rappelle parfaitement sa bonne humeur sans faille et son enthousiasme, que m’avait annoncés son grand frère que j’avais en classe l’année d’avant – l’une de ces phrases qui se gravent dans la mémoire d’un professeur. Cette bonne humeur et cet enthousiasme de Jérémie, il est pour vous aussi maintenant, si vous passez par la rue Sedaine, même le soir, par exemple jeudi prochain pour y écouter Sébastien Smirou et Yaël Pachet. Quant à moi, je le remercie de réconcilier mes deux métiers, et souhaite un bel avenir à l’Impromptu.

samedi 26 octobre 2019

Henri Galeron dans mon oreille


Henri Galeron a été le très inspiré illustrateur de mon unique (à ce jour) livre jeunesse. Dans une interview accordée à Axelle Vianney, il revient sur cinquante années de travail durant lesquelles il a illustré les auteurs les plus fameux, aussi ne suis-je pas peu fier de la mention spéciale qu’il y fait de Dans mon oreille (éditions Motus, 2013). Cest ici.

Pour l’anecdote, il m’avait confié que le poème ci-dessus était celui qui lui avait été le plus difficile à illustrer. Je crois que son dessin est celui que je préfère.  

lundi 14 octobre 2019

Femmes animales


Femmes animales est je crois le premier livre de Laure Belhassen et la toute dernière publication des éditions des Grands Champs. Y sont recensées la plupart des métaphores animales évoquant les femmes dans une langue qui est plutôt, il faut bien le dire, celle des hommes. Il y a de quoi faire : tout un livre n’y suffit pas puisqu’il y manque encore le chameau, seule lacune que j’y ai trouvée. J’ai bien envie de vous en recopier un échantillon mais comme je suis paresseux je me contenterai d’un très léger, et qui vous vous en doutez n’est pas non plus le plus vache (mais oui, elle y est aussi). Voici donc le colibri :

Dans les Caraïbes, compliment adressé aux jolies femmes de 4 grammes passant leur vie à butiner, se nourrissant de nectar et privilégiant la compagnie des fleurs sans dédaigner celle des hommes.

Comme toujours chez les Grands Champs le livre est joliment illustré, c’est un cadeau à faire pourvu qu’on fasse attention où placer le marque-page.



samedi 5 octobre 2019

Le temps est à l’orage


J’ai lu Le temps est à l’orage, le nouveau roman de Jérôme Lafargue. Une histoire de filiation, qui se passe maintenant et autrefois, entre la forêt et la mer, dans ces Landes qui lui sont chères. Je l’ai lu et maintenant j’attends la suite, impatiemment. Car nul doute qu’il y en aura une.



lundi 23 septembre 2019

Adelphe a lu. Moi aussi.


Tiens j’ai lu un livre paru à cette rentrée. C’est Adelphe, d’Isabelle Flaten, publié par le Nouvel Attila. C’est l’histoire d’un homme qui a lu un livre qu’une femme lui a mis entre les mains. C’est l’histoire d’un pasteur qui a des doutes. C’est l’histoire d’un fils et c’est l’histoire d’un père. C’est l’histoire d’un homme mais c’est surtout l’histoire des femmes qui l’ont croisé. C’est l’histoire des amours qu’on ne raconte pas. C’est l’histoire des libertés qui se conquièrent. C’est un beau roman qui se lit avec quand même un peu de larmes.


Isabelle Flaten - Adelphe.

samedi 21 septembre 2019

Radieux


Marc Giai-Miniet est emboîteur. Il y a quelques années, j’ai consacré un billet de ce blog à son travail ; voilà, c’est ici, cliquez.
Nous avons aussi fait un livre, ensemble ; voyez donc.
Son univers m’évoque irrésistiblement celui d’Antoine Volodine. Je le lui ai dit, il ne connaissait pas encore.
En ce moment et pour un mois environ, il expose ses boîtes à la Galerie Rauchfeld, 22 rue de Seine, à Paris. J’en ai photographié une. Elle me réservait une surprise.







samedi 14 septembre 2019

considération sur la lecture

Il arrive que des milliers de personnes lisent le même livre en même temps. C'est comme une vaste partouze, sauf que c'est quand même un peu dégoûtant.