lundi 23 mai 2022

« Out of the blue »

Lucie ne sait toujours pas quelle forme donner à son travail. Elle pourrait filmer le feuilletage de son carnet, les dessins, les gribouillis, les photographies, intituler cela Autour d’Out of the blue (pas très convaincant), demander à Clément son aide, on entendrait Lucie lire des passages, ses doigts tournant les pages, la musique de Neil Young, des images d’elle cherchant la piste de Linda Manz sur Internet. Ensuite elle craquera une allumette et brûlera le carnet. Hop plus rien. Parti en fumée comme l’héroïne du film. Elle va faire cela, un film sur sa recherche, son obsession, simplement raconter comment elle s’y est prise. Elle est soulagée d’avoir trouvé comment s’y prendre, maintenant il lui faut trouver un homme qui voudra bien coucher avec elle pour 1500 euros.


Elodie Issartel a trouvé la forme à donner à son travail : celle d’un roman intitulé Out of the blue comme le film de Dennis Hopper sur lequel Lucie doit rendre son travail, parce qu’elle – Lucie – est fascinée par Cebe, le personnage central du film, ou par Linda Manz, qui l’interprète, au point qu’elle en devient, Lucie, fascinante à son tour à l’intérieur de son propre film, qu’elle imagine ou qu’elle vit. On peut lire Out of the blue sans voir vu Out of the blue ; c’est mon cas – j’ai juste réécouté un peu Neil Young pendant ma lecture ; on pourra relire Out of the blue après avoir vu Out of the blue ; ce ne sera peut-être pas exactement le même film, pardon, le même livre. Out of the blue, le roman d’Elodie Issartel, est paru récemment aux éditions Vanloo.



mercredi 18 mai 2022

pourquoi nous mourons toujours debout

 

Dans ce pays il n’y a pas de place pour des manifestes ;

les philosophes sont des fonctionnaires,

les poètes des petits-bourgeois,

les révolutionnaires attendent leur prime de retraite.

Ici ceux qui ont des balles

les gardent pour leur pomme,

ceux qui portent des chaussures trouées

à coups de pied chaque matin repoussent leur chance,

ceux qui empruntent des verbes

ne rendent que les temps.

Ici les hommes se cachent en eux-mêmes,

la saison de l’abattage du bois dure des décennies.



Dans ce pays il n’y a pas de place pour se coucher,

c’est pourquoi nous mourons toujours debout.

Dans ce pays il n’y a pas de place pour des manifestes.



Jazra Khaleed, Requiem pour Homs, et autres poèmes, éditions Marges en Pages, 2022.



mardi 10 mai 2022

des nouvelles dans mon lapin

Le dernier numéro de Mon Lapin Quotidien, le "seul quotidien qui paraît tous les trois mois", édité par l'Association, est en vente dans toutes les bonnes librairies. Il y a du beau monde, et on peut aussi y lire quelques-unes de mes Nouvelles très brèves et de mes Nouvelles très banales.





lundi 9 mai 2022

Écouter Liev

C’est aujourd’hui : grâce à Multisonor, Pas Liev, paru à l’automne 2015 chez Quidam, connaît une nouvelle vie, et une vie sonore ! Il est désormais disponible en audiolivre, lu – et c’est peu dire que la chose me ravit – par Christophe Brault. Écoutez !



samedi 7 mai 2022

Olingo 11

Outre son régime omnivore et son unique paire de mamelles, la portée, chez l’olingo, comporte en général un seul petit. En revanche, l’animal ne pèse guère qu’un bon kilo, et sa fourrure est nettement plus fournie que la nôtre.




jeudi 5 mai 2022

Olingo 10

Je viens seulement de me rendre compte que j’avais déjà rangé l’olingo. C’était dans le zoo de Monsieur Le Comte au pied de la lettre. Entre le pangolin et le goéland.




samedi 30 avril 2022

Une (petite) année 2017 de lectures

C’était tellement fastidieux de récapituler mes années de lecture 2021, 2020, 2019 et 2018 avec les liens vers chaque billet de lecture (souvent minuscules), que j’aurais bien pu omettre de le faire pour 2017. Mais tout de même :


Le chronométreur, de Pär Thörn, chez Quidam éditeur,

Rhapsodie curieuse, d’Alexander Dickow, aux éditions Louise Bottu,

Rhizome, de Christophe Stolowicki, aux éditions Passages d’encres,

Ronce-Rose, d’Eric Chevillard, aux éditions de Minuit,

La mer c’est rien du tout, de Joël Baqué, aux éditions POL,

Ce livre, de Guy Bennett, aux éditions de l’Attente,

Dans le jardin d’un hôtel, de Gabriel Josipovici, chez Quidam éditeur,

Dès l’instant, de Pascal Blondiau, aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune,

Chômage monstre, d’Antoine Mouton, aux éditions La Contre-allée,

Au centuple, de Jérôme Lafargue, aux éditions de l’Attente,

Un souffle sauvage, de Jérôme Lafargue, aux éditions du Sonneur,

Les étoiles s’éteignent à l’aube, de Richard Wagamese, aux éditions Zoé,

Cyril, de Didier da Silva, aux éditions Ekphrasis,

Ruminations du potentiel, de Jacques Jouet, aux éditions Nous,

Décor Daguerre, d’Anne Savelli, aux éditions de l’Attente,

L’Apparition, de Perrine Le Querrec, aux éditions Lunatique,

L’été-machine, de John Crowley, dans la collection Points,

Black Village, de Lutz Bassmann, aux éditions Verdier,

Cent onze haikus de Basho, aux éditions Verdier,

La fonte des glaces, de Joël Baqué, aux éditions POL,

Les scandaleuses privautés de mon ami Terrier, de Jean-François Paillard,

Défense de Prosper Brouillon, d’Eric Chevillard, aux éditions Notabilia,

A tous les airs, de Stéphane Vanderhaeghe, chez Quidam éditeur,

Le capital sympathie des papillons, de Nadia Porcar, aux éditions Isabelle Sauvage,

Essai sur le fou de champignons, de Peter Handke, aux éditions Gallimard,

Un abrégé du monde, de Pierre Bergounioux, aux éditions Fata Morgana.

jeudi 28 avril 2022

Rencontrer Delphine Bretesché

Avec Delphine Bretesché, nous nous étions dit qu’il faudrait qu’on se rencontre, à l’occasion. L’occasion ne s’est pas présentée assez tôt, ça fait partie de ces choses qui font parfois de la vie une chose atrocement triste. Alors je suis allé la rencontrer dans Québec festin !, le livre qu’elle a écrit en résidence au Québec, en 2017, et qui est paru récemment aux éditions Lanskine. C’est un livre de poésie, bien sûr, et c’est un livre fait de rencontres. Les rencontres, c’est ce qui souvent fait de la vie une fête discrète. Peut-être même que la rencontre est un art en soi. Et pour le lecteur, bien sûr, pour moi, ce livre vaut pour une rencontre. À la tienne, Delphine, puisque on avait dit un verre.

Un extrait :


Camille

Camille Brault Sonic Blossom de Lee Mingwei au DHC/art

19 novembre 2017


Puis-je vous offrir un chant ?

DHC/art fin de matinée

Visite de l’exposition

Puis-je vous offrir un chant ?

Une jeune femme

Se devine la jeune fille encore

Un drap de soie sur ses épaules

La jeune femme est concentrée

Blonde ses yeux partiellement noués

Les mains aux doigts croisés sagement

Une grande douceur

Aussitôt démentie par son regard

Son assurance et son trac mêlés

Une assistante avec elle

Les suivre

Ascenseur

4e étage

Mon amie sur chaise je dois me placer derrière

La jeune femme à quelques mètres

L’assistante fait sortir les autres visiteurs de la salle

Montent des notes de piano

La jeune femme inspire sans nous quitter des yeux

Sa voix dans l’espace

Un lied de Schubert

Mes larmes montent

Mains agrippées au dossier de la chaise

Son chant

Adressé

Minutes

Immenses

Applaudir

Remercier

La jeune femme s’en va

Je suis troublée

Je voudrais en savoir plus

Je questionne l’assistante

Elle choisit des personnes dans le public

Leur chante un lied, au choix entre quatre, de Schubert

La jeune femme revient

Est-ce que j’écris un papier un blog ?

Elle me donne son nom

Camille Brault mezzo-soprano française à l’université

de musique Montréal.



mercredi 27 avril 2022