Se préparer des remords
Ce doit être vers cette époque qu’ils ont appris la mort de la femme de Thébaldo. Thébaldo, c’était le frère de son père, avec lequel il n’avait pas de relations, dont elle se rappelle juste une ou deux visites sans chaleur et la silhouette grande et maigre, noire. Il était déjà mort, lui aussi. Il avait des enfants déjà adultes d’un premier lit mais c’était sa seconde femme qui venait de mourir, et elle laissait deux petits garçons plus jeunes qu’elle. C’étaient ses cousins germains mais elle ne les connaissait pas. Ils s’appelaient Léon et Serge. Leurs aînés ne manifestaient aucun intérêt pour eux. Son père avait été nommé subrogé tuteur, et les enfants, ses neveux, ont été amenés chez lui. Le petit Serge qui n’avait que trois ou quatre ans pleurait beaucoup. On les a installés dans sa chambre à elle. Ça ne lui plaisait pas du tout. Elle ne les connaissait pas. Pour elle, ses cousins, c’étaient Mane et Marcel. D’ailleurs elle entendait sa tante dire à sa mère qu’on ne pouvait pas les garder. C’était vrai, en fait : le père était malade et la grand-mère déclinait, elle ne voyait plus clair. Finalement le père a été démis de sa fonction de subrogé tuteur, qu’il ne pouvait de toute façon pas assurer, et les enfants ont été confiés à l’orphelinat. Quand ils sont allés les voir, elle se souvient qu’ils étaient vêtus de blouses grises et qu’ils ne parlaient pas.
Elle a beaucoup regretté son manque d’attention à leur égard, après coup. Ils étaient tout petits, et orphelins.
Et peut-être, dans l’esprit de certains, des enfants d’assassin.
Quand on lui demande de quoi parlent ses livres, maintenant il répond « d’identité ». Au début il disait « mauvaise conscience », maintenant il dit « d’identité ».















