jeudi 13 décembre 2018

Noirs cafés 3


Il a rendez-vous avec sa vieille maîtresse. Il se demande s'il va la reconnaître. La dernière fois, ils ont bien failli se rater. Il lui semblait pourtant qu'elle avait des cheveux, et puis finalement non. Elle non plus d'ailleurs, elle ne le reconnaissait pas. Il n'avait plus de cheveux non plus, il faut dire, mais il lui semblait pourtant que ça faisait longtemps. Il n'était même pas certain d'en avoir jamais eu. Peu importe, elle n'avait jamais eu une très bonne vue. Encore un point commun entre eux. D'ailleurs, il lui était resté un doute, à lui, après cette dernière rencontre. Était-ce vraiment sa vieille maîtresse ? Si ça se trouve, c'était une autre vieille maîtresse qui l'avait pris pour son vieil amant à elle. Elle avait peut-être un vieil amant elle aussi. Ça n'a pas tellement d'importance. Il ne lui demandera rien, quand elle arrivera. Il n'essaiera pas d'éclaircir la situation. Ça changerait quoi ?



lundi 10 décembre 2018

Seule nuit tombe dans ses bras et Mon jeune grand-père ont les honneurs du Temps


Seule nuit tombe dans ses bras et Mon jeune grand-père ont les honneurs du Temps, le quotidien suisse, grâce au regard attentif d'Isabelle Rüf. Un même article pour ces deux livres si différents, il fallait que ce soit dans le Temps : en 2001 déjà elle écrivait sur Une affaire de regard, dont le héros, elle s'en souvient, est l'auteur de Seule la nuit..., enfin de Même la nuit tombe dans ses bras, dont je ne suis officiellement que le préfacier. Et beaucoup d'autres, entre ces deux-là, sont cités, Notes sur les noms de la nature, Elise et Lise, Pas Liev, avec les liens vers les articles les concernant (tiens elle a oublié Liquide, sur lequel elle avait aussi écrit un bel article). Sensation agréable et curieuse de vieille connaissance avec une personne jamais rencontrée, même pas par mail. Un plaisir qui va au-delà de la seule promotion des livres. La lecture, c'est quand même quelque chose.




samedi 8 décembre 2018

Discernement de Guillaume Contré : le lieu par où ça pense


« La main tendue du serveur était très blanche, ce qui contrastait avec son visage brun. Mais elle n'avait pas de gouttes de sueur. C'était une main propre. Ce n'était en aucun cas une main travailleuse, ce qui rendit Frédéric perplexe. Le travail n'était pas censé se lire sur les mains des gens ? Question à laquelle il ne répondit rien. En partie car la blancheur immobile de cette main blanche l'aveuglait, ce qui ne lui permettait pas de penser, et en partie car une autre idée s'imposait à lui, celle des lignes de la main. Lignes que dans le cas présent il ne voyait pas. Peut-être n'étaient-elles pas là. Ces lignes qui parcouraient l'éventail de la paume en s'ouvrant en éventail. Sillons obstinés, se dit-il. Et il le répéta pour lui-même : sillons obstinés. Cela lui sembla un bon titre pour un essai ou un recueil de poèmes. Il avait écrit des essais, mais pas de recueils de poèmes. Il ne se sentait pas d'habileté pour le lyrisme, pas non plus pour la rime. Mais pour les idées, oui. Les idées lui plaisaient. Elles surgissaient facilement, l'une après l'autre. Il suffisait de les relier un peu, et c'était bon. Relier, c'est un peu comme rimer, pensa-t-il. Il s'agissait de construire des résonances. Ce sont les résonances qui donnent le sens, comme la rime dans un poème, pensa-t-il. Encore que les rimes soient plus esthétiques que les idées, pensa-t-il. Ou non, se corrigea-t-il, non : les idées bien reliées sont belles aussi. Bien relier, c'est ne pas laisser de trous dans la trame, pensa-t-il. Personne n'a envie de porter un pull plein de trous, pensa-t-il. Lui non plus, même s'il ne prêtait pas toujours une attention suffisante à ses vêtements. »

C'est un passage de Discernement, de Guillaume Contré, qui vient de paraître chez Louise Bottu. On croit qu'on y suit Frédéric, mais en fait non, on suit la pensée de Frédéric. Frédéric aussi suit sa pensée. Souvent on croit, vous croyez que vous pensez. Alors que non, vous ne pensez pas. Vous êtes juste traversé par votre pensée. Vous êtes le lieu par où ça pense. Une pensée me traverse et je la laisse me le dire : je suis le lieu de la pensée qui me laisse me dire que je ne suis que le lieu de la pensée qui me laisse me le dire, que je ne suis que le lieu de la pensée qui me laisse vous le dire.


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lundi 3 décembre 2018

Noirs cafés 2

Il tient sa main droite dans sa main gauche. Il n'a pas de poche où la mettre. Il ne voit pas comment la tenir autrement, et il ne veut pas s'en défaire. Il a pensé la donner à son chien, qui saurait bien quoi en faire, mais il n'a pas pu s'y résoudre. Alors il la garde dans sa main droite. Ça lui fera un souvenir de lui-même.



dimanche 2 décembre 2018

Noirs cafés 1


Parfois le squelette se désolidarise du reste. C'est étrange. Il se défait dans un cliquetis gracieux et tombe en petit tas, tandis que l'amas des chairs et des organes joue les coussins informes à côté. C'est là qu'on regrette que la fourrure humaine soit si pauvre.

Je commence à poster ici deux ou trois petites choses que j'ai écrites avant-hier dans un café, devant un café (oui : noir). Il n'y en a que quelques-unes mais si je retourne prendre un café, on ne sait jamais, il y en aura peut-être d'autres.



mercredi 14 novembre 2018

des nouvelles des nouvelles très brèves et autres nouvelles guère plus longues


Et sinon, en dehors de mon coming-out orphelin d'hier à propos de mes super-pouvoirs et de ma double identité, j'ai eu tout à l'heure la surprise d'entendre deux de mes toutes récentes Nouvelles très brèves postées ici même lues aux Jeudis de l'Oulipo parmi Borges, Michaux et Chevillard entre autre, hop le lien vers l'émission (moi c'est à 52'52 et 57'17).
Par ailleurs je retirerai mon masque samedi prochain après-midi au Salon de l'Autre Livre sur le stand des éditions Lunatique avec Mon jeune grand-père (sans doute pas très loin des éditions des Grands Champs où l'on trouvera aussi mes Notes sur les noms de la nature), le lendemain je serai toute la journée au Salon des Essarts-le-roi, vendredi 23 novembre à 19 je serai en duo pour parler d'amour avec Pauline Delabroy-Allard à la toute nouvelle Chouette Librairie de Lille (car Seule la nuit tombe dans ses bras), dimanche 25 après-midi je serai à Radio-France fête le Livre, et vendredi 30 novembre je serai l'invité de la librairieTulitu à Bruxelles. Il y a plein de liens utiles en cliquant pour en savoir plus.

lundi 12 novembre 2018

Stan Lee m'a imaginé en 1963


Stan Lee m'a imaginé en 1963, un an après Spiderman, un an avant Daredevil, la même année que les X-men. Il m'a donné des super-pouvoirs que je n'ai pas découverts tout de suite et qui me pourrissent un peu la vie depuis que j'en ai pris conscience. C'est à lui aussi évidemment que je dois mes problèmes d'identité. Et sans doute aussi une soif de reconnaissance personnelle qui contrarie parfois mon idéal de justice. Nous sommes sûrement nombreux dans ce cas-là, à nous sentir un peu orphelins ce soir.



dimanche 11 novembre 2018

carte juste centenaire


Mon jeune grand-père, éditions Lunatique, p. 186.

11 novembre 1918. A bientôt Edmond !

jeudi 8 novembre 2018

Un beau jeudi


Le bonheur est parfois une sorte d'attracteur étrange, pour parler comme Lorenz, en tout cas la coïncidence est belle à mes yeux de la sortie de Mon jeune grand-père – on vous attend ce soir dès 19h mais même plus tard pour fêter ça à l'Espace l'Autre Livre, 13 rue de l'Ecole Polytechnique, à Paris – et ce très bel article d'Alain Nicolas dans l'Humanité d'aujourd'hui à propos de Seule la nuit tombe dans ses bras, lisez plutôt, ça n'est pas impossible en cliquant, ou même mieux, achetez l'Huma !



mercredi 7 novembre 2018

Le 7 novembre 2018 Mon cher papa,


Le 7 novembre 2018
Mon cher papa,
J'ai recopié comme j'ai pu toutes les cartes qu'Edmond a écrites à ses parents pendant qu'il était prisonnier en Allemagne, du printemps 1916 jusqu'à la fin de la guerre. Ce n'a pas été toujours facile, comme tu peux t'en douter ; elles sont écrites en tout petit et au crayon à papier effacé par le temps. D'autant plus que je ne connais pas la plupart des personnes citées, et que tu ne peux pas me renseigner tellement davantage puisque Edmond, malheureusement, tu ne l'as pas connu. C'est pour cela d'ailleurs que je me permets de l'appeler Edmond, mon jeune grand-père ; après tout l'âge il a l'âge de mon fils, ton petit-fils. J'ai donc recopié ces cartes comme j'ai pu tout en insérant mes propres réflexions, mes propres doutes, au moment même de l'écriture ; comme ça tu peux lire ce que j'ai lu au moment même où je le découvrais. Il m'a semblé que, en procédant de la sorte, ça devenait un objet littéraire, autant qu'un témoignage historique. Du coup je l'ai proposé à un éditeur, qui en effet a bien voulu le publier. Le livre paraît demain, nous fêterons ça à l'Espace l'Autre Livre, à Paris, 13 rue de l'Ecole Polytechnique, à partir de 19h. Ce serait compliqué pour toi d'être parmi nous mais je sais bien que tu le seras par la pensée. Comme tu as déjà pu le voir, le livre est un bel objet. Et comme dit Edmond dans l'une de ses cartes que mon éditeur cite en couverture, « ce sera un souvenir ». C'est une bonne chose car nous n'en avons pas beaucoup. Je te quitte mon cher papa, en empruntant à ton père sa formule habituelle, qui dit bien ce qu'elle veut dire.
Ton fils qui t'aime de tout son cœur,
Philippe