Avant
même d’aller écouter Antoine Volodine au micro de François
Angelier pour l’émission spéciale Mauvais genres que vous
avez peut-être écoutée avant-hier soir sur France Culture (mention
spéciale à Hugues Robert de la librairie Charybde pour ses
interventions : c’est le meilleur spécialiste du
post-exotisme que je connaisse), j’avais terminé mon deuxième des
onze : Dernière livraison, paru aux éditions La Marelle
(Pascal Jourdana faisait d’ailleurs lui aussi partie des invités).
Si je le précise, c’est que Volodine nous a indiqué que, même
s’il n’y a pas d’ordre prescrit pour lire les onze volumes de
Retour au goudron, il vaut mieux terminer par Dernière
livraison : c’est là qu’on trouvera le fameux explicit
« Je me tais. », qui met un point final à l’aventure
post-exotique.
Je
ne me repens pas. De toute façon, il me reste une grosse vingtaine
de titres post-exotiques à découvrir, bien antérieurs à Retour
au goudron. Je ne me repens pas ; je me réjouis, même, de
cette perspective.
Mais
j’ai lu « Je me tais. » Le narrateur de cette dernière
« brève de mouroir » se tait.
En
effet, Dernière livraison alterne « le Voyage de
Gompo », un récit de voyage qui est en même temps un roman
d’amour (car il y a beaucoup d’histoires d’amour, dans les
récits post-exotiques), avec des « brèves de dortoir »
(dans « brèves » j’entends « rêves »),
lesquelles se concluent donc par d’ultimes « brèves de
mouroir ».
Donc,
le narrateur de cette dernière « brève de mouroir » se
tait. C’est de cela que je voulais parler. Car « je me
tais », ici, ne signifie pas, comme je le croyais, comme vous
le croyiez, « je cesse de parler ». Ou plutôt :
bien sûr « Je me tais » signifie « j’ai fini,
j’arrête pour Antoine Volodine, mais « Je me tais »,
ici, dans cette ultime brève de mouroir de Dernière livraison,
signifie plutôt « on attend de moi que je parle, mais je ne
peux pas parler ; alors, je ne parle pas ».
Si
vous dis ceci, c’est qu’à l’aune de ce « Je me tais. »,
toute l’œuvre post-exotique me paraît s’assimiler soudain à un
immense silence. Le silence de l’impossibilité de dire. Ça
résonne.
Sur
le plateau de Mauvais genres, de gauche à droite :
Pascal Jourdana (l’éditeur de Dernière livraison), Hugues
Robert (de la librairie Charybde), Antoine Volodine, Olivier Cohen
(fondateur de l’Olivier et éditeur à ce titre de quatre livres
signés Manuela Draeger, de Débrouille-toi avec ton violeur,
premier titre signé du collectif Infernus Iohannes et de La
grande misère, l’un des onze) et François Angelier, maître
de cérémonie.