Apprendre la comptabilité
Elle était très bien dans cette école. Mais un jour Tante Éméla a raconté à sa mère que Josiane Bagoë était entrée à l’École Commerciale, qui venait aussi d’ouvrir. C’était la fille d’amis très proches de son oncle André et de Tante Éméla, qui avaient « fait l’Amérique » avec eux (comme ses parents avaient « fait la Guyane »). Tante Éméla vantait, non sans perfidie, l’intelligence de Josiane Bagoë, et comme elle avait beaucoup d’ascendant sur sa sœur (bien qu’elle fût la cadette), il a été décidé que Marie-Thérèse changerait d’école. Comme elle n’avait pas le bac, elle devait passer un concours. La mort dans l’âme, elle a été obligée d’abandonner les Arts Appliqués.
Il devrait effacer ce nom propre : c’est le nom d’une personne. Mais ici, ce n’est plus qu’un nom, et pour lui d’ailleurs ça n’a jamais été qu’un nom, et déjà à l’époque c’était surtout un nom, un nom en guise d’argument, un nom devenu mauvais souvenir par l’usage qu’on en a fait, qui forcément n’a pas grand-chose à voir avec la personne qui l’a porté.
L’École Commerciale était aussi loin que le Lycée Schoelcher, mais de l’autre côté de Fort-de-France. Il fallait prendre toute la rue Brithmer, le Boulevard de la Levée, puis la route de Sainte-Thérèse. L’école était près de la « Transat » (la Compagnie Générale Transatlantique). Elle y est restée deux ans. Elle a souffert avec la comptabilité qui ne l’intéressait pas ; quant à la sténo, c’était du chinois. Il n’y avait que le français qui lui plaisait. Là, un professeur de comptabilité, Monsieur Ternier, un métropolitain, l’a invitée à prendre des cours particuliers chez lui. Elle s’en est bien dispensée. C’était un jeune célibataire.
Elles avaient Madame Versol comme professeur de lettres et de calligraphie – tout était écrit à la main. C’est son seul bon souvenir de cette école ; ça a été une période très pénible. Ça ne lui plaisait pas du tout – sauf le français et la calligraphie.
Quand il était enfant, il se souvient qu’il ne comprenait pas comment elle faisait pour écrire aussi bien, même de simples mots sur son carnet de correspondance. C’était difficile de contrefaire sa signature, juste à cause de l’élégance. Il trouvait ça surnaturel. Encore aujourd’hui, notamment quand il dédicace un livre, il a toujours un peu honte de son écriture à lui.
Elle, sa mère la surveillait de plus en plus.







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