« Alors, oui, nous sommes des vaincus, des vaincus lumineux.
Hommes puissants qui administrez la vie de ceux qui dépendent de vous, ou qui les ignorez, vous dont les lois sont des dénis à l’humanité. Vous, encore plus puissants, qui savez vaincre les femmes, broyer leur corps, attenter à leur féminité, hommes puissants, fiers de votre et glorieux de vos exactions, vous surtout, dont le puissant flagelle s’est propulsé vers cet ovule, dans ce corps que vous dominez, vous êtes le victorieux qui a ensemencé une femme dont vous avez brisé le corps, ce corps qui n’a pas refusé la vie.
Mais, votre victoire est en somme nulle, l’enfant qui est né est celui qui maintenant donne toute sa force à cette femme, l’enfant est votre juste contraire, votre révocation, l’invraisemblable beauté de la vie, de la joie, de la lumière auxquelles nous croyons toujours, parce qu’elles existent. Et la femme qui aime cet enfant au-delà du viol, qui l’annule, qui le transmute en amour, cette femme-là nous remet dans un monde où vous n’existez plus.
Je vois alors très nettement ce qu’est être un vaincu lumineux. La persistance de la lumière en nous, par la contemplation – ô combien originaire – d’une nativité. »
Jane Sautière, De la terre des pleurs un grand vent s’éleva, Quidam éditeur, septembre 2026.









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