lundi 24 juin 2024

Le Contrat, par Franz Franquin et André Kafka, épisode 32

Messerschmied retourna chez Brunnen. Il fit preuve de curiosité, encore une fois. La curiosité encore une fois perdit Messerschmied. Plus précisément : la curiosité perdit le pantalon de Messerschmied. Il aurait préféré que ça ne sache pas.

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dimanche 23 juin 2024

Abécédaire du dimanche (conversationnel)

À bâtons cassés, discutons ensemble. Faisons grandement haute interlocution. Jacassons kermesse. Les mots n’osent pas questionner rien. Se taire : ultimes vocalisations warapu, xoclengue, yonaguni, zapotèque.



vendredi 21 juin 2024

Une énigme (très simple)

1 deux

2 quatre

3 cinq

4 six

5 quatre

6 trois

7 quatre

8 quatre

9 quatre

10 trois

11 quatre

12 cinq

13 six

14 huit

15 six

16 cinq

17 sept

18 sept

19 sept

20 cinq

jeudi 20 juin 2024

Sa franchise

« où est la lumière »

sa franchise se met à mal

le mystère n’est-il pas une accalmie

sans entrave au rez-de-chaussée

       un moment hors d’haleine

une q. ne s’adresse pas à elle-même

le paradis est un lieu qui commence

l’histoire des oiseaux se plaît d’ailleurs

plutôt bien en enfance

des chiens grands comme des maisons

       un rêve-fronde qui gronde

c’est d’ailleurs tout le problème

       la plupart nous avaient obligés

la météo et les étoiles-semence

certains approuvaient l’initiative


Philippe Di Meo, Enjambées, Bruno Guattari éditeur, 2024




mercredi 19 juin 2024

court toujours (268)

Dans un parti de gauche, il ne saurait y avoir de « chef ». C’est l’une des différences essentielles entre gauche et droite – et un message à faire passer.


mardi 18 juin 2024

le sens des mots des gens

Il se retourna et vit que Silbano désignait un point diffus sur le mur – un autre point, pas le même – et que, de l’autre bras, il semblait lui demander quelque chose avec insistance. Le détective commença par ne pas comprendre ce qu’il voulait. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu’il lui demandait la loupe. Mais il ne l’avait plus. Il essaya de lui dire qu’elle se trouvait sur une brique à ses pieds, c’est-à-dire aux siens et à ceux de l’assistant, puisqu’ils étaient très proches l’un de l’autre, mais Silbano ne l’écoutait pas, il était trop occupé à marmonner des mots en désordre qui se percutaient comme des auto-tamponneuses avant même de former l’esquisse d’une phrase. Le détective pensa alors au sens des mots des gens et se dit que le donner pour acquis était peut-être une erreur. Parfois, le sens des mots des gens n’avait pas de sens. Ou alors si, il en avait, mais uniquement pour celui qui parlait, ce qu’il trouva triste. Il se mit alors à désigner de la main la brique où se trouvait la loupe, mais son geste dut manquer de l’emphase suffisante, car son assistant ne se sentit pas concerné.


C’est un extrait de Palais mental, de Guillaume Contré, paru l’an dernier aux belles éditions MF. C’est un très beau palais ; on s’y sent comme chez soi : dans la plus parfaite incompréhension de chaque chose – mais l’enquête continue.



lundi 17 juin 2024

Le Contrat, par Franz Franquin et André Kafka, épisode 31

Lorsque, quelque temps plus tard, Messerschmied voulut reprendre contact avec les établissements Brunnen, le téléphone sonnait occupé. Il réitéra plusieurs fois sa tentative, sans succès.

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dimanche 16 juin 2024

Abécédaire du dimanche (présidentiel)

« Assez bamboché ! » clama derechef Emmanuel. Faraud, glamour, héroïque, il jobardait kilotonniquement, le Macron, nouvellement opté président. Quelques rues se traversèrent… Un vrai whig xyloglotte, yuppie zeusien !




jeudi 13 juin 2024

Pour une VIe République

Alors imaginons, puisque nous ne manquons pas d’imagination, que la gauche remporte les prochaines législatives (je dis la gauche surtout pour le plaisir, car la question qui me traverse devrait traverser n’importe quel électeur, quel que soit son bord). Va-t-on se contenter de revoir les réformes injustes ? Ou bien va-t-on essayer d’aller un plus loin ? Le président s’est fait détester – même si lui ne semble pas s’en rendre compte – d’une majorité d’électeurs. J’emploie à dessein ce verbe excessif, car s’il vaut en grande partie pour Macron, n’a-t-il pas valu en son temps aussi pour Hollande ? N’a-t-il pas valu pour Sarkozy ? Va-t-on se contenter d’un « tous des cons » (ou « tous des salopards » si vous voulez) sans regarder un peu plus loin ? Nos institutions ne portent-elles pas en germe cette détestation présidentielle ? Qu’est-ce qui nous garantit qu’elle épargnerait un nouveau président (au cas où, par exemple, « surpris » et « déçu » par le résultat des législatives, l’actuel président déciderait de donner sa démission) ? Depuis 2002, qui a vu l’élection d’un président à moins de 20 % des suffrages exprimés (à l’exclusion – injustifiée et injuste – des votes blancs ou nuls), on sait que le président ne représente plus du tout la majorité. Les présidents de la Ve République ont tous été mal élus : Hollande a juste servi de chasse-clou pour extirper Sarkozy (paradoxalement et cyniquement le moins mal élu) ; quant à Macron, il a tout fait pour la montée de l’extrême-droite dans le seul but de la battre au second tour – c’était plus sûr à ses yeux que face à un candidat de gauche ou de la droite modérée. On voit aujourd’hui le résultat. Mais le résultat, c’est qu’on tient peut-être aujourd’hui l’occasion de faire bouger les choses. L’heure de la VIe République – une République plus démocratique, une République sans cet arrière-goût de monarchie hypocrite dans lequel nous baignons – pourrait avoir sonné.



mercredi 12 juin 2024

court toujours (267)

L’union de la gauche est indécente, déclare le président, qui en effet s’y connaît en matière d’indécence.




lundi 10 juin 2024

Le Contrat, par Franz Franquin et André Kafka, épisode 30

Messerschmied était retourné chez Brunnen. Il relisait attentivement le contrat que venait de lui présenter Monsieur Witz. Il était sur le point de le signer, lorsqu’il remarqua une tache verdâtre à l’emplacement de la signature. Il la regarda de plus près, incrédule, et dut bien se rendre à l’évidence : c’était bel et bien une fiente d’oiseau.

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dimanche 9 juin 2024

Abécédaire du dimanche (onomatopéique)

Ah ? Badaboum ! Clac ! Dring ! Euh ? Fichtre ! Grrr ! Hein ? Iiiaaarrr ! Jarnicoton ! Kaïkaï ! Lalalère ! Miam ! Na ! Ouf ! Pouët-pouët ! Quoi ? Rhââ ! Snif ! Tuuut ! Uit ! Vroum ! Whaou ! Xing ! Youpi ! Zzzz !


(Abécédaires faunophoniqueproverbialbibliomaniaqueaquoibonistemeurtriertouristiqueculinaireguerrierfloralzoologique.)

vendredi 7 juin 2024

jeudi 6 juin 2024

Je perdis l’usage de la parole.

« L’impossibilité d’avoir des relations pacifiques avec toi eut encore une autre conséquence, bien naturelle en vérité : je perdis l’usage de la parole. Sans doute n’aurais-je jamais été un grand orateur, même dans d’autres circonstances, mais j’aurais tout de même parlé couramment le langage humain ordinaire. Très tôt, cependant, tu m’as interdit de prendre la parole : « Pas de réplique ! », cette menace et la main levée qui la soulignait m’ont tout de suite accompagné. »


Lettre au père, de Franz Kafka, traduction de Marthe Robert.




mardi 4 juin 2024

Kafka et moi

Kafka est mort. Évidemment je savais bien que ça arriverait, mais quand même, ça m’a fichu un coup. Pour dire les choses comme elles sont : j’ai pleuré, même si ensuite j’ai ri de mes larmes. Donc oui, certainement, ce deuxième volume de la biographie de Kafka dont – et c’est une coïncidence – j’ai achevé la lecture la veille du centenaire précis de sa mort, est très bon ; mais ne comptez pas sur moi pour vous dire en quoi.

Bien sûr c’est toujours un peu sur soi-même que l’on pleure. Cet auteur définitivement jeune, c’est ma jeunesse. C’est Danielle Auby qui, alors que je suis en classe de première et qu’elle est mon professeur de français, me dit, après voir lu un texte que j’ai osé lui montrer, qu’il faut que je lise Kafka ; c’est bientôt fait, quasi dans sa totalité. C’est Bernard Lortholary, dont, en première année de fac, je suis les cours de littérature allemande et à propos duquel j’apprends qu’une nouvelle traduction du Procès paraît de sa main. C’est le compositeur Vojtech Saudek, côtoyé pendant mes années de théâtre amateur sous la houlette de sa compagne Agnès Delume, dont j’apprends cette année seulement qu’il était le petit-fils d’Ottla Kafka, la chère petite sœur assassinée à Auschwitz – nous n’aurons pas hélas l’occasion d’en parler ensemble. C’est Eric Chevillard qui intitule « Variations kafkaïennes » l’article qu’il consacre à Pas Liev dans le Monde, le jour même où le monde et ma famille sont blessés au Bataclan. C’est Gaston Lagaffe, oui, le Gaston de Franquin, que je découvre à peine plus tôt que que Kafka, et moi qui ne discerne que peu à peu tout ce que l’univers vu par Franquin a en commun avec celui de Kafka – un vieux billet à ce sujet, ici même à travers ces Hublots, reçoit encore de nombreux visiteurs – au point que je finisse par être tenté de réécrire les aventures de Monsieur de Mesmaeker comme s’il était un personnage de Kafka, sans même me rendre compte qu’approchent ensemble non seulement le centenaire de la mort de Kafka mais aussi celui de la naissance de Franquin : resterai-je seul à voir à la fois combien les récits de Kafka peuvent être drôles et à quel point l’univers de Franquin peut être d’une terrible opacité ?

Voilà : Kafka est mort et ça reste quand même un peu la famille. Heureusement, il va renaître : je viens d’acheter à l’instant Kafka, les années de jeunesse, le troisième tome de la biographie de Reiner Stach. Je crois que l’auteur raconte que la raison de ce retour en arrière est dû au fait que certains documents ne lui étaient pas encore disponibles à l’époque où il s’est attaqué à cet énorme projet. Ne le croyez pas : il ne l’a fait que pour moi, pour que Kafka renaisse encore.




lundi 3 juin 2024

Le Contrat, par Franz Franquin et André Kafka, épisode 29

C’est complètement par hasard que Messerschmied revit Monsieur Witz. Ils n’avaient pas encore repris rendez-vous pour signer le contrat, mais il en était question. Il faisait beau et Messerschmied, depuis sa décapotable, aperçut Monsieur Witz absorbé dans une observation qui piqua la curiosité de Messerschmied. D’ailleurs peut-être même se le dit-il à lui-même, Messerschmied, que sa curiosité le perdrait. Quoi qu’il en soit, il gara rapidement sa voiture et descendit la pente en direction de Monsieur Witz qui, l’ayant reconnu à son tour, avançait à sa rencontre. Ils se saluèrent chaleureusement, comme deux vieux amis, échangèrent quelques mots sur le spectacle qui intéressait si fort Monsieur Witz – une entreprise de démolition de vieilles voitures – et Messerschmied en profita pour lui glisser un mot du contrat ; justement il en avait un exemplaire dans la boîte à gants de sa voiture. C’est à ce moment qu’un bruit attira son attention : sa voiture dévalait la pente. Sous ses yeux effarés et sans qu’il pût rien faire, le véhicule chut dans une trappe où, sous l’action aussi impeccable qu’implacable d’une presse hydraulique, il ressortit sous la forme d’un parallélépipède d’une taille relativement modeste où rien ne subsistait plus de ce qui avait été la belle décapotable de Messerschlmied.

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dimanche 2 juin 2024

Abécédaire du dimanche (faunophonique)

Aboie, bon chien dressé en faïence ! Grogne ! Hennis, « iii ! », jument knabstrup librement mouchetée ! Nasille, oie ! Pigeon, quand roucoulera son timbre unique ? Vocalisez, wombats, xérus, yapoks, zorilles !


(Abécédaires proverbialbibliomaniaqueaquoibonistemeurtriertouristiqueculinaireguerrierfloralzoologique.)

jeudi 30 mai 2024

Un mangeur d’hommes

On pourrait imaginer l’histoire suivante, qui ne serait pas vraiment une histoire puisqu’il ne s’y passerait rien. Il existerait un homme dont la seule activité – laquelle activité serait aussi son moyen de subsistance – consisterait à se nourrir exclusivement de la chair de ses semblables. Ce serait une activité toute tournée vers autrui. Il se sacrifierait pour les autres, et pour que chacun ait bien conscience de ce sacrifice, sa vie serait exposée comme un spectacle. Certaines personnes, bien conscientes de la nécessité du sacrifice, feraient don de leur corps au mangeur de chair humaine. Et on viendrait le voir, à travers la vitre ; on viendrait assister à ses repas. Et on ressortirait de là comme lavé d’un mal commun. On l’appellerait le « mangeur d’hommes » et l’on aurait pitié de lui.


On vous attend demain...