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jeudi 14 novembre 2024

Le registre de Fitzgerald selon Didier da Silva

Le registre de Fitzgerald, qui « repose dans les collections de l’université de Columbia » (nous apprend l’explicit du Registre de Fitzgerald de Didier da Silva tout récemment paru chez Vanloo) est un registre tenu par Fitzgerald, oui, Francis Scott, durant la plus grande partie de sa vie, dans lequel il consacre une page de cahier d’écolier à chaque année de sa vie : la vie est courte. Le Registre de Fitzgerald de Didier da Silva est, on peut le dire, une biographie de l’auteur bien connu, dans laquelle son registre et Fitzgerald lui-même deviennent un sujet, une matière, une manière d’instrument de musique dont l’autre auteur, moins connu mais qui mériterait de l’être davantage, cliquez donc, joue, nous fait résonner l’âme, dans toute l’étendue de son registre. La vie est courte ; la trajectoire est lumineuse, météorique : c’est proprement une tragédie.

J’en ai rouvert mon vieux Gatsby ; je l’avais lu moi aussi « in my younger and more vulnerable years » ; comme en dit cette fois Scott dans l’incipit. La vie est courte. Both books are great.



lundi 23 mai 2022

« Out of the blue »

Lucie ne sait toujours pas quelle forme donner à son travail. Elle pourrait filmer le feuilletage de son carnet, les dessins, les gribouillis, les photographies, intituler cela Autour d’Out of the blue (pas très convaincant), demander à Clément son aide, on entendrait Lucie lire des passages, ses doigts tournant les pages, la musique de Neil Young, des images d’elle cherchant la piste de Linda Manz sur Internet. Ensuite elle craquera une allumette et brûlera le carnet. Hop plus rien. Parti en fumée comme l’héroïne du film. Elle va faire cela, un film sur sa recherche, son obsession, simplement raconter comment elle s’y est prise. Elle est soulagée d’avoir trouvé comment s’y prendre, maintenant il lui faut trouver un homme qui voudra bien coucher avec elle pour 1500 euros.


Elodie Issartel a trouvé la forme à donner à son travail : celle d’un roman intitulé Out of the blue comme le film de Dennis Hopper sur lequel Lucie doit rendre son travail, parce qu’elle – Lucie – est fascinée par Cebe, le personnage central du film, ou par Linda Manz, qui l’interprète, au point qu’elle en devient, Lucie, fascinante à son tour à l’intérieur de son propre film, qu’elle imagine ou qu’elle vit. On peut lire Out of the blue sans voir vu Out of the blue ; c’est mon cas – j’ai juste réécouté un peu Neil Young pendant ma lecture ; on pourra relire Out of the blue après avoir vu Out of the blue ; ce ne sera peut-être pas exactement le même film, pardon, le même livre. Out of the blue, le roman d’Elodie Issartel, est paru récemment aux éditions Vanloo.



lundi 14 mars 2022

Didier da Silva, l’homme-cinéma.

Home cinéma est le nouveau livre de Didier da Silva, qui a l’occasion sait aussi être un homme-cinéma, même si le film dont il est ici question n’est aucun de ceux évoqués dans l’Ironie du sort (qui est sans aucun doute l’un des ancêtres direct de ce Home cinéma), il n’est pas non plus le Dormeur, dont il poursuit cependant l’esthétique du plan-séquence (cliquez si vous ne comprenez pas tout), et pas davantage Un jour sans fin dont naguère notre auteur avait tressé la louange et tenté l’épuisement (mais cliquez donc vous dit-on !), avec lequel cependant il partage en toute modestie la tentation de l’infini. Non : ce film-ci est dans la tête de notre auteur, laquelle ressemble à s’y méprendre à un « bel œuf chromé », mais si, montez-y donc, qui nous invite à une voyage à travers l’espace et le temps, mais aux confins et aux limites des deux : c’est sans doute pourquoi il ne dure que quatre-vingt-trois pages. C’est que, comme je l’écrivais dans un précédent billet – cliquez encore et vous aurez droit à un échantillon de la prose de notre auteur – le texte est triste, et drôle, et beau, comme l’est la mort de l’être aimé – et c’est alors qu’on se rend compte que cette rêverie est aussi une façon d’addenda à la Mort de Masao.

Home cinéma paraît ces jours-ci aux belles éditions Vanloo.






vendredi 11 février 2022

Un seul être vous manque

Lecture en cours : Home cinéma, de Didier da Silva, à paraître en mars chez Vanloo. J’en reparlerai, bien sûr, mais déjà, lisez comment l’auteur réécrit « un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». C’est à la fois beau, triste et drôle ; tout ce que j’aime :

C’était bien le moment que je voulais vivre avec le disparu, je reconnaissais le décor, la position des astres et la force du vent, mais les premiers rôles comme les figurants avaient déserté le plateau, loges et caravanes étaient vides, et la caméra demeurait immobile au début du travelling, sans personne pour la manœuvrer. J’errais dans les studios, franchissais leur portail et sortais dans la ville ; je ne croisais pas âme qui vive. Le capot fumait, çà et là, des voitures qui faute de chauffeur avaient fini leur course où elles pouvaient, des vélos et des trottinettes dont quelques roues tournaient encore jonchaient la voie dédiée, au loin un long-courrier explosait sourdement, des paquebots se percutaient, une moissonneuse fantôme continuait dans les blés sa percée jusqu’à l’horizon.