- Qu'est-ce que tu lis ?
- Décor Daguerre, d'Anne Savelli.
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samedi 1 juillet 2017
dimanche 3 octobre 2010
Franck n’a personne qui lui écrit
Un matin de décembre, à force de quadriller toujours le même parterre, église,
crèche, école, moi aussi j’en ai marre de ces limites et je descends plus bas, à peine quelques mètres de plus.
Pour
rien, juste pour voir. Là j’apprends, de quelqu’un du quartier qui vous
connaîtrait bien, comme ça, discussion devant une
mercerie, me semble, pourquoi vous avez disparu : dans une bagarre
aux Halles (bien sûr), vous avez agressé quelqu’un, plusieurs peut-être,
pour dépouiller les fringues, évacuer les colères.
Vol en réunion avec violence, toi et l’autre, celui au long
manteau, vous êtes enfermés, à Fleury précise-t-elle. Fleury, sans
Mérogis, répète-t-elle (elle dira plus tard qu’elle
connaît, qu’adolescente elle y a passé plusieurs mois – ou jours ?
ou semaines ? – je ne saurai pas si c’est vrai), Fleury, oui, quartier
des jeunes détenus, Franck n’a personne qui
lui écrit est-ce que tu voudrais son adresse ?
Marcher quelques mètres de plus ?
Anne Savelli, Franck, Stock, collection La Forêt, 2010, p. 42.
C’est la première mention du prénom, et ce retard en italiques évoque la gaucherie émouvante d’une première et pudique
caresse.
Plus notamment sur ePagine (ici et là), Lignes de fuite, Pages à pages, et aussi dans les pages du dernier Matricule des Anges.
Commentaires
vendredi 31 juillet 2009
le ciel est presque pur
Lundi - Ma voisine se mange le pouce en lisant, j’aperçois un
peignoir suspendu. Est-ce la guerre ou autre chose tout est vide et
plat, derrière ces façades il n’y a plus de
ville. Seule la lampe qui invite à lire s’allume sur notre passage.
Jeux de quilles, jeux de billes, la ville tombe à terre ; une lampe
encore à Lariboisière et la fiction des
affiches.
Mardi
- Des blocs de quoi dans le canal, des ardoises qu’on échafaude, du
papier plastique aux fenêtres et
un toit provincial enfin. Le tût d’un train, une odeur d’alcool dans
le dos, les cadres se réunissent et les patients observent. Le ciel
illimité, la fin.
Mercredi
- Décidément, de Colonel Fabien à Jaurès on n’a presque le temps de
rien voir. Le soleil dore la
rotonde, la rue de Tanger sommeille, la Chapelle avance en
désolation. Mon voisin lit France Soir/Stalingrad/crackland. Le ciel est
presque pur. Le nouveau propriétaire de ma fenêtre aimée a
fleuri son balcon, sa fenêtre, l’immeuble entier. Nous descendons.
Mercredi bis
- le petit a trouvé hier une cuiller trouée au bout du balcon. Est-elle
tombée du ciel ou
quelqu’un à la forte poigne l’a-t-il lancée là, au deuxième étage
tout de même, et comment a-t-il fait ? Si mon livre parlait de la ville,
en le secouant on y trouverait des portières
grandes ouvertes, des autoradios faisant frémir les murs. Des
feuilles rousses et des rails, d’accord, mais aussi la surdité des corps
d’en face, la stupeur. Les trottoirs, les néons, le dos des
immeubles luisants oui, mais encore la tête dans les épaules, plus
de pas perdus, ne pas flâner, juste sentir de quel côté va passer la
police. Une vieille dame à la voix très douce appelle ici,
elle s’est trompée de numéro et s’en excuse. C’est un conte de fées,
un personnage de Beatrix Potter. Où est donc la réalité, de quel côté
de la vitre ?
Anne Savelli, Fenêtres open space, Le Mot et le reste, 2007, p. 37-38.
Les vacances, c’est le moment idéal pour imaginer qu’on va au
travail, comme tous les jours. C’est aussi le moment idéal pour lire, et
quand le livre est dédicacé à votre nom – corvée rituelle
que je réclame non sans malice aux auteurs que je rencontre comme on
tend la pelle à gâteau à celui dont c’est l’anniversaire, à lui de
faire le service –, c’est encore mieux. Anne Savelli,
rencontrée lors d’une lecture organisée par ses soins pour clore sa résidence au 104, tient un blog du même nom que ce livre, dont il est le prolongement.
Commentaires
De l'autre côté du miroir on aurait pensé à Lewis C.
Commentaire n°3
posté par
pascale
le 03/08/2009 à 09h18
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Puis je lis (là) :"Seuls la lettre, le courrier en eux-mêmes, la simple sensation de décacheter l’enveloppe et d’y voir je t’embrasse, tiens bon, comptent ici. On écrit parce qu’on n’envoie pas son corps par la poste, c’est tout."
Il a l'air beau ce livre.
Ca c'est magnifique. Entre autres. Merci.