Tiens,
encore une occasion de m'entendre bafouiller. C'était le 11 décembre
dernier à la librairie Charybde, où je faisais le libraire d'un
soir. L'orateur est confus mais les livres valent le détour :
j'évoque Doucement de Gabriel Bergounioux un peu avant la
deuxième minute, à 6 minutes 45 je parle de l'Ironie du sort de
Didier da Silva, à 16 minutes 26 c'est Le Parfum du jour est
fraise de Pascale Petit, à 22 minutes 50 La Botanique
parallèle de Leo Lionni, à 31 minutes 25 les Saisons de
Maurice Pons et à 39 minutes le Château de Kafka. A 43
minutes 50 c'est Marianne Loing qui parle de Pas Liev, dont je
lis un court extrait vers 48 minutes et des poussières.
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lundi 5 septembre 2016
mardi 18 novembre 2014
Fictions botaniques, de Leo Lionni à Julien Nouveau
Pour voir, je tape sur Google
« fiction non narrative » mais sans les guillemets. On me renvoie à
non-fiction narrative. Ce n’est pas du tout ce que je cherche, alors je mets
les guillemets, et bien sûr les occurrences se raréfient, surtout si je me
limite à la langue française. On tombe sur quand même des choses intéressantes
où l’on se plongerait volontiers si l’on n’était rattrapé par des nécessités
que pour faire court on qualifiera de temporelles.
Bref, donc. Mais fiction non
narrative, ces mots me parlent puisqu’ils me sont venus. Je vois la chose
un peu partout, y compris dans des romans complètement, assurément, assumément
narratifs. Même Harry Potter, par exemple, dont l’histoire ne
m’intéresse pas tellement depuis que j’ai compris, un peu tardivement certes,
que ce n’était pas vraiment l’histoire d’une école qui n’arrive pas à pourvoir
une chaire professorale, est potentiellement tout plein d’une fiction non
narrative dans sa description d’une école anglaise où les règles sont un peu
différentes – mais à peine – de ce qu’on en connaît par ailleurs. (La vie
quotidienne à Poudlard, sans aventures, j’avoue que j’aime bien. Je ne dois pas
être le seul, à en juger par la traduction française du titre du premier
tome : Harry Potter and the philosopher’s stone devenu plus
prosaïquement ou plutôt moins narrativement Harry Potter à l’école des
sorciers.)
Moins narrativement, mais tout
aussi fictivement. Et lorsque la fiction ose se débarrasser carrément de la
narration, qu’est-ce que cela donne ? Eh bien, par exemple, le Michaux du Voyage
en grande Garabagne ou le même déguisé en zoologue spécialiste de la
darelette ou de l’émanglom dans la Nuit remue, ou bien carrément la
formidable et trop méconnue Botanique parallèle de Léo Lionni,
ou encore, puisque la botanique est une science qui décidément ne fait pas
rêver seulement les botanistes, ce petit livre dont je viens de terminer la
lecture et qui ne saurait lui non plus se classer parmi les genres traditionnellement
recensés : Eloge des arborinidés, de Julien Nouveau,
récemment paru aux éditions Intervalles et qui recense, nous annonce
honnêtement la quatrième de couverture, « des espèces d’arbres
imaginaires, inconnues de nous et pourtant étrangement familières ».
Les lecteurs de ce blog qui se
souviennent de ma présentation de la Botanique parallèle seront
peut-être frappés par la similitude du projet de ce livre avec celui de Léo
Lionni, publié aux éditions des Grands champs. Non seulement les deux ouvrages
traitent de plantes qui n’existent que dans l’imagination des auteurs, mais les
deux vont jusqu’à mimer l’ouvrage de botanique dans son iconographie variée.
Mais les ressemblances s’arrêtent là. Autrement dit : les deux ouvrages
appartiennent au même genre, celui de la fiction botanique ; ils n’en sont
pas moins profondément différents. Léo Lionni pousse la fiction – le faire
semblant – jusqu’à s’effacer le plus possible : dans un ouvrage de
botanique, l’auteur disparaît derrière son sujet. Les différentes voix qu’il
fait résonner (celles du savant, de l’explorateur, de la légende locale)
tendent à gommer l’auteur qui n’est plus qu’un nom sur la couverture. J’aurais
bien aimé faire lire Lionni à Flaubert, tiens. Julien Nouveau, au contraire, pratique
la botanique fictive sur un mode lyrique. Il n’hésite pas à dire je. Sa
voix est celle d’un jeune homme d’un autre temps qui s’émerveille d’un monde où
tout est encore à découvrir. Autour de lui, tout est plein d’âme, dirait le
poète. C’est ainsi que les arbres qu’il décrit sont autant de caractères,
autant de tempéraments. Ce qui me touche – bien loin moi-même d’être insensible
aux sciences –, c’est précisément l’association de cette nature lyrique avec la
science elle-même, qui va jusqu’à rendre nécessaire la présence d’un glossaire
en fin d’ouvrage.
Les premières lignes donneront
une idée de ce à quoi ressemble cet Eloge des arborinidés de Julien
Nouveau (et puis, je l’avoue, j’ai un faible pour cet Arvorebera) :
« L’arvorebera,
« arbre-radeau » – ou medisilha, « arbre-île » –,
fugueur-né, se voue à l’échappée des rives. Il pousse en zones estuariennes,
aux abords des fleuves soumis à l’incessant balancement des marées. Habitant de
berges caressées par l’eau de mer, cet arborinidé est pourvu d’empattements et
de solides contreforts, laissant moins l’impression d’un tronc que d’une
coulure de bois fondu s’étalant sur le sol. Solidement arrimé à la rive qu’il
quittera, l’arvorebera respire pleinement malgré l’ennoiement de son pied,
grâce aux nuées de ses racines aériennes, éparses autour de lui et tombant de
ses branches, ainsi que les figuiers étrangleurs en pluvinent. »
Déjà embarqué avec l’arvorebera
mais sans oublier mes propres notions de botanique, je me permets de préciser
que la respiration de l’arvorebera est sans doute aussi grandement facilitée
par les abondants pneumatophores de ses racines d’abord souterraines avant
d’être sous-marines, où viendront se fixer, au cours de son voyage, d’audacieux
lamellibranches.
jeudi 5 décembre 2013
La Botanique parallèle de Leo Lionni
Je
viens de terminer la lecture d’un livre tout à fait étonnant. Ce n’est
pas un roman, ni même un récit ; ce n’est pas de
la poésie ni du théâtre ; ce n’est pas non plus un essai. Non :
c’est de la botanique parallèle. Ce qui signifie que ce n’est pas non
plus de la botanique – car il m’arrive aussi, je le
confesse, de lire de la botanique. Quand la littérature me gonfle ou
me déprime, c’est comme une respiration, je lis de la botanique. Ou de
la zoologie. Ou de la mycologie. Aucun règne ne
m’arrête. Mais là, ce n’est donc pas non plus à proprement parler de
la botanique : c’est de la botanique parallèle. D’ailleurs c’est écrit dessus, en lettres d’un magnifique vieil
argent : LA BOTANIQUE PARALLELE.
Le
titre n’est pas mensonger ; car tel est, en effet, le sujet de ce beau
livre (on pourrait aussi, pourquoi pas, être
tenté de le classer dans la catégorie des « beaux livres », de ceux
qu’on offre pour les fêtes, tant en effet il est beau, et illustré qui
plus est). Le titre n’est pas mensonger, et le
contenu en effet joue essentiellement de son rapport à la réalité,
cette chose que l’homme à toute force prétend saisir, au point d’avoir
développé des membres aux capacités préhensiles d’une
extrême finesse, et même le cerveau qui va avec, histoire de mieux
sentir combien elle lui échappe, cette réalité. A preuve : cette botanique parallèle.
Car
il existe – ou plutôt il pourrait exister –, nous dit Leo Lionni, tout
un règne inaperçu, ou entraperçu du coin de l’œil au
fil des siècles. Leo Lionni, donc. Le texte est de Leo Lionni. Les
illustrations, superbes, sont de Leo Lionni. Je vous le dis parce que je
l’ai lu. Car Leo Lionni fait tout pour nous le faire
oublier, pour se faire oublier. Son objet est bien trop vaste. Un
règne, donc, disais-je : celui des plantes parallèles. Ces plantes qui
n’en sont pas, qui n’en sont plus, qui n’existent pas
mais dont pourtant on nous présente les traces, les
caractéristiques, les circonstances de leurs découvertes, les légendes
qui s’y rattachent. « Qui n’existent pas » n’est sans doute
pas bien dire, car elles existent plutôt dans un temps arrêté,
constituent un règne par leur caractère organique et en même temps
relèvent du non-vivant sans pour autant être mortes.
Le
livre lui-même se présente comme une somme, l’état des connaissances en
matière de botanique parallèle à l’époque de sa
première publication dans les années 70. Les plantes y sont
minutieusement décrite, nommées – les noms vernaculaires, tirelles,
solées, tournelunes ou pinces des bois, y côtoient les appellations
scientifiques linnéennes, Tirillus maculatus, Sigurya barbulata, Taluma labirintiana et autres Camporana erecta,
car comme le disait un conseiller en
horticulture de ma connaissance, sans le latin il n’est pas possible
de savoir de quoi l’on parle. La dimension narrative cependant n’est
pas absente de la Botanique parallèle, car
chaque découverte est une aventure, parfois tragique, toujours
troublante par ce qu’elle révèle. Comme par ailleurs l’homme a toujours
côtoyé les plantes parallèles qui peut-être n’attendaient
que lui pour accéder à un degré supérieur de matérialité, il est bon
de se plonger dans telle légende wombasa, en Afrique, où il est
manifestement question de la tournelune, ou de lire la fable,
bien connue au Tarzistan puisqu’elle a pour cadre le village de
Zibersk, du Tchavo aux feuilles d’argent, qui n’est autre, à
n’en pas douter, selon les dernières découvertes, qu’une
solée, l’un des cas les plus troublants de plantes parallèles. Cette
fable nous est d’ailleurs rapporté par Leo Lionni, le célèbre auteur de
livres pour enfants qui, nous dit une note, « n’a
rien à voir avec l’auteur de ce livre ».
La fameuse Sigurya barbulata, dessinée par Leo Lionni.
La Botanique parallèle, de
Leo Lionni, vient donc de reparaître à l’initiative des toutes jeunes éditions des Grands Champs.
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