Printemps
1907. Un gamin se sauve avec son chien dans la forêt, on ne sait pas
pourquoi sauf qu'il n'est pas question pour lui de revenir. Il est
recueilli par un homme, un homme étrange si on le regarde avec les
yeux de la société, avant de repartir pour suivre la Caravane à
Pépère. Sur cette ligne simple comme comme une ligne de fuite
Thomas Vinau écrit avec la voix. Et c'est une voix collective, la
voix de tous les laissés-pour-compte, qui résonne aujourd'hui avec
celle des Roms et de ceux qu'on dit migrants. Je pourrais vous
recopier un passage pour vous montrer le travail sur la voix mais ce
ne serait qu'un passage, alors non. Je remarque en passant qu'il y a
un peu deux livres successifs, dans ce livre. L'histoire singulière
d'un garçon qui retourne à l'état de nature, et puis celle
plurielle de la caravane à pépère où le garçon devient témoin
d'une aventure collective. Ce n'est pas un défaut, non, pas du tout.
D'ailleurs dans celui qui jusqu'à présent était resté mon Vinau
préféré, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, c'était le
cas aussi, deux livres : un en mouvement un autre arrêté. Avec
le camp des autres, paru chez Alma au printemps 2017, je crois
que j'ai un nouveau Vinau préféré.
Affichage des articles dont le libellé est Vinau. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Vinau. Afficher tous les articles
dimanche 11 février 2018
dimanche 29 mai 2016
La nuit gueule dans ton ventre
"La nuit gueule dans ton ventre, c'est Screamin' Jay Hawkins. L'alcool gueule dans tes synapses, c'est Screamin' Jay Hawkins. Le minot qui fait le dingo, la musique dans tes entrailles, le zombi qui rit dans la nuit, tu vois ses dents ça fait comme une constellation."
Screamin' Jay Hawkins est l'un des 76 clochards célestes ou presque qui viennent de paraître sous la plume de Thomas Vinau aux éditions du Castor Astral, avec une très belle couverture dessinée par François Matton.
Tiens, ça me donne envie de réécouter Deep in love.
dimanche 12 octobre 2014
Rond de café = Hublot
Le temps me
piétine
je le laisse
marcher devant
en comptant dans
le cendrier
le nombre de
cendres
Il faudra que je
pense à arroser
régulièrement ce
galet
on ne sait jamais
Toute fraîche
une toile d’araignée
balance mollement
ses grappins de
lumière
je me prends les rêves
dedans
Une carotte sur mon
bureau
pourquoi pas !
Rond de café =
Hublot
Thomas Vinau, Notes de bois, éditions Cousu main, 2014.
mercredi 22 août 2012
je me sens bien
Le
soleil monte sur la berge. Sur les troncs. Les taillis. Puis les
branches. Les feuillages, qu’il finit par percer. Certaines
de ses flèches commencent à arriver sur la surface de l’eau. Elles
éclatent en cristaux de lumière. Éblouissent. Éclaboussent. Bondissent
dans mes pupilles. Très vite, les reflets sont trop
puissants. Je dois plisser les paupières. Presque fermer les yeux.
L’eau est froide. Sombre et opaque comme une plaque d’or. Elle frémit à
peine. J’étais réveillé si tôt que je me suis décidé à
aller pêcher pendant que le jour se levait. Je me suis retrouvé là.
Seul. Dans ce murmure de bêtes et d’eau. J’ai eu cette idée d’entrer
dans l’eau à la manière d’un pêcheur à la mouche. Comme
l’affiche au film Et au milieu coule une rivière. C’était
beau. Romantique. Mais je ne pêche pas à la mouche. L’eau est glacée. Le
soleil m’aveugle. Je me retrouve debout, les yeux
fermés, au centre du courant. Cette scène n’a pas de sens. Je vais
finir malade. Pourtant je me sens bien.
Thomas Vinau, Ici ça
va, Alma, 2012, p. 61-62.
Tout juste en librairie, le beau récit d’une reconstruction (intérieure et charpentière en même temps) par Thomas Vinau dont
vous avez déjà lu, j’espère, Nos cheveux blanchiront avec nos
yeux (et si ça n’est pas encore fait celui-ci vient juste
de sortir en 10/18). Curieuse impression de lire ce roman au temps
arrêté (ou plutôt : ralenti, ramené à son juste flux)
dans ce temps des excès qu’on appelle bizarrement rentrée littéraire. Ça fait du bien. On se sent bien, quoi.
La lecture de Jacques Josse sur Remue.net.
dimanche 25 septembre 2011
"N’oubliez pas, Bal du rat mort dans un mois !"
Des plans sur la comète
Parfois, lorsque la pluie s’arrête quelques heures,
il arpente la ville et s’amuse à prononcer à haute voix
les inscriptions flamandes sur les panneaux.
Vlaanderenstraat, Torhoutsesteenweg, Wapenplein.
Des cochers gouailleurs font visiter la ville aux touristes.
Le bruit des sabots sur le pavé mouillé l’entraîne
dans les petites rues du centre.
Sur une gouttière, une affiche en français attire
son attention : « N’oubliez pas, Bal du rat mort
dans un mois ! » Dans un mois, il n’a aucune idée
de l’endroit où il sera.
Dieu, un bus et de la poussière rouge
Avant de partir, Thala lui a laissé l’adresse de la ferme
en Andalousie. « Que Dieu protège les hommes comme
toi », a-t-il dit. Sur le moment, Walther n’a pas vraiment
compris ce que Dieu venait faire dans cette histoire.
Un bus doit l’amener à Chaumont. De là il verra comment
descendre vers le sud. En prenant son ticket, il sent
que Pec a lâché une fiente chaude dans la poche
de son blouson. Il s’endort le front contre la vitre.
Dans son rêve la terre est rouge comme sur l’île de Gorée.
Le placard
Il lui aura fallu quatre bonnes heures pour se rendre
compte de son erreur. De longues prairies trempées
bordent la route. Le Chaumont dans lequel il débarque
est en Haute-Marne plutôt que dans le Nord. L’office
de tourisme en vante l’aqueduc romain et le fromage
de vache. Dans le café-commerce du coin, le grille-
mouche électrique au-dessus du comptoir est allumé
en permanence. En sirotant sa bière à petites gorgées,
Walther se dit que cette ville a été inventée pour y ranger
tout ce dont le reste du monde n’avait pas besoin.
Thomas Vinau, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Alma éditeur, 2011, p. 33-34.
Deux
parties en miroir (« Le dehors du
dedans… » / « Le dedans du dehors… »). La première à la 3e personne
pour suivre Walther qui ne sait pas où il va parce que la nécessité
c’est simplement d’aller, la deuxième à la
1ère personne où le narrateur désormais innommé, de retour chez lui
pour la naissance de son fils, est maintenant immobile. Equilibriste
entre deux genres, en posant ses bagages le romancier
redevient poète.
Commentaires
Merci philippe !
Commentaire n°1
posté par
thoams
le 26/09/2011 à 10h42
Un plaisir. (Dernier achat de mes vacances normandes.)
Réponse de
PhA
le 26/09/2011 à 16h10
J'ai l'impression que j'ai comme un rendez-vous.
Commentaire n°2
posté par
tor-ups
le 27/09/2011 à 09h59
On en parle à Souricette ?
Réponse de
PhA
le 28/09/2011 à 14h06
Inscription à :
Articles (Atom)

