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dimanche 11 février 2018

comme une ligne de fuite

Printemps 1907. Un gamin se sauve avec son chien dans la forêt, on ne sait pas pourquoi sauf qu'il n'est pas question pour lui de revenir. Il est recueilli par un homme, un homme étrange si on le regarde avec les yeux de la société, avant de repartir pour suivre la Caravane à Pépère. Sur cette ligne simple comme comme une ligne de fuite Thomas Vinau écrit avec la voix. Et c'est une voix collective, la voix de tous les laissés-pour-compte, qui résonne aujourd'hui avec celle des Roms et de ceux qu'on dit migrants. Je pourrais vous recopier un passage pour vous montrer le travail sur la voix mais ce ne serait qu'un passage, alors non. Je remarque en passant qu'il y a un peu deux livres successifs, dans ce livre. L'histoire singulière d'un garçon qui retourne à l'état de nature, et puis celle plurielle de la caravane à pépère où le garçon devient témoin d'une aventure collective. Ce n'est pas un défaut, non, pas du tout. D'ailleurs dans celui qui jusqu'à présent était resté mon Vinau préféré, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, c'était le cas aussi, deux livres : un en mouvement un autre arrêté. Avec le camp des autres, paru chez Alma au printemps 2017, je crois que j'ai un nouveau Vinau préféré.

dimanche 29 mai 2016

La nuit gueule dans ton ventre

"La nuit gueule dans ton ventre, c'est Screamin' Jay Hawkins. L'alcool gueule dans tes synapses, c'est Screamin' Jay Hawkins. Le minot qui fait le dingo, la musique dans tes entrailles, le zombi qui rit dans la nuit, tu vois ses dents ça fait comme une constellation."

Screamin' Jay Hawkins est l'un des 76 clochards célestes ou presque qui viennent de paraître sous la plume de Thomas Vinau aux éditions du Castor Astral, avec une très belle couverture dessinée par François Matton.
76 clochards
Tiens, ça me donne envie de réécouter Deep in love.


dimanche 12 octobre 2014

Rond de café = Hublot



Le temps me piétine

je le laisse marcher devant

en comptant dans le cendrier

le nombre de cendres



Il faudra que je pense à arroser

régulièrement ce galet

on ne sait jamais



Toute fraîche

une toile d’araignée balance mollement

ses grappins de lumière

je me prends les rêves dedans



Une carotte sur mon bureau

pourquoi pas !



Rond de café = Hublot






mercredi 22 août 2012

je me sens bien


Le soleil monte sur la berge. Sur les troncs. Les taillis. Puis les branches. Les feuillages, qu’il finit par percer. Certaines de ses flèches commencent à arriver sur la surface de l’eau. Elles éclatent en cristaux de lumière. Éblouissent. Éclaboussent. Bondissent dans mes pupilles. Très vite, les reflets sont trop puissants. Je dois plisser les paupières. Presque fermer les yeux. L’eau est froide. Sombre et opaque comme une plaque d’or. Elle frémit à peine. J’étais réveillé si tôt que je me suis décidé à aller pêcher pendant que le jour se levait. Je me suis retrouvé là. Seul. Dans ce murmure de bêtes et d’eau. J’ai eu cette idée d’entrer dans l’eau à la manière d’un pêcheur à la mouche. Comme l’affiche au film Et au milieu coule une rivière. C’était beau. Romantique. Mais je ne pêche pas à la mouche. L’eau est glacée. Le soleil m’aveugle. Je me retrouve debout, les yeux fermés, au centre du courant. Cette scène n’a pas de sens. Je vais finir malade. Pourtant je me sens bien.
 
 Thomas Vinau, Ici ça va, Alma, 2012, p. 61-62.
 
Tout juste en librairie, le beau récit d’une reconstruction (intérieure et charpentière en même temps) par Thomas Vinau dont vous avez déjà lu, j’espère,  Nos cheveux blanchiront avec nos yeux (et si ça n’est pas encore fait celui-ci vient juste de sortir en 10/18). Curieuse impression de lire ce roman au temps arrêté (ou plutôt : ralenti, ramené à son juste flux) dans ce temps des excès qu’on appelle bizarrement rentrée littéraire. Ça fait du bien. On se sent bien, quoi.
La lecture de Jacques Josse sur Remue.net.
https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEg9BQV3EtHJJCL2dR7MtHYBKe58wjiGJLmJhNvc_4dbXV7B-qfoRy-GHn0OFXvubAWdcEPiuHyXkR4qpVveZH0zVqA1PtE2nTCwPNuX-RXZ7gUfbWpUcbyTDgVCTRiPhyZeEyj3SCPuHPec/s1600/486443_410481542343637_1980319905_n.jpg

dimanche 25 septembre 2011

"N’oubliez pas, Bal du rat mort dans un mois !"


Des plans sur la comète
 
Parfois, lorsque la pluie s’arrête quelques heures,
il arpente la ville et s’amuse à prononcer à haute voix
les inscriptions flamandes sur les panneaux.
Vlaanderenstraat, Torhoutsesteenweg, Wapenplein.
Des cochers gouailleurs font visiter la ville aux touristes.
Le bruit des sabots sur le pavé mouillé l’entraîne
dans les petites rues du centre.
Sur une gouttière, une affiche en français attire
son attention : « N’oubliez pas, Bal du rat mort
dans un mois ! » Dans un mois, il n’a aucune idée
de l’endroit où il sera.
 
 
Dieu, un bus et de la poussière rouge
 
Avant de partir, Thala lui a laissé l’adresse de la ferme
en Andalousie. « Que Dieu protège les hommes comme
toi », a-t-il dit. Sur le moment, Walther n’a pas vraiment
compris ce que Dieu venait faire dans cette histoire.
Un bus doit l’amener à Chaumont. De là il verra comment
descendre vers le sud. En prenant son ticket, il sent
que Pec a lâché une fiente chaude dans la poche
de son blouson. Il s’endort le front contre la vitre.
Dans son rêve la terre est rouge comme sur l’île de Gorée.
 
 
Le placard
 
Il lui aura fallu quatre bonnes heures pour se rendre
compte de son erreur. De longues prairies trempées
bordent la route. Le Chaumont dans lequel il débarque
est en Haute-Marne plutôt que dans le Nord. L’office
de tourisme en vante l’aqueduc romain et le fromage
de vache. Dans le café-commerce du coin, le grille-
mouche électrique au-dessus du comptoir est allumé
en permanence. En sirotant sa bière à petites gorgées,
Walther se dit que cette ville a été inventée pour y ranger
tout ce dont le reste du monde n’avait pas besoin.
 
Thomas Vinau,  Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Alma éditeur, 2011, p. 33-34.
 
Deux parties en miroir (« Le dehors du dedans… » / « Le dedans du dehors… »). La première à la 3e personne pour suivre Walther qui ne sait pas où il va parce que la nécessité c’est simplement d’aller, la deuxième à la 1ère personne où le narrateur désormais innommé, de retour chez lui pour la naissance de son fils, est maintenant immobile. Equilibriste entre deux genres, en posant ses bagages le romancier redevient poète.



Commentaires

Merci philippe !
Commentaire n°1 posté par thoams le 26/09/2011 à 10h42
Un plaisir. (Dernier achat de mes vacances normandes.)
Réponse de PhA le 26/09/2011 à 16h10
J'ai l'impression que j'ai comme un rendez-vous.
Commentaire n°2 posté par tor-ups le 27/09/2011 à 09h59
On en parle à Souricette ?
Réponse de PhA le 28/09/2011 à 14h06