vendredi 17 avril 2026

Coup de grâce pour Grasset

Hémorragie d’auteurs chez Grasset ; Bolloré va pouvoir donner du sens au « grand remplacement » s’il veut que la marque perdure. J’ai regardé un peu la liste des auteurs qui s’en vont (et dont évidemment je comprends bien le départ, qui ne sera probablement pas facile pour certains – même si je pense davantage aux salariés de la maison). Elle est drôle, cette liste. Tout le monde s’y côtoie et, littérairement parlant tout au moins, le meilleur comme le pire. Autant le dire tout de suite : je n’ai pas tant de livres « Grasset » dans ma bibliothèque – mais quelques-uns quand même, que je chéris. Cette marque, supposée représenter une idée de la littérature, me paraît depuis longtemps vidée de son sens. Je ne vise personne, et certainement Olivier Nora, que je ne connais pas, mais qui doit bien être conscient de l’inégalité terrible du catalogue de la maison qu’il a dirigée si longtemps. Dirigée ? Cela fait belle lurette que Grasset n’est plus une maison indépendante. D’ailleurs, après Fayard, cette affaire-là n’était pas difficile à prédire. Qu’en sera-t-il de Stock demain ? de Calmann-Lévy après-demain ? Cette concentration des groupes éditoriaux, dont les propriétaires se soucient de littérature à peu près autant que moi des finances, est nocive à la littérature. On le sait depuis longtemps ; on ne le dit pas tellement. Elle est nocive à la littérature, et elle permet à qui veut diffuser les idées les plus nauséabondes et en a les moyens de le faire à relativement peu de frais. Maintenant qu’on sait qu’elle est nocive aussi à la démocratie, le dira-t-on davantage ?

Pour l’anecdote, parmi les quatre ou cinq éditeurs à qui j’ai envoyé mon premier manuscrit, au début des années 80, Grasset a été le seul à m’adresser une réponse personnalisée. Pourtant elle venait d’entrer dans le groupe Lagardère. Comme quoi.


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