Donc, après être repassé par Paris pour les démarches administratives, tu es en retourné à Arras en maladie. Tata t’a gardé chez elle pendant un an et elle t’a retapé. C’est là que tu as appris à faire la cuisine, la pâtisserie. Tu faisais des gâteaux, du pain d’épices, du pain blanc que tu envoyais à Gretz à ta mère et à ta sœur. C’était en août 43. Tu es resté à Arras jusqu’à la Libération d’Arras, à laquelle tu as participé en « FFI de la dernière heure ». Tu les aurais bien rejoints plutôt mais tu n’avais pas de moyens de savoir comment entrer en contact avec eux. Évidemment, ils n’allaient pas trouver les gens en leur demandant « Vous ne voulez pas faire partie de la Résistance ? » Comme tu n’avais aucune relation, tu ne pouvais pas y entrer. Le jour où ils se sont montrés, tu les as rejoints, et tu es entré dans l’Hôtel de Ville juste derrière le chef des résistants.
Pour en revenir à ton séjour à Arras, c’est là aussi que tu as commencé à dessiner, que tu t’es rendu compte que tu dessinais bien. C’est là aussi que tu as commencé à écrire. Tu as d’abord écrit des poèmes. Tu avais dix-huit ans. Tu as aussi écrit quelques nouvelles, puis tu as entrepris d’écrire un roman. C’était un roman sur la guerre, sur ce que tu vivais. Ce n’était pas autobiographique ; c’était un roman, avec des personnages entièrement fictifs. Les événements de leur vie privée étaient plus ou moins imaginaires, mais tous les événements extérieurs étaient des événements réels, que tu intégrais à ton roman au jour le jour, en direct. (Les événements extérieurs : par exemple, les bombardements auxquels tu as assisté.) Ce roman, tu l’as écrit au jour le jour, jusqu’à la Libération. Mais tu n’as jamais présenté ce roman ni aucune de tes nouvelles à un éditeur. Tu as juste montré quelques poèmes au père d’une jeune fille avec laquelle tu avais flirté et qui éditait un livre sur les « jeunes poètes de France », dans lequel étaient rassemblés des poèmes de jeunes gens à peu près de ton âge, et pour lequel il a sélectionné l’un de tes poèmes : « Poètes, seuls rois ». Tu n’as jamais subi de refus : tu n’as jamais rien présenté.
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