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vendredi 3 avril 2026

« Les cahiers c’est trop beau. »

L’ex-ex note tout sur des feuilles. Ou plutôt des post-it. Il a des post-it de toutes les couleurs. Il se sert peu de ses cahiers. Les cahiers c’est trop beau. Si on loupe la première page, c’est foutu. Si on écrit et qu’on rate, on peut plus écrire derrière, c’est trop pris, dit-il. Ou si on écrit un texte et que plus tard on veut en écrire un autre, l’écrit trop vieux fera de l’ombre au nouveau. Il lui cassera son allant. L’écriture mourra dans l’œuf, voilà ce que pense l’ex. On peut pas écrire dans un cahier, ou alors il faut le remplir d’une traite et passer à autre chose, un cahier tout neuf. Alors qu’avec les post-it c’est pratique, on peut écrire un mot et passer au suivant. Il a même écrit à la boîte 3M, pour leur parler de son projet. 3M c’est l’entreprise qui fait les post-it. Il leur écrit pour leur dire qu’il veut publier sur post-it. Il veut offrir des post-it aux amis, ou alors les vendre à des gens. Des gens viendraient dans des boutiques et ils prendraient des paquets de post-it déjà remplis. Des post-it avec plein d’écriture. Avec des aphorismes, des poèmes. Il lui faut l’aide de l’entreprise pour remettre ses post-it remplis d’écritures sous plastique. L’ex a ainsi écrit une belle lettre et 3M lui a répondu que ça n’était pas possible. Les gens veulent des papiers encore vierges, et puis la boîte n’a pas de contacts avec des éditeurs, ou des imprimeurs. 3M a toutefois envoyé une grosse enveloppe à l’ex pour qu’il s’essaie à différents post-it. Il peut publier lui-même sur post-it. Il veut aussi écrire sur du papier toilette. Des rouleaux entiers de PQ. Ça fera des proses plus longues.


(C’est dans l’Ecriventure, de Charles Pennequin, chez POL, à la page 149-150. Et comme je n’ai pas assez de temps et trop de paresse pour écrire un article moi-même, je vous renvoie à celui d’Eric Loret qui fait ça très bien dans Libération ; il vous expliquera notamment l’ex, l’ex-ex et les post-it.)



vendredi 6 mars 2026

Les livres de mars

C’est bien connu, demandez donc à Alice : le livre de mars est fou. De ces quatre-ci, je n’en ai à proprement parler lu aucun. Comme il y a toujours de la raison dans la folie, je les ai classés rationnellement : par ordre chronologique. L’Écriventure, signé, ou signée, Charles Pennequin, pousse la folie jusqu’à être paru en février, alors que c’est assurément un livre de mars, où le narrateur – je n’ai pas pu m’empêcher de lire le début – cherche une « sorte d’homme » à l’intérieur, et pour ce faire, cherche préalablement le « bon mot ». Aucun doute : ce livre a été écrit pour moi – et aurait dû paraître en mars.

Cela fait des années maintenant qu’Eric Chevillard, à son corps défendant, écrit tous ses livres pour moi ; nulle raison que Jaune soleil fasse exception à la règle – d’ailleurs il est bien paru en mars. D’autant plus qu’il commence par une taupe, laquelle, bifurquant « soudain, ouvrit une galerie verticale, repoussant avec énergie la terre devant elle, et risqua une tête à la surface pour vérifier enfin la persistante rumeur selon laquelle existerait tout un monde au-dessus » et grâce à quoi j’ai pu pour ma part vérifier encore une fois avant-hier dans mon jardin qu’il existe bel et bien tout un monde en-dessous, merci Monsieur Chevillard de me rappeler tout ce que je dois à Samuel Beckett : mes taupes.

Les Abécédaires du dimanche sont signés d’un obscur homonyme qui a proposé aux éditions Louise Bottu une série de cinquante-deux abécédaires précédemment publiés sur mon propre blog Hublots ; cet individu ne manque pas d’air – ni des vingt-cinq autres lettres non plus : car un abécédaire, selon la définition oulipienne, ne doit compter que vingt-six mots, dont les initiales suivent l’ordre alphabétique ; allez donc écrire un texte cohérent avec ça. Que dis-je ? Non pas un texte, mais cinquante-deux, si j’en crois la quatrième de couverture. Le livre sera disponible le 10.

Enfin, last but not least, les éditions DO, après avoir publié en 2024 un livres avec deux titres, deux couvertures mais sans nom d’auteur, en annoncent un, cette fois d’un certain Pierre de Valévoux : N’est-ce pas le livre en question ? La question en effet ne se pose-t-elle pas ? N’a-t-elle pas davantage d’importance que l’existence même de l’auteur ? N’êtes-vous pas vous-même le sujet du livre en question ? N’êtes-vous pas vous-même le livre en question ? N’est-ce pas vous-même que vous tiendrez entre les mains quand, le 20 mars prochain, vous croirez tenir N’est-ce pas le livre en question ?