samedi 3 octobre 2026

Souvenirs de ma mère, 61 (les Singes rouges) : Martinique, Fort-de-France, 1944

Avoir une réputation


Son premier amoureux – mais c’est lui, croit-il, qui emploie ce mot – c’était le neveu de la « sacristine » de la paroisse des Terres Sainville. Sacristine ; il y met des guillemets parce que cette fois c’est son mot à elle, elle ne sait pas comment dire autrement. Il s’appelait Michel Valloise. La seule chose qu’ils faisaient ensemble, c’était de se promener en se donnant la main, après la messe de cinq heures. L’abbé Pulvar est venu exprès à la maison pour la dénoncer à sa mère. « Savez-vous pourquoi votre fille est si assidue à la messe ? » Il n’avait pas tout à fait tort : elle ne serait sans doute pas allée à la messe de cinq heures du matin sans cette bonne motivation. Mais c’était vraiment une relation très innocente.


Elle a souvent eu l’impression d’avoir « une réputation ». Une mauvaise réputation. Comme si elle n’était pas complètement respectable.


Au moment de la Libération de Paris, des amis de la famille, les Suédile, ont organisé une fête. Ils avaient un fils à peu près du même âge. Même son cousin Mane avait obtenu la permission de son père (ce qui n’était pas gagné d’avance, tant s’en faut) pour y aller. Mais elle, sa mère ne la lui a pas donnée. Alors, comme elle voulait y aller quand même, elle est sortie par la fenêtre et elle a rejoint Mane.

La nuit, quand elle est rentrée après la fête, sa mère l’attendait. Elle lui a attrapé le bras et l’a pincée. C’était son habitude, elle ne savait pas taper. Elle l’attrapait et elle la pinçait très fort, toujours le même bras. Ça lui faisait des bleus. Alors elle lui suggérait de changer de bras.




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