samedi 5 septembre 2026

Souvenirs de ma mère, 58 (les Singes rouges) : Martinique, Fort-de-France ; 1943 ? 44 ?

 Traîner dans les bars



Après le Pensionnat Colonial, quand elle a eu l’âge d’entrer en troisième, il s’est ouvert une école d’arts appliqués. Il y avait beaucoup de dessin, de peinture, de modelage. Ça lui semblait fait pour elle ; elle a voulu à tout prix y aller, même si c’était très loin : au Lycée Schoelcher. Elle y a pris la tête de la classe. La vie de nouveau était délicieuse.

Là, elle a connu Gilles Sala. Il lui envoyait des boulettes de mie de pain et il la critiquait parce qu’elle allait « traîner dans les bars. » Elle avait cinq bons kilomètres à faire dans la chaleur pour rejoindre l’école. Il y avait un bar sur le chemin, et une fois il l’y avait vue attablée, à siroter un snowball – de la glace râpée sur une feuille de papier, arrosée de sirop de fruit. Elle avait soif, tout simplement. « A la Guadeloupe, jamais ça ne se verrait », disait-il. C’était un Guadeloupéen. Mais en Martinique non plus, ça ne devait pas se faire, une jeune fille toute seule attablée dans un bar. Elle l’envoyait balader.


Plus tard il est devenu chanteur. Gilles Sala, chanteur de charme. On peut encore l’écouter sur Internet chanter Petite poupée des Antilles.


Les boulettes de mie de pain, elles servaient à effacer le fusain.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire