dimanche 6 septembre 2026

Tout tiédit.

Sur la table du restaurant, l’eau fraîche ne le reste pas longtemps. Le café brûlant, bois-le vite : il ne l’est déjà plus. Tout tiédit trop vite. Les sentiments tiédissent, si on ne les entretient pas – la métaphore du feu n’est pas qu’un cliché. Les mots aussi tiédissent. Leur sens s’affadit ; on est toujours obligé d’en chercher de nouveaux, qui ne manqueront pas de s’affadir à leur tour.

Tiédir, c’est ne plus être ce qu’on était. C’est perdre la raison d’être que, fugacement, on a eue. La coupe de glace fondue, la soupe froide. Étonner était autrefois synonyme de foudroyer. Qu’est-ce que l’étonnement à côté de la foudre ? Être étonné, bientôt, ce sera ne pas l’être. On est condamné à vivre dans la tiédeur.

En politique aussi, c’est la tiédeur ; c’est elle qu’idolâtrent les centristes, qui hurlent à l’extrémisme, incapables qu’ils sont de le reconnaître quand il est vraiment là – alors que c’est leur tiédeur même, cette tiédeur inhumaine et mortifère qui, par un étrange paradoxe, devient le nouvel extrémisme.

L’art aussi, la littérature notamment, ne cesse de tiédir. Les sujets sont obligés. Les romans de la rentrée sont attendus. Certains sont plus attendus que d’autres, avec impatience. Les inattendus le restent ; on n’en parlera pas : ils n’étaient pas attendus.

Tiède. Tiède n’est pas un état : tiède est un mouvement, une direction, un destin. Tiédir tranquillement deviendrait presque une sorte d’idéal. On est content, quand c’est tiède. On ne se brûle pas, on ne gèle pas. C’est confortable. On n’attend que ça.

Tout tiédit. Tout est dit.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire