mercredi 4 octobre 2017

Oui, Amazon, j'ai trouvé ce commentaire utile.

Tiens, en passant sur le site d'Amazon, je tombe sur ce commentaire à propos d'un livre que je n'ai pas lu mais d'un auteur dont j'ai vraiment beaucoup aimé un autre livre, et dont j'efface le nom car là n'est pas mon propos :

« J'ai beau chercher : à part les suggestions d'Amazon, je ne vois pas ce qui m'a poussé à acheter ce bouquin : pas de quatrième de couverture sur la fiche produit, pas de commentaire(s) de clients à ce moment là.. mystère. En tout cas, si c'est une suggestion du moteur Amazon, c'est complètement raté.
Dès la première page, on se dit que l'auteur a lu 'Acide sulfurique' d'Amélie Nothomb. On en déduit qu'il a aimé, et qu'il s'est dit 'pourquoi pas moi ?'.. C'est justement là le GROS problème : L'auteur n'est pas Nothomb, loin s'en faut. »


Il y a toujours sur Amazon une petite rubrique « Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? » C'est intéressant, tout compte fait ; car si évidemment j'ai d'abord trouvé ce commentaire idiot (l'idée que l'auteur ait pu vouloir imiter Nothomb au premier chef), je le trouve aussi finalement utile. Le commentateur se plaint à juste titre d'avoir été fourvoyé par les suggestions d'Amazon ; la plainte est on ne peut plus recevable. Un vrai libraire, un de ces êtres de chair et de sang qui ont pour vocation non seulement de vendre des livres mais aussi d'en faire découvrir, aurait su, avec le tact qui caractérise sa profession, lui faire sentir qu'on n'était pas avec ce livre dans de la littérature commerciale (laquelle n'est pas non plus forcément calamiteuse, là n'est pas non plus le propos) mais dans quelque chose de littérairement plus ambitieux. Il aurait pu soit aiguiller le lecteur vers autre chose ou encore, dans un monde idéal, simplement dégager l'horizon d'attente dudit lecteur, condition essentielle à toute bonne lecture, lequel au sortir de celle-ci, légèrement interloqué, aurait peut-être été traversé par la pensée qu'il était en train de découvrir quelque chose.

lundi 2 octobre 2017

La glace fond, lisez Baqué !

Inplicit Joël Baqué, la fonte des glaces :
« Louis prend la tasse de café et remercie Alice devant le corps raidi. »
Pour ceux qui auraient oublié la règle de ce petit jeu littéraire que j'ai inauguré il ya quelques mois : je prends les premiers mots de l'incipit auxquels je colle les derniers mots de l'explicit. Ça colle particulièrement bien ici, on a presque l'impression que la phrase va de soi. Ça colle même, oserais-je le dire ? improbablement bien.
Des quatre romans publiés par Joël Baqué (je les ai tous lus, vérifiez par vous-même, et même un peu aussi sa poésie), la fonte des glaces est le plus improbable : l'histoire d'un charcutier retraité et déprimé qui devient sans le vouloir une icône de la cause écologique. Il y a quelque chose là qui tient de l'effet papillon et qui signe à la fois une conception de la littérature et une vision de la relation de l'homme au monde. Joël (oui j'avoue c'est un copain) laisse à la littérature la chance du hasard et le destin de son charcutier sur la banquise n'est pas plus invraisemblable au fond que celui du policier poète que l'auteur est aussi. Il peut faire mourir un personnage sous le pied d'un éléphant (le père du héros) sans qu'on se dise « c'est un peu gros » : le ton y est qui rend tout possible et la couleur trop voyante (un orange récurrent de père en fils) lui va bien.
Du point de vue du lecteur que nous sommes vous et moi, attendez-vous clairement à du cocasse, mais la loufoquerie est douce et nous parle de l'homme et du monde en en disant au fond la même chose que le très beau et quand même assez triste La mer c'est rien du tout du même Baqué de l'an dernier. Il y a quelque chose sur quoi clairement on n'a pas prise mais on va faire quand même. La chance au hasard que l'auteur donne à son écriture aboutit à des romans à chaque fois bien singuliers, l'écriture elle-même n'y est pas même ; il y a de l'aventure dans cette façon de la pratiquer, elle n'attend plus que vous.
Résultat de recherche d'images pour "manchots empereurs"

dimanche 1 octobre 2017

cata

Le négativisme, c’est-à-dire l'opposition à toute proposition, défini par Henri Ey comme le « refus de tout contact avec autrui et avec le réel », est un des symptômes de la catatonie. Le catafalque n'est pas loin, la catastrophe non plus. Voire le cataclysme.

vendredi 29 septembre 2017

Un auteur sur Facebook

Facebook est le lieu de l'ambiguïté, notamment pour qui s'y est inscrit pour des raisons d'abord autopromotionnelles. La pratique de la littérature telle que je la conçois repose sur une telle nécessité de l'effacement de soi que je peine à dire « je » et paradoxalement je le fais, et voici qu'en circonstance aggravante je le fais sur le lieu a priori dédié à l'exposition de soi-même. Mais qui donc est ce « je » qui ici s'exprime sinon le malin que j'y fais ? Car l'auteur qui se montre forcément fait son malin et son malin n'est qu'un double plutôt dégradé de lui-même. Heureusement que faire le malin est idiot, et que j'aime l'idiotie dans tout ce qu'elle a d'humain. Ce « je » n'est qu'un jeu (de mots éculé) qui joue avec d'autres jeux derrière lesquels se cachent d'autres « je » qui se montrent moins que parfois leur photo de profil n'ont l'air de le faire : être sur Facebook reste possible et possiblement un plaisir parce et tant que personne n'est dupe.
Résultat de recherche d'images pour "like"

lundi 25 septembre 2017

25 ans d'Attente

Demain soir à la Maison de la Poésie de Paris, les éditions de l'Attente fêtent leurs vingt-cinq ans ! Il y aura bien sûr les éditeurs et trois de leurs auteurs et si vous venez vous aurez droit à un peu de Mémoires des failles susurré dans le creux de l'oreille par l'auteur desdites failles, me suis-je laissé dire. Tout le détail de la soirée est ici.
« Les 25 ans des éditions de l’Attente »

mercredi 20 septembre 2017

Elise et Lise et d'autres Quidam à Belfort

L’image contient peut-être : une personne ou plus et texte

Les vendredis se suivent et se ressemblent comme se ressemblent Elise et Lise : vraiment et pas du tout. Après-demain c'est à Belfort que les libraires du Chat Borgne (36 faubourg de Montbéliard à Belfort) me font le plaisir de m'accueillir pour parler d'Elise et Lise et de quelques autres Quidam, y compris parmi ceux que je n'ai pas commis. Elles seront là elles-mêmes d'ailleurs, à ce que dit la rumeur ; venez donc vérifier par vous-mêmes !
L’image contient peut-être : personnes debout

mercredi 13 septembre 2017

Annocque à la Lanterne

Vendredi 15 septembre à 20h45, La Lanterne, pôle culturel de Rambouillet, 5 rue Gautherin, me fait le plaisir de m'inviter pour un entretien animé par Gérald Roubaud autour de mon travail d'auteur. Christophe Brault lira des extraits choisis par ses soins et rien que pour ça il faut venir !
(Et on pourra aussi se procurer les livres.)

lundi 11 septembre 2017

le nom des lespédèzes

La rosée blanche
ne tombe pas des lespédèzes
ondulant au vent

Bashō, traduit par Joan Titus-Carmel, chez Verdier

Car j'aime retrouver à l'autre bout du monde le nom des lespédèzes qui vont bientôt fleurir dans mon jardin.

dimanche 10 septembre 2017

Black Bassmann

« Le public avait boudé. Parler de bouderie était un euphémisme. Le premier soir, alors que le monologue avait déjà débuté, trois grands brûlés s'étaient affalés sur les sièges du dernier rang, peut-être ayant cru que l'édifice dans lequel ils venaient de pénétrer, et qui étaient un des seuls à tenir encore debout dans la ville, avait une vocation médicale. Sans avoir eu le temps de mesurer l'ampleur de leur méprise, ils avaient émis quelques râles, puis ils avaient observé un silence quasi sépulcral. Sous l'unique lampe, à l'autre bout du dépôt, un homme censé représenter l'ensemble des victimes de la consternante crapulerie humaine, vêtu de lambeaux et portant justement un masque de grand brûlé, déversait en direction de son comparse sa longue amertume, sa désespérance et sa philosophie du vide. Ce soir-là, Gavadjiyev avait entendu l'entrée et l'installation de ces trois spectateurs, et, durant toute la durée de la représentation, il avait spéculé avec plaisir sur les effets du bouche-à-oreille qui ne manquerait pas d'attirer bientôt vers le théâtre de nouveaux amateurs. Il avait apprécié le fait que ces trois hommes fussent restés sans bouger, faisant preuve d'une belle qualité d'écoute. Toutefois, à la fin de la séance, il avait été un peu refroidi par l'absence d'applaudissements, et, une fois les lampes de la salle rallumées, il avait dû accepter la réalité : le public n'avait pas survécu. »

C'est un extrait de Black Village, de Lutz Bassmann, qui vient de paraître chez Verdier. Si vous n'êtes pas encore familier de l'humour du désastre, en voici un bel exemple. Malgré la couleur du village, rien à voir avec l'humour noir : les livres de Bassmann sont tous pleins d'une tendresse désespérée pour l'humanité – et même un peu au-delà de l'humanité. Eh bien sûr un peu au-delà de l'au-delà.

Bassmann n'étant pas présent dans ce monde, la librairie Charybde a invité jeudi dernier son porte-parole Antoine Volodine. Vous avez peut-être raté ça. La vie est injuste. Mais il y aura sans doute un enregistrement.

mardi 5 septembre 2017

Elise et Lise en été

Et donc cet été Elise et Lise ont fait l'objet d'un bel article d'Alain Nicolas dans l'Humanité.fr, qui voit leur auteur comme un "virtuose de la désorientation", c'est ici ; et sur le blog l'avis textuel de Marie M qui me considère comme un "magicien des mots et des histoires, un diabolique conteur, c'est là.

lundi 4 septembre 2017

Bienvenue sur Terre

On voit les choses de là où l'on se trouve. En vadrouillant sur le Net je tombe sur un article de Purepeople (ça ne s'invente pas un titre pareil) où je lis que, enfin non je vous le recopie, c'est plus simple :

« Il y a quelques jours, Éric Naulleau a publiquement critiqué le recrutement de Christine Angot dans On n'est pas couché. Auprès de Paul Wermus pour VSD, le polémiste a déclaré : "Est-ce qu'une romancière parmi les plus médiocres de ces dernières années fera une bonne critique ?"
Samedi 2 septembre, quelques heures avant la grande première de l'écrivain de 58 ans dans ONPC, Laurent Ruquier a pris sa défense dans l'émission On refait la télé sur RTL. Et il n'y est pas allé de main morte avec son ex-collègue.
"Éric Naulleau a été un très bon chroniqueur mais, que je sache, il n'a pas pour l'instant vendu beaucoup de livres", a tout d'abord déclaré l'animateur avant de préciser que son ancien collaborateur a "mal digéré" son départ du programme après quatre ans d'antenne.
Puis, Laurent Ruquier a tenu à rappeler que c'est un peu grâce à lui si Éric Naulleau s'est fait un nom : "Je pense avoir aidé à le faire connaître, je ne suis pas sûr qu'on le connaissait beaucoup avant. Donc je pense qu'il pourrait au moins avoir ce petit souvenir et se dire, 'Allez, je laisse tranquille ceux qui me succèdent à ma place.' Ce serait élégant de sa part." Le message est clair ! »


Ce genre d'article me fascine, j'avoue. Je dois vivre sur une autre planète. Une planète où vendre « beaucoup de livres » ne fait pas un écrivain. Une planète où « se faire un nom » n'est tellement pas la priorité que personnellement j'ai connu Naulleau avant Ruquier, comme chroniqueur au Matricule des Anges et surtout par sa maison d'édition L'Esprit des Péninsules. C'est parce que je l'ai vu par hasard à la télé que parfois, je l'avoue, j'ai regardé cette émission, On n'est pas couché, et que j'ai mis un visage sur le nom de Laurent Ruquier. Et si vous voulez savoir ce que j'en pense, eh bien l'Esprit des Péninsules, c'était bien.
Résultat de recherche d'images pour "planète terre"

vendredi 1 septembre 2017

Les hommes manquent mais heureusement le livre est pauvre.

Et pourquoi pas une rentrée littéraire plastique ? A l'opposé de la marchandisation de la littérature et de son apogée saisonnier, voici qu'avec Philippe Agostini je me livre à la pratique du livre pauvre. Il y en a quatre conçus et peints par ses soins et écrits par les miens qui sont en fait chacun un exemplaire unique, et dont aucun ne dit exactement la même chose, sauf l'essentiel, à savoir que
les hommes manquent.





jeudi 31 août 2017

le livre que je ne voulais pas

Je ne parlerai pas tellement de la rentrée littéraire qu'on pourrait aussi bien appeler hareng très téméraire tant ce concept est saugrenu. Il n'empêche qu'il y paraîtra, qu'il y paraît, qu'il y est déjà paru des livres que je lirai, ou que je lirais bien, ou que je regretterai de n'avoir pas lu mais il ne sera jamais trop tard – sauf un jour peut-être parce qu'il paraît que tout a une fin. Précisément. A ce sujet ou justement non il y en a un qui s'intitule Le livre que je ne voulais pas écrire et à propos duquel je vais faire mon Pierre Bayard en attendant de le lire. Il faut dire que pour moi c'est un peu le livre que je n'aurais pas voulu lire, et que sûrement je lirai quand même (même si peut-être pas tout de suite, ou peut-être que si, tout de suite ; on verra). Je n'aurais pas voulu le lire – comme son auteur, Erwan Larher, n'aurait pas voulu l'écrire. Mais s'il l'a écrit, s'il a pu l'écrire et s'il a senti qu'il pouvait et qu'il devait l'écrire, si le livre s'est imposé à lui comme je crois qu'il s'est imposé, alors je le lirai. Je vais sûrement pleurer un peu – je ne vais pas tout dire pourquoi mais j'en ai dit déjà un peu ici, vous pouvez cliquer – mais connaissant Erwan je vais sûrement rire aussi. Et penser. Panser, peut-être. Connaissant Erwan depuis son tout premier, Qu'avez-vous fait de moi ?, je sais aussi qu'il ne fera pas de la littérature une simple matière à sujet. Il s'est trouvé qu'il a rejoint Quidam, mon éditeur. Il s'est trouvé que comme tant d'autres personnes il est allé à un concert le 13 novembre. Il s'est trouvé que quand il était à l'hôpital je n'ai pas tellement pensé à lui tout simplement parce que je pensais à quelqu'un d'autre qui y était aussi (pas le même hôpital mais le même concert oui), je lui fais la bise pour ça aussi. Alors du coup ça mérite bien tous mes vœux à son livre, avant même que je ne le lise.

lundi 28 août 2017

conseils d'écriture

La recherche de l'incompréhension est un procédé réaliste. Il ne faut toutefois pas en abuser. Mais c'est un procédé réaliste. A manipuler avec modération, mais réaliste.
La répétition aussi est un procédé réaliste. De celui-là non plus il ne faut pas abuser. Mais il est réaliste. Très très réaliste. Réaliste. La répétition.
On peut utiliser la répétition pour favoriser l'incompréhension. C'est très réaliste. Peut-être que c'est encore plus réaliste. Mais il ne faut pas en abuser. Il ne faut pas.  

Résultat de recherche d'images pour "lorem ipsum"

samedi 26 août 2017

nouvelle

Une fois, nous avons trouvé un restaurant, dans un quartier où nous n'allons pas très souvent. Nous avons pris le même plat, à base de viande de mouton et de petits pois. Il y avait sûrement d'autres choses dedans. Nous nous sommes régalés. Du coup, par la suite, lorsque nous repassions dans ce quartier, nous retournions dans ce restaurant, et nous prenions le même plat. Comme c'était un quartier où nous n'allions pas souvent, nous ne sommes retournés que deux ou trois fois dans ce restaurant, peut-être même moins. Mais à chaque fois, nous nous régalions. Et puis une fois, nous sommes retournés dans ce quartier et dans ce restaurant, et nous avons pris le même plat. Mais nous ne sommes pas régalés. Le plat paraissait tout à fait quelconque, et même légèrement écœurant. Pourtant il était identique à l’œil, et aucun des ingrédients ne paraissait avarié. Pourtant nous n'avions pas eu l'occasion de nous en lasser, à y goûter une ou deux fois par an. Mais quelque chose avait changé. C'était peut-être lui. C'était peut-être nous. On ne peut pas savoir. Nous nous sommes posé la question. C'était une question intéressante. Nous ne sommes pas retournés dans ce restaurant, alors nous n'avons pas su la réponse.

vendredi 25 août 2017

Style de Philippe

"Philippe peine à trouver son style", clame-t-on sur tous les médias - alors que je ne fais rien d'autre que tenter de lui échapper.

jeudi 24 août 2017

La fin du Monde est remise à une date ultérieure.

Tout à l'heure je suis tombé sur un article dans un hebdomadaire culturel. Le sujet m'intéressait, alors j'ai lu l'article avec intérêt. Quand j'ai terminé ma lecture, j'ai compris que c'était une critique littéraire : il y avait un titre, un nom d'auteur et un nom d'éditeur. Il y a quand même un problème. (Pour être clair – je n'aime pas être clair, mais c'est parfois utile – l'article ne parlait pas du livre, mais de son sujet.)
Dans le même ordre d'idée, j'avoue que quand j'ai lu qu'Eric Chevillard arrêtait sa chronique au Monde, celui-ci a failli s'écrouler. Mais voici que j'apprends l'arrivée dans ce même Monde de Claro et de Céline Minard. La fin du Monde est donc remise à une date ultérieure, comme dirait Tintin (dans l'Etoile mystérieuse), on va quand même pouvoir rentrer.

vendredi 18 août 2017

en attendant la fin de l'été-machine

La rentrée littéraire, c'est sûrement l'occasion de parler de l'Eté-machine de John Crowley, ce roman paru en 1979 et traduit par Rémi Oliska, repris en 2006 par les Moutons électriques et qu'on peut lire aujourd'hui dans la collection Points. C'est un roman post-apocalyptique et merveilleux, qu'on lit comme une formule magique. On y suit Roseau Qui Parle, ce jeune parleur véridique qui veut retrouver les choses perdues après la grande tempête provoquée par les anges, les hommes d'autrefois qui volaient dans d'étranges machines. On n'est jamais sûr de tout comprendre tant l'univers qu'on découvre avec le narrateur nous est étranger – étranger mais pas nécessairement hostile comme le veut une certaine tradition du récit apocalyptique. Il y a au contraire chez tous les personnages, si différents soient-ils, une sorte de bienveillance qui interroge. Roseau Qui Parle est le narrateur, animé à la fois par un amour perdu puis retrouvé puis perdu de nouveau et par une quête qui dépasse et même met en jeu sa simple personne. Le destinataire n'est pas le lecteur mais un ange (au sens que ce mot a dans le roman) ; narrateur et destinataire n'appartenant pas au même monde ont de séculaires raisons de ne se comprendre que par bribes, et c'est aussi la situation dans laquelle se retrouve le lecteur. Du coup, la lecture est très contemplative, et en effet c'est beau. Tiens, j'ouvre le livre au hasard :

« C'est en tout cas par un jour rempli d'odeurs et de petites choses pâles qui éclataient partout dans la forêt qu'avril fit son entrée. Et bien qu'il ait déjà plu à d'autres reprises, la Liste attendit ce jour-là pour sortir ses parapluies.
Je les regardai, de l'autre côté du Mur-Passage, déambuler avec leurs parapluies ouverts, sur la grande place de pierre. Il y en avait avec des pois, d'autres avec ou sans baleines ; certains étaient mal ouverts, d'autres carrément à l'envers. Capuchon était parmi eux, avec un parapluie plus large que tous les autres et une poignée étrangement sculptée. Il me sourit comme s'il pouvait me voir aussi bien que je les voyais. »


Et merci à Hugues Robert de la librairie Charybde de m'avoir mis ce livre entre les mains.

lundi 14 août 2017

tentative de désécriture d'un sonnet commis dans les années 80 du siècle dernier

Nue la nue
Nue
allongée au loin
qui dores
qui dors
et t’étires Au soleil
au soleil déclinant
déclinant tes vaporeux appas
Tu t’éloignes
encor
des lieux
des lieux que tu trompas
De ton ombre
diffuse
ton ombre diffuse
ton ombre diffuse et féconde
et féconde
en délires

Seul
dorénavant moi
sur le sol trop fangeux
Seul dorénavant moi sur le sol
trop fangeux
trop fangeux parmi tous les mortels
Parmi tous les mortels abandonnés
du rêve
J’ai connu
le plaisir
j'ai connu le plaisir
J'ai connu le plaisir de la vie qui s’élève
le plaisir de la vie qui s'élève
Au-delà
Au-delà des sommets éthérés
et neigeux

J’ai nagé
et neigeux j'ai nagé
dans les cieux de ton évanescence
J'ai nagé dans les cieux
Bien plus haut que ces dieux
tristes
ces dieux tristes dont la naissance
Est marquée par
le poids
le poids de la réalité

Et si
tendant les bras aux cimes
aux cimes désirables
aux cimes des érables
roué
Mon être
à naître
Mon être
n’atteint plus
les joies impondérables
Mes désirs
mes désirs à buste d'hommes
mes désirs
à corps chevalins
Mes désirs
débridés
cavalent galopent fuient
fuient

loin de la cité

samedi 12 août 2017

Je ne sais pas pourquoi je me souviens.

On lit, et après on oublie. Quand on lit beaucoup, c'est pire. Quand on vieillit aussi, c'est pire. Pour m'assurer un souvenir suffisant (et encore), il faut que je lise le livre trois fois. Deux, c'est insuffisant. La vie est insuffisante, autant dire. Les livres dont on se souvient le mieux, souvent, sont ceux qu'on a lus dans notre jeunesse. Parfois on s'en souvient bien alors même qu'on a oublié le titre et le nom de l'auteur. Toutefois, parmi ceux-là, il y en a dont je me souviens beaucoup mieux que d'autres. Ça veut peut-être dire qu'ils étaient meilleurs que d'autres. (Pour moi, hein, oui, pour moi ; mais ne chipotons pas.) Ou alors, peut-être que je les ai lus trois fois et que c'est pour ça que je m'en souviens mieux. Mais si je les ai lus trois fois, ce qui est possible après tout, ça veut peut-être dire qu'ils étaient meilleurs que d'autres. De ma période science-fiction, entre dix et quatorze ans environ, je me rends compte que je me souviens beaucoup mieux du Monde vert et de Croisière sans escale de Brian W. Aldiss que des trois premiers Fondation d'Asimov et de la plupart des Van Vogt. Bon, ça ne veut peut-être rien dire, sauf que je devrais peut-être les racheter, tiens, ces deux-là.