lundi 12 décembre 2022

court toujours (58)

Les vivants sont pudiques : ils cachent leur tête de mort dans un écrin de chair.




dimanche 11 décembre 2022

De la pratique de Frédéric Forte pour faire apparaître la poésie là où elle n'était pas prévue

Vos livres de poésie se cachent partout. Ouvrez donc ce savant traité, par exemple, qui n’a semble-t-il à l’origine aucune vocation poétique : Pratique pour fabriquer scènes et machines de théâtre, du machiniste et décorateur italien Nicola Sabbatini. Son auteur a beau l’avoir écrit au XVIIe siècle, c’est tout un livre de poésie contemporaine qui s’y cache ; il suffit à Frédéric Forte de l’y faire apparaître. Il nous explique comment et selon quel protocole précis dans une note de l’auteur finale que je ne recopierai pas ici, préférant donner quelques exemples :



Chapitre 5

Comment changer


On clouera le haut

du côté où

il est le plus bas

puis on prendra l’autre extrémité

et on la clouera au commencement



Chapitre 17

Comment ouvrir et fermer


Une seule personne

chute de soi-même

en ce peu d’espace

sans bruit


Chapitre 22

Comment faire apparaître un enfer


Ici / de soi



Les poèmes sont accompagnés de dessins de David Enon.

De la pratique, scènes et machines, de Frédéric Forte, est paru tout récemment aux éditions de l’Attente.





vendredi 9 décembre 2022

La poésie est partout (poème alphabétiquement parabolique)

La poésie est partout.

La poésie est par tous.

La poésie est particulière.

La poésie est parmi nous.

La poésie est parlante.

La poésie est Paris.

La poésie est pardon.

La poésie est, pardi !

La poésie est parcours.

La poésie est par-ci par-là.

La poésie est paravent.

La poésie est parapluie.

La poésie est paradis.

La poésie est parabolique.


La poésie est parabole.

La poésie est paradigmatique.

La poésie est paratonnerre.

La poésie est, parbleu !

La poésie est par cœur.

La poésie est pari.

La poésie est parlée.

La poésie est parmi vous.

La poésie est participante.

La poésie est particule.

La poésie est partie.

La poésie est parti pris.

La poésie est. Partons !

La poésie est partouze.


mercredi 7 décembre 2022

nouvelles

Bientôt de nouvelles Notes (sans doute en avril).

Tu aurais pu attendre un peu, qu'on puisse en parler ensemble.





mardi 6 décembre 2022

Je n’avais jamais lu l’honneur perdu de Katharina Blum.

Je n’avais jamais lu l’honneur perdu de Katharina Blum. Pire : je n’avais jamais lu Heinrich Böll. Est-ce pour ça que j’ai l’impression que les lecteurs français ne lisent plus de littérature allemande ? Car franchement, ôtez-moi d’un doute, les lecteurs français lisent-ils encore de la littérature allemande ? (Cette question n’a de sens que relatif. La littérature est toujours étrangère et l’on devrait ne pas se préoccuper de l’origine de l’auteur – on ne devrait pas se préoccuper de l’auteur du tout. Mais puisque ce n’est pas le cas, pourquoi cette désaffection ? Ou alors je me fais des idées.)

Je ne vais quand même pas écrire un billet sur l’honneur perdu de Katharina Blum, que tous les lecteurs du vingtième siècle ont lu. Mais quand même : sur un pareil sujet, j’ai apprécié de rire autant.



dimanche 4 décembre 2022

vendredi 2 décembre 2022

Débrouille-toi avec ton violeur

Parmi les voix du post-exotisme, il y a celles d’Infernus Iohannes. Celles, car elles sont multiples. Et elles sont trois dans le premier ouvrage signé Infernus Iohannes paru jusqu’à présent, et tout récemment, aux éditions de l’Olivier : Débrouille-toi avec ton violeur. Trois : Miaki Ono, Molly Hurricane, Maria Soudaïeva. Trois, c’est sans compter les traductrices, et le traducteur. Irina Kobayashi, Astrid Koenig, Ellen Dawkes, Irena Echenguyen, Maria Echenguyen, Maria Iguacel, Rita Retzmayer, Monica Santander, Maria Schnittke, Lilith Schwack, Maria Gabriella Thielman, Anita Weingand, et alliae. Antoine Volodine. Oui, c’est pour ça que je me livre à mon goût pour l’énumération : c’est une des marques du post-exotisme. Antoine Volodine qui, dans ce livre, n’apparaît que comme le traducteur des Slogans de Maria Soudaïeva (ici réédités : ils l’avaient déjà été, seuls, en 2004, déjà chez l’Olivier).

Un avant-propos, intitulé Nos grandes traductions, ne fait pas qu’introduire les trois textes qui suivent : il fait partie de l’œuvre, clairement assumée comme collective, sans signature, et rédigée à la première personne du pluriel, « dans notre quartier de haute sécurité ». Car la littérature post-exotique est incarcérée, car elle est résistance. Nos grandes traductions, c’est aussi le sous-titre de l’ouvrage – Débrouille-toi avec ton violeur étant aussi celui du premier texte (on ne parlera pas ici de récit, la narration dans ces trois textes-ci est réduite à presque rien). Traductions du japonais (Débrouille-toi avec ton violeur, de Miaki Ono), du russe (Slogans, de Maria Soudaïeva), du maganéen (Sous les viandes, de Molly Hurricane). Comme vous, je n’avais entendu parler du maganéen jusqu’à présent. Est-ce à dire que nous n’avons jamais entendu parler maganéen ? Une petite recherche sur le sens du verbe maganer dans le français d’outre-Atlantique me suggère que le maganéen est la langue commune à tous les humains estropiés par la vie, tous les humains qui ne sont pas considérés comme tels. Cette traduction, pratiquée sans « toujours respect[er] l’éthique des traducteurs », je la lis comme un passage, une transmission d’un univers parallèle au nôtre et qui, comme en miroir grossissant, réfléchit – reflète et pense – le nôtre. Ainsi la logorrhée de Miaki Ono, Débrouille-toi avec ton violeur, paraît-elle à la fois outrancière et en même temps terriblement lucide dans son discours d’un féminisme plus que radical – dans ce qu’on appellerait féminisme si le propos n’était pas absolument désespéré. C’est d’autant plus troublant que, parmi tous les textes issus de l’univers post-exotique que j’ai pu lire, c’est celui dont les références sont les plus proches de notre propre univers. Sous les viandes, de Molly Hurricane, est à l’antipode, en terme d’univers : il emprunte des motifs à ce que nous appelons science-fiction, mais ce n’est que le moyen de dire à quel point notre corps n’est pas nous-mêmes (notre corps de femme, puisqu’il semble que seules les femmes se battent encore), à quel point l’on ne s’appartient plus dans un monde post-apocalyptique où en réalité rien n’a changé : les « boyaux-démocrates » ont toujours le pouvoir – j’ai bien envie de continuer à les appeler comme ça désormais. Puis le triptyque se clôt avec les Slogans de Maria Soudaïeva et la puissance hypnotique de leurs missions étranges : « SI TU T’APPELLES VOLAINE KAMIÈNOGORSK, TUE D’ABORD CE QUI BOUGE EN VOLAINE KAMIÈNOGORSK ! »

Ce livre est le quarante-sixième qui nous soit parvenu de l’univers post-exotique. Il y aura un autre titre signé Infernus Iohannes. Ce sera le dernier, nous dit Antoine Volodine, puisque ce sera le quarante-neuvième.



jeudi 1 décembre 2022

mardi 29 novembre 2022

court toujours (52)

Il faut désormais remonter le temps pour se rappeler celui où l’on remontait encore sa montre.




samedi 26 novembre 2022

court toujours (49)

Et quels sont vos projets pour l’avenir ?

J’espère bien assister en direct à la disparition de la littérature pour pouvoir la raconter dans mon prochain livre.




vendredi 25 novembre 2022

Faire salon dimanche

Dimanche c'est le salon des Essarts-le-Roi. Il y aura du Annocque. Cliquez sur le lien pour les détails.

jeudi 24 novembre 2022

court toujours (48)

Il m’arrive aussi quelquefois de me surprendre à mûrir quelques avant-pensées, et puis je m’arrête.




mercredi 23 novembre 2022

court toujours (47)

C’était l’histoire d’un homme de mots qui s’efforçait de devenir un homme de paroles.




mardi 22 novembre 2022