Chanter la nuit dans le bureau de poste
Ses moments de liberté, c’était quand elle était invitée en vacances sans ses parents. Yvonne, chez qui elle était déjà allée au Carbet après l’opération des amygdales, l’a invitée de nouveau, mais à Saint-Pierre, cette fois, où son mari Émile était receveur des postes. Elle, elle devait avoir treize ans.
Ce récit n’est décidément pas très chronologique, il s’en rend bien compte. Ou alors il fait trop mine de l’être alors que la chronologie est une illusion ?
Là, comme au Carbet, elle a refait une crise de somnambulisme. Ils l’ont entendue chanter en pleine nuit : elle se promenait dans le bureau de poste, qui servait aussi de logement de fonction, elle chantait et elle jouait avec les tampons de la poste. Yvonne l’a raccompagnée à sa chambre sans la réveiller et ils ont fermé à clef pour la nuit car elle serait bien allée se promener dehors, comme au Carbet, mais là c’était la ville.
Toute la journée elle était libre de faire ce qu’elle voulait, elle était bien.
Yvonne disait souvent à sa mère qu’elle manquait de liberté, cette enfant, qu’il fallait lui laisser faire un peu ce dont elle avait envie.
Il n’a jamais connu sa mère somnambule. Il se dit que ces promenades endormies qu’elle faisait, et qui semblaient à chaque fois très heureuses, c’était une façon de retrouver la liberté qui lui manquait. Même physiquement le sommeil était une évasion.

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