Tailler la raie
On l’a inscrite à l’école à l’Ermitage, avec son cousin Mane, qui avait le même âge. C’était à cinq kilomètres de là.
Pour aller à l’école, ils s’accrochaient clandestinement à un cabrouet (une charrette à chevaux). En bas de la pente, ils le lâchaient pour remonter le Boulevard de la Levée (aujourd’hui c’est le Boulevard Charles de Gaulle) jusqu’à Galliéni, où ils étaient autorisés à monter dans le minibus des instituteurs, qui les amenait à l’Ermitage.
À l’école ils étaient mal vus par les autres enfants ; on les considérait comme des privilégiés parce qu’ils arrivaient avec les instituteurs.
Ils ne sont pas restés longtemps à la Cité des Bons Enfants, le logement était trop petit. Ils se sont installés rue François Arago, avec la grand-mère et les cousins. Plus tard on l’a surnommée la rue des Syriens, cette rue ; c’est devenu leur quartier. Raphaël Confiant a même écrit un livre : Rue des Syriens.
Toutes les histoires ont leur géographie. Pour les lecteurs vraiment martiniquais, si jamais il y en a pour ce livre, des images précises s’associeront à ces noms de lieux. Pour le lecteur de ce livre qu’il est aussi, mais vaguement martiniquais d’origine seulement, martiniquais délavé, ce sont surtout des mots poétiques. Le dire suffit-il à ce qu’ils le soient pour tous ?
Un jour, son frère Maurice lui a demandé de lui faire une raie au milieu. Dans des cheveux crépus, ce n’est pas facile. Elle lui en a découpé une à la règle, avec des ciseaux. Son père était furieux. Elle s’est sauvée. Mais son père, et sa grand-mère aussi, avait l’habitude de lui donner des raclées à retardement, quand elle avait oublié sa bêtise.

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