Se faire ses nattes toute seule
Dès leur arrivée, ses parents sont partis tous les deux. A l’Anse Noire. Deux semaines, peut-être. C’était peut-être deux semaines, ça n’était peut-être que deux semaines mais ça lui a paru une éternité. Ils l’avaient laissée à la famille. A sa famille.
Sa famille, c’étaient des inconnus.
Quand elle est rentrée de l’école, on lui a dit qu’ils étaient partis en vacances. Elle n’a pas compris. Elle s’est sentie abandonnée.
C’était sa grand-mère qui la coiffait. Ses cheveux, c’était une « tignasse », une « paillasse » ; c’était du « crin », du « foin ». Elle insiste sur chaque mot. Il sent les cheveux tirés rien qu’à son ton. Ce sont des mots qui tirent les cheveux.
Il se dit que la grand-mère n’était pas habituée : elle était, elle est restée sa seule petite-fille ; sa tante n’avait que deux garçons. Les garçons ça devait être tête coco sec à cette époque. Elle était sa seule petite-fille.
Il se relit. C’est bien de lui, ça, cette façon de trouver des excuses.
Même Mane, son cousin germain de son âge, celui avec lequel elle a passé le plus clair du reste de son enfance, même lui, il disait qu’elle avait une drôle de couleur. Il la trouvait verdâtre.
On fait, on faisait beaucoup de réflexions sur le physique, aux Antilles. Sur la couleur, sur les cheveux. Même lui, il s’en souvient. C’était comme ça.
S’il y pense, encore aujourd’hui, sa couleur est une question.
Elle a décidé de se peigner et de se faire ses nattes toute seule. Elle a appris à se débrouiller toute seule définitivement. Elle n’avait que huit ans.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire