Messerschmied, au volant de sa voiture, allait chez Brunnen lorsqu’un policier armé d’un sifflet lui fit signe de s’arrêter. Il s’agissait juste d’un contrôle d’alcoolémie, mais cela suffit à provoquer la fureur de Messerschmied : ses nerfs, il avait du mal à bien vouloir l’admettre, étaient à cran. Il tenta de faire sentir à ce fonctionnaire de police à quel point il était pressé, mais comment parvenir à ce que quiconque autre que lui-même comprenne que la mission dont Messerschmied était investi – la signature du contrat – était essentielle ? Sans doute se montra-t-il involontairement grossier, car le policier devint de plus en plus intraitable et injonctif et il fallut bien, au bout du compte, que Messerschmied s’exécutât. Sa nervosité cependant lui faisait perdre le contrôle de son propre corps ; il avait beau s’évertuer, il ne parvenait à rien, et pendant ce temps l’heure du rendez-vous approchait, arrivait, serait bien dépassée ; l’occasion de signer le contrat serait une nouvelle fois perdue, gâchée, et ce avant même que Messerschmied n’arrive chez Brunnen ; ce serait bien la preuve que la faute lui incombait, à lui seul, Messerschmied ; ni Monsieur Schlehe ni n’importe qui d’autre chez Brunnen n’y était pour quoi que ce soit. Messerschmied était perdu, il soufflait, soufflait en vain sur les injonctions du policier, au point que la tête lui tournait et qu’il vit soudain, si réel qu’il aurait cru pouvoir le toucher, un animal énorme et monstrueux, d’une couleur aberrante ; ça ne faisait aucun doute, Messerschmied était en train de perdre la raison ; d’ailleurs il se mit à crier et à se débattre tandis que deux autres policiers, sortis d’on ne sait où, à moins que ce ne fussent des infirmiers, lui saisissaient fermement les bras et tentaient de le maîtriser.
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