samedi 25 septembre 2010

ils décident que c’est bien leur voix qu’ils entendent

Ils identifient une voix familière, qui exprime des pensées ou des morceaux de pensées qui ne les choquent pas, des pensées avec lesquelles ils se sentent spontanément d’accord, ou encore cette voix débite des mensonges ou des fragments de mensonges qui les arrangent. Et ils en déduisent qu’ils sont en train de parler, il y a de l’agitation au niveau de leur bouche et ils en déduisent que, probablement, ils sont en train de parler. Ils reconnaissent une voix qui semble correspondre à ce qu’ils ont toujours imaginé être la leur, et ils font le pas, ils surmontent leur hésitation et ils décident que c’est bien leur voix qu’ils entendent, leur voix qui soupire des banalités ou des mensonges au cœur de l’obscurité, au cœur de l’épaisse obscurité. Il arrive cependant que le doute s’insinue en eux. Cette situation se produit en particulier quand la voix qu’ils voudraient revendiquer pour eux-mêmes sonne quelque part dans leur crâne alors qu’ils ont la bouche fermée et alors que tout indique qu’ils sont silencieux, endormis ou morts.
 
Antoine Volodine, Ecrivains, « La théorie de l’image selon Maria Trois-Cent-Treize », p. 137 à 138, Seuil, Fiction & Cie, 2010.
 
Je pourrais dire que j’ai souvent pensé à l’Innommable avec Maria Trois-Cent-Treize et les autres « écrivains », les autres Ecrivains plutôt. Ça ne veut pas dire grand-chose mais je le dis quand même pour donner la mesure de l’effet produit sur le lecteur.


Commentaires

Effet instantané garanti. (Je sens des picotements du côté de l'hémisphère gauche, et j'entends les doux couinements du potamochère.)
Commentaire n°1 posté par Gilbert Pinna le 25/09/2010 à 09h22
Etes-vous sûr, Gilbert, de reconnaître votre voix ?
Réponse de PhA le 25/09/2010 à 10h52
La dernière phrase de ce texte sonne furieusement dans mon crâne. C'est tellement ça la révolte intérieure... la révolution silencieuse...
Commentaire n°2 posté par Ambre le 25/09/2010 à 12h01
Cette Marie Trois-Cent-Treize devrait tellement vous toucher, Ambre, que je n'ose même vous en recommander la lecture.
Réponse de PhA le 25/09/2010 à 12h29
Je ne suis pas sûre de comprendre. Est-ce à dire que nous sommes parlés par d'autres ? On nous donne de la voix ?
Commentaire n°3 posté par Zoë le 25/09/2010 à 16h19
Personnellement (et du coup cet adverbe ne veut plus rien dire - sinon que bien sûr je ne parle pas à la place de Volodine), je nous vois encore comme des organes à deux orifices, une entrée une sortie pour faire court ; on crache d'un côté ce qu'on a ingurgité de l'autre en espérant qu'il s'est passé quelque chose entre les deux pour que ce ne soit pas exactement la même chose.
Réponse de PhA le 25/09/2010 à 16h36
Ces deux orifices (essentiels nous sommes d'accord) sont détournés de leur premier office pour bien d'autres choses... Ne peint-on pas avec la bouche ? Et le pétomane ne prétend-t-il pas à une forme d'art ?
Commentaire n°4 posté par Zoë le 25/09/2010 à 18h08
La voix de Beckett rôde, en effet.
Commentaire n°5 posté par albin le 25/09/2010 à 21h13
"Croient-ils que je crois que c'est moi qui parle ? ça c'est d'eux aussi." (L'Innommable)
Réponse de PhA le 25/09/2010 à 21h41
 

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