dimanche 31 mai 2026

Souvenirs de ma mère, 49 (les Singes rouges) : le Vauclun, Martinique ; 1941

Se retrouver dans le manguier



Elle a passé son certificat d’études à l’école Perrinon, dans la classe de Madame Caffié, à Fort-de-France. Elle a réussi l’examen.

Pour la récompenser, Monsieur et Madame Giban, des amis de ses parents, l’ont invitée à venir passer un mois de vacances dans leur maison du Vauclun. Elle y a été traitée comme une princesse. Les boutons des taies d’oreiller étaient en or. Monsieur et Madame Giban avaient « fait » la Guyane, comme ses parents. « Papa Laurent » l’emmenait à la plage. Leurs neveux et nièces, qui étaient de jeunes adultes, l’emmenaient en tilbury. A cause de la guerre, il n’y avait pas d’essence. C’était la fête.

On lui a fait connaître une petite cousine à eux, du même âge, qui venait jouer avec elle. À douze ans, elle suçait encore son pouce. À elle, qui à douze ans jouait encore à la poupée, ça lui paraissait bizarre de sucer encore son pouce. Elles se retrouvaient souvent dans le manguier. Elles avaient le même goût et le même talent pour grimper aux arbres.


Il n’a jamais vu sa mère grimper aux arbres. Elle savait grimper aux cocotiers, en enserrant le tronc entre ses pieds. C’est surtout son père à lui, qui raconte ça. Ça l’épatait.

Lui aussi il serait facilement tombé amoureux d’une fille qui grimpe aux cocotiers avec ses pieds.



Le Carbet. Le Vauclun. Ces noms de commune sont aussi des noms de petits souvenirs à lui. Eloignés l’un de l’autre, de part et d’autre de l’île : Carbet 82, Vauclun 70. Au Vauclun il goûte un peu d’oursin dans la barque d’un pêcheur. Il a sept ans.

L’oursin on dit chadron. C’est chardon, à cause des piquants, mais avec une métathèse.



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