Rester digne
Peu de temps après la communion solennelle, le médecin a décidé qu’il fallait les opérer, tous les trois ; Mane et elle des amygdales, et le petit Marcel des végétations.
Sa tante a donc pris rendez-vous dans une clinique de bonne réputation. A cette époque, à cause de la guerre, les Antilles étaient très mal approvisionnées. C’est sans doute pour ça qu’il a été décidé que ces opérations se feraient sans aucune anesthésie, puisque c’était bénin. A vif, donc. Ils devaient passer l’un après l’autre, le plus jeune en premier. Le petit Marcel a tout enduré sans rien dire. Ensuite est venu son tour à elle. Elle se souvient encore de la douleur en le racontant. En plus, il lui en était resté un morceau sanguinolent qui pendait à l’extérieur, juste retenu par un filament de chair. Elle ne disait rien, elle espérait s’en défaire toute seule. Mais le chirurgien s’en est aperçu et il s’en est ensuivi une course-poursuite entre le médecin qui voulait en finir et elle qui n’avait qu’une idée : fuir ! Puis est venu le tour de Mane qui avait intérêt à rester digne après l’intermède de la course.
C’était une famille où l’on attendait de chacun cette qualité : la dignité. Même des enfants.
Ils sont restés en convalescence à la maison à sucer des morceaux de glace pendant la cicatrisation. Évidemment ils n’arrivaient pas à manger normalement.
S’il écoute bien ce qu’il y a au fond de sa pensée, il entend ceci :
Les enfants ont
au fond de la gorge
quelque chose que les adultes n’ont plus
et qu’ ils veulent leur arracher.

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