samedi 5 avril 2025

Souvenirs de mon père, 34 (Paris)

Après avoir retrouvé Jacqueline, tu es parti à la recherche de Guy Bourk qui, lui, n’avait pas déménagé. Il a été très joyeux de te retrouver ainsi que son petit frère John. Il n’y avait qu’eux à la maison ce jour-là. Peu après ton arrivée, on a sonné à la porte ; John est allé ouvrir tandis que tu continuais à bavarder avec Guy. Tu as compris que c’était Olga, leur sœur. John lui a dit : « Devine qui est là ! » Sans te voir, rien qu’en entendant ta voix, sans t’avoir vu durant plusieurs années, elle s’est écriée : « C’est Michel ! » Elle a paru dans l’encadrement de la porte, et ce fut l’éblouissement. La petite fille, plus jeune que Jacqueline, que tu avais connue jadis, était devenue une somptueuse jeune fille aux cheveux noirs et au sourire éclatant. Elle s’est jetée dans tes bras, toute joyeuse. Autrefois tu ne faisais pas beaucoup attention à elle, mais tu as compris qu’elle, si. Quel contraste avec Jacqueline ! Tu es tombé amoureux d’Olga, et vous avez commencé à flirter pendant quelques mois. Par lâcheté, tu n’es pas retourné voir Jacqueline, et tu t’en es toujours voulu. Tu en as d’ailleurs été puni, car si tu trouvais Jacqueline trop triste pour toi ; toi tu l’étais trop pour Olga, qui n’avait pas, comme toi, connu la misère, la faim et l’exode. Les Bourk avaient beaucoup d’amis qui tenaient beaucoup de place dans leur vie de jeunes, et Olga finissait par préférer leur compagnie à la tienne. Il en était de même de Guy et de John, et un beau jour, tu as fini par te retrouver seul avec les parents, certes très charmants avec toi. Alors tu as fini par ne plus revenir. Ils n’avaient pas ton adresse et tu ne sais pas s’ils t’auraient recherché dans le cas contraire.

jeudi 3 avril 2025

court toujours (327)

La différence entre le l’e et l’o, c’est que l’o est un c clos, alors que l’e n’est qu’un c à demi fermé.




mercredi 2 avril 2025

Mon classique du mercredi : Le Cid, de Corneille (Acte I, scène 4 : « Ô rage ! ô désespoir »)

Je ne peux pas faire une série sur les classiques qui ont marqué ma jeunesse sans faire une part à ceux que j’ai fréquentés au théâtre. L’année d’après le spectacle monté par Danielle Auby que j’ai déjà évoqué ici et , et malgré le départ de notre chère professeure partie poursuivre sa propre aventure, nous étions en terminale et nous avons décidé de monter une version moins parodique que délirante et baroque du Cid. J’incarnais un Don Diègue au maquillage outrageusement plâtreux, en toge et la tête couronnée de lauriers qui n’étaient pas que métaphoriques. Évidemment je connais encore le texte par cœur et cela ne me facilite pas vraiment les choses pour le redire aujourd’hui : aux outrances assumées d’autrefois se superposent celles d’autres interprétations que j’ai pu voir. Ce texte est trop connu par tout le monde pour être bien lu. Bref, essayer de retrouver une certaine authenticité – d’autant plus que Corneille n’est pas du tout ma spécialité – est une petite gageure. Mais après tout, maintenant, j’ai enfin l’âge du rôle.



mardi 1 avril 2025

Arrêt sur Manuela Draeger

Ce n’est pas parce qu’on pas le temps de lire (ni même de jardiner, c’est dire) comme on le souhaiterait qu’on doit s’empêcher d’acheter les livres qui paraissent et sont vendus dans ces antres démoniaques que, par euphémisme, on appelle « librairies ». D’autant plus quand ce livre, Arrêt sur enfance, est l’ultime titre de Manuela Draeger et l’avant-dernière pierre du monument post-exotique.