Il s'était réveillé avec le crépuscule. Un quidam en rentrant chez lui lui marcha dessus. Sa coquille ne résista pas.
lundi 13 mai 2019
samedi 11 mai 2019
Nous précisions Casas.
- Un début dans la vie.
- Vive, lumineuse, effervescente.
- Portée à l'incandescence.
- La convergence est parfois surprenante.
- Voilà ce que je cherche.
- L'idée qui vient de naître ici.
C'est la page 19 des
Précisions de Benoît Casas, récemment parues aux éditions
Nous. Je vous en photographie le dos, ça fait une petite phrase. Car
les mots, en plus de dire de ce qu'on veut qu'ils disent, disent
aussi ce qu'ils veulent. En l'occurrence, Précisions est un
livre de Benoît Casas que Benoît Casas n'a pas écrit. « Il
est intégralement constitué de matériaux prélevés dans les notes
en bas de page de très nombreux livres. » Car les mots, les
mots dont nous nous servons pour produire un énoncé nouveau, ont
déjà tant de fois servi. Car les mots sont tous d'occasion. Choisir
d'écrire avec des phrases qui ont déjà servi, c'est porter un peu
plus loin cette condition trop souvent oubliée de l'écriture. Et le
faire à partir de notes de bas de page, c'est écrire un livre qui
dit autre chose que ce que ses phrases disent, et qui en même reste
en contact constant avec tous les livres. C'est effacer l'auteur au
profit de l’œuvre collective que la littérature ne cesse jamais
d'être.
lundi 6 mai 2019
dimanche 5 mai 2019
Noirs cafés 10 11 12 13
Une petite note épinglée
au mur précise : « Nous vous informons qu'après 15h nous
servons uniquement des double cafés. » N'allez pas vous
aventurer à commander autre chose.
Tout tombe : la
nuit, la pluie, les feuilles. Les cheveux. Les seins. Les dents. Les
ongles. Les oreilles. Les doigts. Le nez. Les bras. Les têtes.
J'irai tomber dans ma
tombe.
Alors si je comprends
bien je suis la cause principale de ma propre mort ?
Il ne faut pas le laisser
tout seul dans un café trop longtemps. Il serait fichu d'écrire un
roman.
jeudi 2 mai 2019
Tu veux ma chemise pour te faire une jupe ?
A – Je vais lui donner
mes affaires.
F – Cette chemise ?
A – Pourquoi pas ?
F – Elle n'est pas un
peu courte ?
B – O.K., je lui donne
mon tee-shirt.
F – Tu crois ?
A – Je suppose que tu
veux lui donner le tien ?
F – Non, pas du tout.
Mais si vous insistez... Je reviens.
A – …
B – …
A – Il n'en perd pas
une, celui-là.
B – Non, il n'en perd
pas une.
A – Je n'aime pas ça.
B – Tu es jaloux ?
A – De quoi ?
B – De lui ?
A – Je devrais ?
B – Ha ha, non, mais
justement, comme...
A – Ah, la théorie
débile qu'il a inventée.
B – Tu es jaloux.
A – Si tu le dis.
B – Oui, je le dis.
A – O.K., je suis
jaloux.
B – Pour de vrai ?
A – Non !
B – O.K., je te
demandais juste comme ça.
A – Ils reviennent.
B – Ils rigolent.
A – Oui, ils sont très
amis maintenant qu'il lui a donné son tee-shirt.
B – Tu es jaloux.
A – Arrête avec ça,
et surtout devant lui.
B – O.K., ne t'inquiète
pas.
A – Alors, il te va
bien ?
E – Oui, regarde.
B – C'est un peu court.
E – Bon, un peu de
tact, tous les deux.
F – Oui, soyez gentils
de ne pas la gêner.
A – Tu veux ma chemise
pour te faire une jupe ?
E – Non merci, je suis
bien comme ça.
B – Et mon tee-shirt ?
Tu es toujours à moitié nue.
Voilà, je vous ai
recopié ce passage de La Liberté totale, le roman de Pablo
Katchadjian (rappelez-vous Quoi faire et Merci),
récemment paru aux éditions Le Nouvel Attila dans une traduction de
Mikaël Gomez Guthart ; parce que même un simple extrait (ici
pris au hasard) me réjouit – et que la lecture du texte entier
(qui parle de la vie, de la mort, du langage... puisque vous me le
demandez) me chatouille joliment l'esprit.
mardi 23 avril 2019
la question de l'oeuvre qui met l'oeuvre en question
Œuvres presque
accomplies est-elle une œuvre accomplie ? Œuvres
presque accomplies est le nouveau livre de Guy Benett, qui vient
de paraître aux éditions de l'Attente, traduit comme les deux
précédents, Poèmes évidents, rappelez-vous, et Ce livre, souvenez-vous, par Frédéric Forte. Il est constitué de
projets conçus et jamais réalisés, notés, reclassés, et
finalement vivants, des reproductions de ces projets, de réflexions
sur la question de l’œuvre et sur l’œuvre même qui met l’œuvre
en question.
8.VI.15
Concernant « Œuvres
presque accomplies » comme titre alternatif : apparemment,
j'étais dans l'erreur – Pessoa avait écrit « sensaçoes
quase cumpridas » [« sensations
presque accomplies »], « œuvres presque accomplies »
n'est donc pas de Pessoa après tout, mais une fausse lecture / un
faux souvenir de Pessoa. Cela en fait un pseudépigraphe, je suppose.
jeudi 18 avril 2019
Seule la nuit tombe à côté.
Enfin une critique
franchement négative ! (C'est ici, cliquez donc.) Je la lis
avec intérêt et ne suis pas loin de partager l'avis de son auteur
sur ce qui est raconté dans Seule la nuit tombe dans ses bras (je
parle du contenu, pas du roman). En revanche il est probable
que nous n'avons la même conception de la littérature :
« notre simple réflexe de lecteur candide consiste à chercher
le plaisir là où, naturellement, le roman les dispense, à travers
une histoire attrayante et des personnages consistants, auxquels on a
la faiblesse de s’attacher ». J'avoue que mon simple réflexe
de lecteur, car j'en suis un aussi, consiste à chercher le plaisir
partout ailleurs que « là où naturellement le roman les
dispense ». J'ai du mal à croire à des personnages qui
existeraient au-delà de leur inconsistance ; et c'est leur
inconsistance même que je creuse quand j'écris. (Flaubert oui,
Balzac non, si vous voulez). Quant à raconter une histoire
attrayante, le ciel m'en préserve : la vie ne l'est pas et je
me prends pour Dieu.
Ce qui m'intéresse
surtout, en fait, en lisant ce billet, c'est la question de l'horizon
d'attente. La littérature serait supposée être ceci, ou cela.
Comme nous, quoi. Nous aussi, nous vivons dans l'éternelle
injonction à être ceci ou cela. Difficile dans la vie de faire
autrement, mais au moins dans l'écriture prenons le risque de rester
sourds aux injonctions. Dans une première version de Seule la
nuit, le récit lui-même était mal écrit, par souci de
cohérence avec le sujet. J'ai eu la faiblesse, ou la sagesse, c'est
pareil, de corriger ça un peu parce que même pour moi ça devenait
illisible – c'est pour ça aussi qu'il me fallait un narrateur
écrivain. Mais pour les échanges eux-mêmes, la pauvreté de leur
écriture est un hommage à celle de nos propres échanges, à nous
tous, dès lors que nous écrivons sur une messagerie numérique.
Cette pauvreté, et celle des moyens déployés par Coline et Herbert
pour faire durer un peu leur histoire, peut-être est-ce elle qui,
regardée hors de tout jugement moral, peut avoir quelque chose
d'émouvant, dans leur caractère dérisoire même. « Rien de
ce qui crée la dépendance virtuelle, née d’un fantasme, ne nous
sera épargné. » Bon, je n'ai pas tout raté alors.
mardi 16 avril 2019
variété, éternité
"... il est, à coup sûr, peu
de plus belles pages architecturales que cette façade où,
successivement et à la fois, les trois portails creusés en ogive,
le cordon brodé et dentelé des vingt-huit niches royales, l'immense
rosace centrale flanquée de ses deux fenêtres latérales comme le
prêtre du diacre et du sous-diacre, la haute et frêle galerie
d'arcades à trèfle qui porte une lourde plate-forme sur ses fines
colonnettes, enfin les deux noires et massives tours avec leurs
auvents d'ardoise, parties harmonieuses d'un tout magnifique,
superposées en cinq étages gigantesques, se développent à l'œil,
en foule et sans trouble, avec leurs innombrables détails de
statuaire, de sculpture, et de ciselure, ralliés puissamment à la
tranquille grandeur de l'ensemble ; vaste symphonie en pierre,
pour ainsi dire ; œuvre colossale d'un homme et d'un peuple, tout
ensemble une et complexe comme les Iliades et les romanceros dont
elle est sœur ; produit prodigieux de la cotisation de toutes les
forces d'une époque, où sur chaque pierre on voit saillir en cent
façons la fantaisie de l'ouvrier disciplinée par le génie de
l'artiste ; sorte de création humaine, en un mot, puissante et
féconde comme la création divine dont elle semble avoir dérobé le
double caractère : variété, éternité.
Et ce que nous disons ici
de la façade, il faut le dire de l'église entière ; et ce que
nous disons de l'église cathédrale de Paris, il faut le dire de
toutes les églises de la chrétienté au Moyen Âge. Tout se tient
dans cet art venu de lui-même, logique et bien proportionné.
Mesurer l'orteil du pied, c'est mesurer le géant."
Victor Hugo
mercredi 10 avril 2019
dix ans liquides
Il y a dix ans quasi jour
pour jour paraissait Liquide. Les éphémères éditions
Melville venaient de disparaître, heureusement en roulant sur la
Nationale 10 j'avais découvert Quidam, grâce à l'Ami Butler
de Jérôme Lafargue et aux mardis littéraires de Pascale Casanova ;
j'ai déjà raconté ça. Mais c'est important pour moi parce que Quidam,
depuis, a cru en mon travail ; cinq autres titres y sont parus.
Le livre a reçu un bel accueil critique, et m'a valu quelques
amitiés qui durent encore.
Je travaillais sur la
personne. Et plus que jamais, j'avais le sentiment que la personne,
c'était personne. Alors j'avais tenté, sans savoir si c'était
possible, d'aller jusqu'au bout de ma tendance naturelle à
l'effacement de la personne : j'ai écrit ce roman à la
personne zéro. J'ai installé le lecteur, comme je fais presque
toujours, dans la tête du protagoniste ; mais cette fois
jamais, je ne l'ai désigné par la 1ère personne, ni par la
deuxième, ni par la troisième, le protagoniste. Je l'ai dessiné en
creux. Parce que le monde, ou plutôt parce que ce que l'on prend
pour le monde et qui n'est que, disons, la société, nous efface.
« Liquide est celui qui ne s'est jamais vu rien faire d'autre
que de bien remplir comme des récipients les rôles successifs
imposés par la vie », ai-je écrit en quatrième de
couverture. Liquide est devenu aussi l'autre contrainte de ce livre
écrit sous contraintes, comme on vit sous contraintes. Et
l'inévitable titre.
La personne zéro, le
concept est peu décrit en linguistique ; il échappe. Merci au
regretté Michel Arrivé, grand professeur de linguistique à
Nanterre, d'avoir été le premier, je crois bien, à noter dans sa
lecture cet effacement de la personne. Ce n'était pas écrit pour
être vu, mais ça fait plaisir à l'auteur, quand c'est bien vu.
mardi 9 avril 2019
Un conseil de votre conseiller
Après Tardigrade
et Clonck et ses dysfonctionnements, Pierre Barrault se lance
dans un récit ouvertement autobiographique, l'Aide à l'emploi,
qui vient de paraître aux éditions Louise Bottu.
Autobiographique, mais aussi universel. Vous y apprendrez, notamment,
pourquoi ces hommes sont venus, chez vous aussi, fixer au sol de
votre séjour et de votre salle de bain ces détestables lapins
rouges en résine dans lesquels vous vous cognez chaque matin. Vous y
apprendrez aussi – et surtout – pourquoi vous êtes plusieurs, si
vous êtes encore plusieurs, ce que je vous souhaite vivement. Et si
déjà vous n'êtes plus plusieurs, lisez aussi ce livre, il vous
multipliera.
lundi 8 avril 2019
Nouveau logis
De Julien Nouveau j'avais
beaucoup aimé le premier livre, Eloge des arborinidés. Le
logis, qui vient de paraître aux éditions des Grands Champs,
est encore plus beau. Je pourrais vous recopier un passage, mais
finalement non : je vais vous recopier la table des matières.
C'est comme un menu, j'ai tout goûté, j'ai tout aimé :
La ville sous le lit
Le papier peint à la
main
Aspirer au flou
Comme une serre dans la
salle de bain
La fenêtre au vitrage
déformant
Des billes de verre à
facettes
Passage de la lune
Une seiche dans un verre
De la ferveur des
collectionneurs
La cache aux odeurs
Un goût pour la
géométrie
Le balcon
Les visites du dehors
Danse, élégance et
mécanique
La machine à éroder
La machine à singer les
grillons
Une vie minérale
Comme toujours aux Grands
Champs, le livre est illustré – mais cette fois, par l'auteur
lui-même.
vendredi 5 avril 2019
Le pouvoir extraordinaire des robiniers
Le magazine GEO vient de
faire paraître un magnifique Hors série signé Marie Martinez et
intitulé Le Pouvoir extraordinaire des arbres. Un extrait de
mes Notes sur les noms de la nature y est cité, tout fier de
figurer dans une si belle bibliographie.
mercredi 27 mars 2019
Seule la nuit tombe sur Binic
Samedi 30 et dimanche 31
mars, je serai aux Escales de Binic. Le samedi je participerai à une
table ronde sur le thème « le poids du monde est amour »,
ce sera le samedi de 14h45 à 15h45.
Le programme est ici.
Le programme est ici.
mardi 26 mars 2019
vendredi 22 mars 2019
Mado
Il ne faut pas se fier au
nom de l'auteur : Marc Villemain est une jeune fille amoureuse.
J'ai lu Mado, ce très beau roman sur la découverte des
sentiments et des sens, et c'est comme ça que je le ressens. (La
découverte des sentiments et des sens : la découverte de
soi-même.)
mardi 19 mars 2019
Ce matin d'hiver enfumé
47
J'ai failli croire que le
buisson dans l'arrière-cour avait fleuri :
ce n'était que quelques
vieilles feuilles couvertes de neige.
48
Ce matin d'hiver enfumé
–
ne méprise pas le joyau
vert qui brille dans les brindilles
parce que c'est un feu de
signalisation.
Charles Reznikoff, La
Jérusalem d'or, traduit de l'anglais par André Markowicz, Editions
Unes, 2018.
mardi 12 mars 2019
Seule la nuit tombe sur Livre Paris
Vendredi de 14h à 15h je serai en M28 (région Ile-de-France) sur le stand de Quidam avec mon éditeur historique Pascal Arnaud, qui a publié Liquide, Monsieur Le Comte au pied de la lettre, Rien (qu'une affaire de regard), Pas Liev, Elise et Lise et récemment Seule la nuit tombe dans ses bras, parmi des dizaines d'autres merveilles qui ne sont pas signées de mon nom mais que je revendique quand même, car nous sommes tous, sachez-le, les auteurs de tous les auteurs de tous les livres.
lundi 11 mars 2019
Pas question !
d'obtempérer – en ce
qui me concerne. En revanche je vous recommande vivement En
cuisine avec Kafka, de Tom Gauld, aux éditions 2024.
dimanche 10 mars 2019
Frères sorcières
Parfois un livre est une
image miniature de l’œuvre entière à laquelle il appartient. On
peut dire ça par exemple des Trois contes de Flaubert. On
peut sans doute le dire aussi de Frères sorcières, d'Antoine
Volodine. Les entrevoûtes y sont trois aussi, structure la plus
simple possible pour ce genre post-exotique commenté dans le
Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, et déjà illustré de
ce côté du monde par Nos animaux préférés d'Antoine
Volodine et Avec les moines-soldats de Lutz Bassmann. C'est
peut-être aussi, des trois recueils d'entrevoûtes qui nous sont
donnés à lire, celui où les écarts de genres et de ton sont les
plus importants. La première voix est celle d'Eliane Schubert, au
nom presque bien de chez nous, et le lecteur qui n'aurait jamais lu
Volodine et commencerait par Frères sorcières ne serait pas
complètement dépaysé, me disais-je en lisant cette première
entrevoûte (sauf à entrevoir, et c'est sans doute là le discret
essentiel, quand parle Eliane Schubert, et à qui).
La deuxième entrevoûte est un genre dans le genre, puisqu'il s'agit
du texte intégral des « vociférations », théâtre ou
magie, magie et théâtre, « cantopéra » présent à
l'esprit d'Eliane Schubert tout au long de sa vie, même après que
cette comédienne ambulante a été enlevée et... Mais ce billet n'a
pas pour propos de vous résumer une histoire. Rappelons seulement
que le théâtre, chez Volodine, est à la fois genre et sujet.
« Faire théâtre ou mourir », s'intitule la première
entrevoûte – et cela aurait dû être le titre du livre entier,
nous confie l'auteur. La troisième, et dernière, s'intitule Dura
nox, sed nox et n'est constituée que d'une seule longue phrase
sans fin. Car tout simplement il n'y a pas de fin à la vie de l'être
que l'on y suit, vivant de corps en corps, tantôt femme, tantôt
homme, par la magie, depuis le big bang jusqu'à la fin des temps –
qui présente quelques ressemblances avec le Soloviei de Terminus radieux, mais non, c'est encore autre chose. En contrepoint de la
première entrevoûte, cette dernière est aussi celle où l'humour
de Volodine, humour du désastre évidemment, donne sa part la plus
grande.
Mince, que ce billet est
scolaire, à la relecture, surtout en comparaison avec le livre dont
j'essaie de parler. Ce doit être un effet l'approche de la rentrée.
Mais s'il peut donner envie de lire Frères sorcières, alors
ça vaut peut-être le coup de le poster.
mardi 5 mars 2019
Mon jeune grand-père et compagnie à l'Autre Livre
Au Palais de la femme (94 rue de Charonne dans le XIe, métro Charonne),
vendredi, samedi et dimanche prochains, il y a un autre salon du
livre, un salon de l'autre livre, avec notamment mes autres livres :
Mon jeune grand-père bien sûr, mais sans doute d'autres
aussi que peut-être, par extraordinaire, vous n'auriez pas encore.
Et vous risquez de m'y croiser, si vous y venez le vendredi ou le
samedi.
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