jeudi 20 octobre 2016

dans la corbeille (9)

Alors puisque la corbeille n'a toujours pas été vidée je tombe là-dessus.

 Redevenu Angus premier du nom j’ai consulté mes indicateurs de relations. Et c’est là que j’ai vu qu’Angelo, mon vieil ami Angelo Vasconcelos chez qui j’avais emménagé jadis à la page 65, était devenu vieux, précisément. En fouillant un peu j’ai constaté qu’il n’était pas seul dans son cas : Bridget Vadelle, la mère de Laurel, était dans le même cas, ainsi que son ex-mari Walter Loot. L’âge avait aussi frappé Vadim Milosevic, l’ex-mari d’Aminata Vadelle. Le temps commençait donc à jouer son rôle, lentement.
J’ai reçu un avis des gestionnaires de ce monde comme quoi j’étais grand-père. Ce n’était pas la première fois. Par curiosité j’ai compté mes petits-enfants : j’en avais déjà quatorze (mais j’en attendais d’autres incessamment). Je ne suis pourtant encore qu’un très jeune adulte. Ce qui était encourageant, c’est que sur ces quatorze petits-enfants, trois seulement n’étaient pas bleus. C’était une proportion beaucoup plus favorable que pour mes enfants, parmi lesquels il n’y en a guère que la moitié de bleus.

mercredi 19 octobre 2016

encore raté

On dit souvent dévorer un livre, comme si l'ambition de son auteur n'avait pas été précisément le contraire.

mardi 18 octobre 2016

dans la corbeille (8)

Ce n'est pas du tout ce dont il est question mais après tout pourquoi ne pas en finir avec Rayna Popoff ?

 Et puis Rayna Popoff a commencé à bouger, et elle est partie au petit trot, comme si elle était pressée. Pourtant, elle était morte. J’ai essayé encore une fois de l’appeler et cette fois-ci, à ma grande surprise, j’ai réussi ! Elle s’est retournée et elle est venue vers moi. C’est alors que je me suis rendu compte que je ne la connaissais plus. Elle non plus ne me connaissait pas. Nous nous sommes salués comme deux inconnus et bien sûr nous sommes tout de suite devenus amis puisqu’il suffit que je salue quelqu’un pour m’en faire un ami. J’ai appris qu’elle ne s’appelait plus Rayna Popoff, mais Emma Trahan. Ce n’était plus Rayna Popoff. Rayna Popoff, que j’avais vue pour la première fois chez les Constantine, sans retenir son nom, il y a bien longtemps, à la page 23, était bel et bien morte. C’était encore l’apparence de Rayna Popoff, mais c’était une autre personne.
 Bien sûr cette affaire n’avait aucun rapport avec mon projet de monde bleu, elle était même à cet égard parfaitement dépourvue d’intérêt ; mais c’était un événement si troublant, si contraire aux lois établies par les gestionnaires de ce monde que, pour satisfaire ma curiosité, j’ai invité cette Emma Trahan à emménager chez Anouchka et moi, car notre nouvelle maison est vraiment grande. Elle a accepté et c’est comme ça que j’ai pu me renseigner davantage sur son compte : en l’incarnant un court instant. J’ai appris qu’elle n’avait pas de famille : ni parents, même décédés, ni enfants. Nadia Vadelle n’était pas sa fille, et il est probable que si elle la rencontrait, Nadia ne remarquerait même pas qu’Emma était physiquement la copie conforme de sa mère Rayna, tant les habitants de ce monde sont peu sensibles à l’apparence. Je me suis aussi renseigné sur son âge. Elle était vieille, bien sûr, comme ses rides, ses cheveux blancs et son dos voûté le signalaient, et il semblait que sa mort fût proche. Toutefois, la date de sa mort était apparemment aléatoire, ce qui est tout à fait non conforme aux règles établies par les gestionnaires de ce monde : en principe chacun est averti dès sa naissance de la date de sa propre mort, puisque la durée légale de la vie est la même pour tous ; c’est mieux pour se préparer et mettre ses affaires en ordre.
Du coup je n’ai pas tout de suite accéléré le temps une nouvelle fois comme je l’avais prévu. J’étais trop curieux de voir quand et comment Rayna Popoff, ou plutôt Emma Trahan, allait remourir.

lundi 17 octobre 2016

dans la corbeille (7)

Je me demande ce qui m'empêche de vous parler de mon prochain roman, celui qui va paraître en février. Je pourrais pourtant en faire lire un extrait, ce serait quand même plus intéressant que ce qui suit, issu d'un projet qui ne verra jamais le jour.


Plutôt que d’aller rendre son ultime visite à Rayna Popoff, j’ai préféré l’inviter à la maison. Mais au moment où je prenais cette décision, les gestionnaires de ce monde m’ont avisé de son décès. Pourtant, dans les secondes qui ont suivi, Rayna m’a répondu que ça ne lui posait pas de problème et qu’elle arrivait tout de suite.
Je suis sorti de la maison pour voir si en effet elle arrivait. Elle était déjà là, sur le trottoir d’en face, qui tournait le dos à la maison, sans bouger. Je me suis approché mais il m’était impossible de lui parler. C’était comme si elle n’était pas là. Je la voyais mais je me voyais aussi et je voyais bien que je ne la voyais pas. C’est ça : je la voyais et je ne la voyais pas. Celui de moi-même qui n’était pas vraiment dans ce monde la voyait, celui qui y était vraiment ne la voyait pas.
Je l’ai photographiée, deux fois parce que sur la première photo il y avait mon doigt sur l’objectif. C’était une jolie vieille dame. Je me suis dit que ces photos d’elle feraient un souvenir. Sur les deux photos elle est de profil. Sur la première photo le sujet officiel est « voiture » parce qu’on aperçoit une voiture qui roule sur la route. Sur la deuxième photo, où on la voit bien, le sujet est « rien ».

Et puis je suis devenu grand-père encore une fois, je ne sais pas par qui. Peut-être était-ce Tasha, l’arrière-petite-fille de Rayna, qui venait seulement d’accoucher.


dimanche 16 octobre 2016

cosmographie littérale

C’est écrit dedans : toutes les planètes sont nées plates.
La Terre n’est ronde que pour la rime avec le monde.


vendredi 14 octobre 2016

Annocque dans l'espace

Oui, vous avez bien lu : je suis au sommaire de la revue Espace(s), publiée par l'Observatoire de l'Espace du CNES, aux côtés notamment de Jakuta Alikavazovic, Eric Pessan, Hélène Frappat, Christine Montalbetti, Fanny Chiarello, Thomas Vinau, Nicolas Tardy, Fabienne Radi, Olivier Bleys, Coline Pierré, Mariette Navarro, Sabine Macher, Charles Pennequin, Karin Serres, Ema Dée, Magali Lefebvre, Marie Gallimardet, Eloïse Lièvre, Iuvan, Gabriel Mettevie, et j'y fais mon Autobiographie sur un plan de MIR (la station, bien sûr).

mercredi 12 octobre 2016

Avis à la population (meudonaise, alto-séquanaise, parisienne ou même plus lointainement francilienne)

Samedi de 14 à 18h, je serai à l’Orangerie de Meudon en compagnie de Frédéric Fiolof, avec Quidam en personne et tout son catalogue. C'est au 28, rue de la République 92190 Meudon ou en traversant le parc de l’Observatoire en haut de l’avenue du Château.
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mardi 11 octobre 2016

se poser une question en passant

Raturant la manière j'invente la matière.
Quand j'écris ça, par exemple, est-ce que je ne fais que me jouer des lettres ? Au moment de l'écrire, il me semble pourtant que ça dit quelque chose. Comment en être sûr ?

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lundi 10 octobre 2016

dans la corbeille (6)

L'extrait ci-dessous n'est donc pas tiré du roman à paraître, mais de celui à ne pas paraître. Ce dernier est en effet bien trop indigeste, sauf peut-être par petits bouts.


 La sœur de Carlotta, l’autre fille de Marisol et d’Angelo Vasconcelos, s’appelle Anita et non Antonia. J’ai quand même vérifié. Antonia c’est la fille bleu ciel que j’ai eue avec Ginny. Antonia McDuff, donc. C’est encore un nouveau-né.
Marisol est rentrée et a fait la sieste dans le transat puisque Anouchka et moi dormions dans son lit.

J’avais donc décidé de partir, j’étais bien décidé à le faire mais auparavant il fallait quand même que je me remarie, car ça me rapporterait une belle quantité de bonheur qui n’était pas à négliger. Le programme du bonheur ne précisait pas qui je devais épouser. Je pouvais me marier avec n’importe qui, le bonheur serait le même. Ça valait le coup.

dimanche 9 octobre 2016

En lisant Cendres des hommes et des bulletins


A force de les regarder, certains tableaux finissent par nous raconter une histoire. A force de regarder les Mendiants de Bruegel, le tableau bouge dans l'esprit du dessinateur Sergio Aquindo, et dans celui de l'écrivain Pierre Senges, pour devenir une sorte d'épopée palimpsestique, putative et burlesque qui nous parle des hommes qui croient ne pas être ce qu'ils sont - à moins qu'ils ne croient être ce qu'ils ne sont pas. Ça devient donc un livre, Cendres des hommes et des bulletins, publié par Le Tripode, et c'est très beau, regardez (et regardez donc aussi chez chez Sergio Aquindo) :




vendredi 7 octobre 2016

lettre circulaire

 L’o de la roue est la roue elle-même, et les lettres qui restent la rue où elle roule.


jeudi 6 octobre 2016

Nobel

Nobel :
Prix littéraire international qui sert de seuil à la postérité (voir Postérité), c’est pourquoi il vaut mieux le décerner de préférence à un moment où l’on devine que l’auteur est proche de la mort (voir Mort). Remarque : Certains auteurs nobélisés ont le mauvais goût de remettre leur mort à plus tard. Certains poussent même le bouchon jusqu’à continuer à écrire, alors que leur œuvre est déjà récompensée.
Présente l’originalité de récompenser un écrivain autant pour son pays d’origine que pour son œuvre.
Bonne occasion pour lancer les paris. Il n’est pas rare que le favori se fasse doubler par un outsider dans la dernière ligne droite : Comment ? Philip Roth n’a toujours pas le Prix Nobel ? Et Murakami ?


Nobélisé :
Se dit d’un auteur récompensé par le Prix Nobel, qui est un label de qualité (voir Nobel). On aurait pu dire labellisé Nobel mais c’était trop long. S’étonner qu’on n’ait pas choisi l’orthographe *nobellisé, pourtant préférable.


mercredi 5 octobre 2016

dans la corbeille (5)

C'est complètement idiot, non, d'appâter le lecteur avec des extraits d'un roman raté qui ne sera jamais publié, surtout quand on en a un réussi (j'espère) qui paraîtra bientôt et dont on ne dit pas un mot ?



 J’étais sur le point d’y aller quand le pick-up rouge est revenu, c’était moi qui rentrais. Je me suis vu passer devant moi sans sembler me voir. Nous étions absolument identiques. Mais impossible de me parler. Il a fallu que j’attende que je sois rentré pour pouvoir sonner à la porte. A ce moment-là seulement je m’ai ouvert et je suis entré.
Je me suis serré la main comme deux inconnus, mais je suis aussitôt devenu ami avec moi-même. Je me suis fait une grimace et j’ai découvert que j’avais le sens de l’humour. Je me suis dit que j’étais vraiment beau mec et j’ai apprécié le compliment. Je me suis rendu compte que j’étais enjôleur et ça m’a bien fait rire d’être si semblable à moi-même. Je me suis envoyé un baiser et j’en aurais été rouge d’émotion si je n’avais pas déjà été bleu. Ensuite j’ai frimé sur mon physique irrésistible et ça ne m’a pas plu car comme je me trouve moi-même irrésistible je n’aime pas qu’on se trouve irrésistible devant moi. En revanche ça m’a bien fait rire de voir que je me trouvais aussi irrésistible que moi. J’aurais facilement pu m’embrasser et même me faire l’amour mais je me suis rappelé que j’étais marié avec Anouchka et je n’avais pas envie de me faire avoir des problèmes.

mardi 4 octobre 2016

dans la corbeille (4)

Comme je ne sais pas quoi poster je vais encore poster ce que je ne vais pas publier mais que j'écris quand même peut-être parce que parfois je ne sais pas quoi écrire en tout cas parfois c'est l'impression que ça me donne. Ou peut-être pas.

 J’ai voulu faire un enfant bleu à Aminata et nous nous sommes dirigés vers sa chambre mais soudain elle a fait demi-tour et elle est sortie de la maison. Elle est même sortie du jardin dont elle s’est mise à faire le tour d’un pas vif en longeant la clôture, comme appelée par une nécessité urgente. Puis d’un coup elle a fait demi-tour et elle est venue me retrouver. Je n’ai pas bien compris le sens de cette manœuvre. Nous avons enfin pu essayer de faire ce bébé bleu et, juste à ce moment-là, chez nous, dans un synchronisme parfait, Jane s’est rendue compte qu’elle était enceinte.
Du coup j’ai renoncé à aller faire ma conférence sur les négociations avec les terroristes lors des prises d’otage.

lundi 3 octobre 2016

dimanche 2 octobre 2016

coquille, corps et couille

Coquille :
Il en reste toujours parce que les éditeurs ne font plus leur travail. (Voir Editeur) Ne pas oublier le q.

Corps :
Entretient des rapports mystérieux avec le caractère. (Voir Caractère ou se renseigner auprès d’un imprimeur) (Voir Imprimeur alors)

Couille :

Exemple de coquille malheureuse.


(Message subliminal pour vous tenir au courant de mes activités dominicales.)

samedi 1 octobre 2016

La lecture n'est pas une pratique anodine.

– Comment se fait-il que vous n'ayez pas davantage de lecteurs ?
– C'est parce qu'ils ont été absorbés par la lecture de mes livres précédents, évidemment.


vendredi 30 septembre 2016

Les lunettes noires de Ray Banana

Ray Banana ne quitte jamais ses lunettes noires. Ça tombe bien car il doit avoir les yeux rouges. On le voit ci-dessous qui fait la couverture du mensuel (A suivre), au début des années 80 ; je dois encore avoir ce numéro rangé quelque part.
On se souviendra sûrement de Ted Benoît surtout parce qu'il avait repris la série Blake et Mortimer, et ça aussi c'est un peu triste.
Je t'embrasse, Ray.

jeudi 29 septembre 2016

dans la corbeille (3)

Donc vous avez bien compris que non seulement l'extrait ci-dessous ne sera pas dans le roman à paraître en février, mais qu'il n'y a strictement rien de commun entre ce passage et le roman annoncé : ni dans le ton, ni dans le style ni dans le sujet. En tout cas moi je n'ai rien vu.


C’est en revenant dans ma peau que j’ai remarqué quelque chose d’inhabituel : j’avais peur du noir. Ce noir n’avait pourtant rien de bien effrayant. Alors j’ai consulté mes traits de caractère et j’ai constaté que je n’étais pas seulement amical comme je le croyais jusqu’à présent, j’étais aussi lâche. Ça ne m’a pas plu, d’être lâche. Je n’avais pas prévu ça. Bien sûr, l’imprévu est prévu, et heureusement car sinon ma vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue. Mais tout de même, à quoi cette lâcheté va-t-elle bien pouvoir me servir ? Je n’ai aucun besoin d’être lâche. La lâcheté ne me sera d’aucune utilité dans le projet qui est le mien. Je ne pense pas qu’elle soit d’une grande nuisance non plus, mais tout de même, elle prend la place d’un autre trait de caractère plus nécessaire. D’autant plus que je n’ai toujours pas le sens de l’humour, qui me serait bien plus utile.  

mercredi 28 septembre 2016

dans la corbeille (2)

Tiens, encore un extrait qui n'est pas tiré du roman que vous vous arracherez en février prochain mais de celui que vous ne lirez jamais :

 J’étais assis par terre en train de regarder la télé. Yaelle Lopard, ma nouvelle baby-sitter, avait la vie tranquille. Elle aussi regardait la télé, mais elle était assise sur une chaise de la salle à manger.
Le programme tournait en boucle. Maître Lapin arrivait avec ses deux amis, ils gambadaient dans la rue à notre rencontre. Suivait un gros plan sur Maître Lapin qui nous faisait coucou sur fond de flammes. Puis la vache en colère envoyait un verre d’eau à la figure du capitaine. La vache nous saluait alors sur fond de flammes. Après il y avait une fille qui se prenait pour une ballerine devant sa maison, avant elle aussi de nous dire au revoir sur fond de flammes. Un blond revêtu d’une tunique toute en feuilles vertes traînait vaguement dans la nature, puis soufflait vers nous un pissenlit sur fond de flammes. Apparaissait alors un explorateur maléfique dans la verdure. Il avait une petite moustache fine. Sur fond de flammes il regardait dans ses jumelles et sans transition sur le même fond de flammes un homme-singe menaçant se tambourinait la poitrine, ce qui terrorisait l’explorateur maléfique. Puis tout le monde se retrouvait à danser dans la rue une chorégraphie menée par Maître Lapin sous le ciel bleu.

Ce fond de flammes n’en était peut-être pas un. On voyait surtout des formes, plutôt des cellules que des flammes, tout compte fait. Des globules rouges, peut-être.