vendredi 31 octobre 2014

Mon jeune grand-père (57)



Quand je me suis lancé dans ce projet – transcrire les cartes d’Edmond à ses parents – je l’ai fait dans l’instant. J’ai pris la première carte de la pile, sans chercher à voir si l’épais paquet était dans l’ordre. Il ne l’était pas. Sans doute suis-je moi-même responsable de ce désordre, j’avais déjà pioché dans ces cartes il y a quelques années, alors que je faisais travailler mes élèves de 3e sur des lettres de poilus. Et puis je me suis dit que ce je donnerais à lire, ce ne pourrait jamais être qu’une lecture, la mienne, et que l’ordre importait peu. Les cartes sur lesquelles je tombe aujourd’hui ne sont pas de la main d’Edmond. Le format cependant est identique et l’adresse est celle de mon arrière-grand-père, ou plutôt celle que lui imposaient ses fonctions à Quimper. Elle émane du Comité international de la Croix-Rouge. Au dos de la carte, on peut lire :
Genève (Suisse), le 13. 6. 1916.
Seuls « 13. 6. » est écrit à la main, à l’encre noire.
Monsieur,
(Là ce sont les lettres « onsieur » qui sont manuscrites.)

Nous ne pouvons, à notre grand regret, vous fournir aucun renseignement positif sur (la suite est manuscrite) le s/lieut. au 287e inf.
Edmond Annocque
Le reste est imprimé :
Tout ce que nous pouvons vous communiquer, c’est qu’à la date de ce jour le nom de votre disparu ne figure pas sur les listes de prisonniers, de blessés ou de décédés, qui nous sont envoyées régulièrement par les Gouvernements allemand, autrichien, bulgare et ottoman. Nous continuons nos recherches, et si une indication ultérieure nous parvient, nous ne manquerons pas de vous en aviser.
Veuillez agréer, M (je crois qu’il y a comme un r manuscrit), l’assurance de nos sentiments dévoués.

Agence Internationale des Prisonniers de Guerre

jeudi 30 octobre 2014

Mon jeune grand-père dans la Faute à Rousseau




La revue La Faute à Rousseau, publiée par l’APA (Association pour l’autobiographie et le Patrimoine Autobiographique) consacre son nouveau numéro (le 67 donc) à la Grande Guerre, et nous fait le plaisir d’un très bel article signé Elizabeth Legros Chapuis sur les échanges que nous entretenons à travers le siècle, Mon jeune grand-père et moi, faute d’avoir pu nous rencontrer.


Philippe et Edmond Annocque



Vous devriez pouvoir lire l’article en cliquant sur les images ci-dessous (plutôt un clic droit pour la première page, Blogspot a encore des secrets pour moi), et bien sûr Mon jeune grand-père sur ces Hublots, en cliquant ici, ou bien sur le Hublot pour mon jeune grand-père dans la colonne à droite de ce blog.
https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEgqn-rzdEM98pQGVLe9aZ5rG8LKyN89W7OtuMaACLOaLL9oe70Gb1_rA2Osb36QmkaXE0rqc4N8H5mqwumj3uG_Vh_TLK8qqH7RPpDDGp12Gm4r3uuowyTm2ZvNDP1rh27wXJEF1eg-2RwQ/s1600/mon+jeune+grand-p%C3%A8re+dans+la+faute+%C3%A0+rousseau+1.jpg



mercredi 29 octobre 2014

à l’endroit où ont craqué les coutures de ton nom



Celui-ci : aimes-tu un absent ou es-tu éprise de l’absence ? De son tracé si net, du cristal de ses contours tranchés ?

L’absence : ce lien farouche, fil rétif qui entaille.

Les traits farouches, nervures cachées au dedans de la feuille, qui se dérobent.

Il y a une mémoire, piquetée et tailladée, qui tremble de tout son long et tous tes sourires s’étirent à l’envers.

Tu voudrais effacer l’air qui t’affabule et se faufile et transite violet sous ta peau.

Il y a toujours un corps absent mais tu ne sais plus lequel, le tien, le sien, le leur ? Tes os mal agencés se ressoudent. Derrière le crépitement des mots, il y a toutes ces ondes concentriques du silence qui t’avale. Tu sollicites, nue et muette, une voix. Tu voudrais entendre une voix qui te recommence. Qui pratique des passes magnétiques à l’endroit où ont craqué les coutures de ton nom.



Bénédicte Heim, Corps de cavale, Les Contrebandiers, 2014, p. 46-47.



C’est le nouveau livre de Bénédicte Heim et il sort juste maintenant.

mardi 28 octobre 2014

Hublot de l'homme (5)



L’homme est un plantigrade qui ne veut pas que ça se sache.


L’homme est une araignée qui tisse sa toile pour faire du surf dessus.


L’homme est un cerf qui a honte que des bois lui poussent.



lundi 27 octobre 2014

Hublot domestique : la chambre (1)



L’armoire à glace reflète volontiers la frêle jeune fille.



La lampe n’a qu’un pied, elle n’en court pas moins vite que la chaise. Mais ça n’explique pas l’emplacement de son ampoule.



L’abat-jour se vante un peu.

dimanche 26 octobre 2014

naître ou ne pas naître



Au cinquième jour, il en est toujours là, malgré les exhortations des médecins et des sages- femmes. Sa mère reste sourde aux menaces de césarienne et d’injection d’ocytocine. Elle refuse tout avec énergie. Elle ne souffre pas. Il ouvre enfin les yeux. Il voit des visages, des blouses blanches et bleu-vert, des appareils photo, des caméras. Il entend murmurer. Tout le personnel de l'hôpital défile. Quelques journalistes téméraires se faufilent. La nuit, Lento est aveuglé par des flashes. Il voit même son visage sur l’écran de télévision de la chambre.

Il aime la nuit, la lueur bleue de la veilleuse, les yeux sombres et brillants de la jeune infirmière de garde qui veille sur lui, somnole, murmure dans ses rêves. Elle humidifie son corps avec une éponge. Parfois elle lui parle d’une voix mélodieuse dont il ne goûte que la musique. Il fait moins chaud dehors que dedans. Sa tête est au frais, son corps dans le corps palpitant de sa mère. D’instinct, il sait qu’il n’a pas de père.

Le cordon ombilical est toujours là. Une complète satiété. Voir le monde sans éprouver ni la faim ni le sentiment d’abandon est un privilège. Le temps de voir. Il ne veut pas être la pomme de Newton. Il imagine que sa mère se lève et s’en va nue dans la ville et qu’il voit le monde à l'envers, mais aussitôt il réalise que cette position serait dangereuse et que l’attraction terrestre le ferait naître par une brusque plongée vers l’asphalte. Trapéziste sans filet, jeté dans l’espace. Il cesse immédiatement d’imaginer pour se concentrer sur ce qui est autour de lui : tubes, instruments, perfusion, machines, air doux qui passe la nuit par la fenêtre entrouverte et fait frémir son nez. L’ombre d’un grand arbre, le murmure du feuillage.

Au douzième jour, l’envie de toucher le visage parfois si proche de l’infirmière le pousse à sortir un bras. La main s’ouvre, encore un peu gluantes et touche le nez de la jeune femme qui se met à rire. Il aime les nez. L’appendice qui domine le visage s’en va, avec une certaine prétention, flairer le monde. Au quinzième jour, il sort l’autre bras et laisse ses mains palper l’espace comme si c’était un corps, une évidence, et c’est à ce moment peut-être qu’il réinvente la danse du spermatozoïde. Il bouge les hanches et les jambes, sinue en douceur dans le ventre de sa mère. Tous les soirs à vingt heures, il voit ses progrès sur l’écran de télévision et apprend qu’on l’a prénommé Lento. Mais est-il Lento pour autant ? Il commence à se méfier de l’écran plat qui le regarde jour et nuit, même lorsqu’il n'y a pas d’autres couleurs que ce gris-noir brillant.

Antoni Casas Ros, Lento, Christophe Lucquin éditeur, 2014, p. 8 à 10.

samedi 25 octobre 2014

Mon jeune grand-père (56)



  Le 17 août 1917 Mes chers parents. Sur cette ligne et les deux suivantes l’écriture est bien plus large que d’habitude. Comme si Edmond avait oublié qu’il n’avait pas la place. Mais très vite les dimensions de la carte se rappellent à lui.

Le courrier continue à arriver régulièrement. J’ai reçu les cartes de Papa des 28 30 et 31 juillet, 1 2 et 3 août ainsi que la lettre de maman du 29 j. Je suis content que mes cartes vous arrivent aussi régulièrement. Ces cartes. Deux années et quelques où ces cartes ont représenté le seul espace de liberté. Un espace de quatorze centimètres sur neuf à l’intention d’un destinataire unique à condition de choisir ses mots. Il n’y a plus que quelques (Edmond doit avoir oublié un mot) à attendre pour recevoir de nouveaux colis. C’est très pâle, je devine plus que je ne lis. Le crayon à papier s’efface. Cette difficulté à lire, c’est tout ce temps qui nous sépare. A commencer par les 35 ans qui séparent sa mort de ma naissance. Il est temps car il y a quelques denrées qui tirent à leur fin, la graisse notamment. Aussi n’oubliez pas de m’en envoyer une (je n’arrive pas à lire) comme je vous l’ai demandé pour que je ne sois plus à court. J’ai reçu le colis de pain n°12, il était encore moisi mais le (je n’arrive pas à lire) était en bon état et convient parfaitement. Je vois que vous êtes très Je ne suis même pas sûr que c’est ça. Je n’arrive pas à même deviner la suite. J’ai l’impression que ça passe directement à cher frère est toujours mais je ne vois pas le rapport et de nouveau la suite est illisible. En tout cas un peu plus loin il y a j’espère qu’il a profité de sa permission pour m’envoyer un petit mot. Bien sûr il s’agit de Louis. Cette pauvre maman va avoir bien de l’ouvrage en l’absence de Geneviève. J’espère que (je n’arrive pas à lire) et l’aideront. Je vous ai envoyé le jour du 15 août une photo de l’exposition (je suppose qu’il s’agit de l’exposition de Kerbschnitt du mois d’avril), il y en a plusieurs, je vous en enverrai de temps en temps. Il me semble (je n’arrive pas à lire) Que diront ses parents quand ils rentreront ? J’ai communiqué la nouvelle au Capne B qui le connaît il est de mon avis. Je ne sais même pas ce que je recopie. J’ai profité du 15 août pour communier. Je vous quitte en vous embrassant bien fort tous les deux ainsi que Geneviève et Louis, Madeleine et Jean, et toute la famille. Votre fils qui vous aime de tt son cœur. EAnnocque Cette formule finale, à peu près aussi peu lisible que le reste, mais toujours la même. D’elle au moins je suis sûr. Mais peut-être aussi est-ce cela, dans chaque carte, ces mots tout prêts, qui ont le plus de sens. En vous embrassant bien fort. How to do things with words, dira Austin. Je vous quitte. Je vous quitte.

jeudi 23 octobre 2014

Hublot de l'homme (4)



L’homme est un sanglier qui range ses défenses ailleurs que dans sa bouche.

L’homme est un caméléon qui se sert de sa langue sans attraper les mouches.

L’homme est un aptère auquel il manque aussi une paire de pattes.

mercredi 22 octobre 2014

Hublot domestique : la cuisine (3)



La cuisine moderne d’hier était aménagée, aujourd’hui elle est intégrée. Que sera-t-elle demain ? Assimilée ? Digérée peut-être ?

La cuisine américaine aussi est un concept très apprécié des Français qui toutefois préfèrent souvent ne pas y goûter.

La bibliothèque est dans la bibliothèque. Le bureau est dans le bureau. La cuisine, qui ne supporte pas d’être en reste, se fait encore dans la cuisine.

mardi 21 octobre 2014

Au courrier




Le voici enfin dans mes mains, ce texte venu d’ailleurs. Je peux le toucher. Je peux même l’ouvrir.

lundi 20 octobre 2014

Vie des hauts plateaux

 


Cliquez sur l'image.

si nous avions eu un enfant



Il est sorti de la pièce, et je t’ai dit : « Ce n’est pas vraiment la peine, n’est-ce pas ? »
– Qu’est-ce que tu veux dire ? as-tu répliqué, tournant brusquement la tête de mon côté, et baissant tout aussi vite les yeux vers le sol.
– Que je vienne vous voir, ai-je dit.
– Je ne vois pas ce que tu veux dire », as-tu répondu.
Puisque tu ne voulais pas aborder le sujet, que pouvais-je dire de plus ? J’ai essayé d’en parler avec lui quand il m’a raccompagnée.
Je suis restée sans rien dire pendant un long moment, regardant par la fenêtre, écoutant dans une semi-inconscience le bruit de son crayon sur le papier. J’ai fini par dire :
« Je vais partie maintenant. »
Il a levé les yeux de son dessin. « Déjà ?
– Oui, ai-je répondu. Il faut que je rentre.
– Eh bien », dit-il.
Il a posé son crayon et son carnet de croquis et s’est levé.
« Ne te dérange pas, dis-je. Je peux quitter la maison toute seule. »
Mais il m’attendait déjà, debout près de la porte. Je me suis penchée pour t’embrasser rapidement, mais tu as à peine réagi, tu as levé la main vers ma joue et tu l’as laissée retomber.

Gabriel Josipovici, Contre-Jour, Gallimard, 1989, p. 52-53.


Je t’en supplie, reviens. Viens nous voir. Je ne te demanderai pas de rester.
Ta présence nous permettra de combler le fossé qui nous sépare. Avec toi il nous sera possible de nous parler à nouveau.
Quand j’essaie de lui parler c’est toujours au travers de ton ombre absente.
« Si elle était ici, tout serait différent.
– Mais non, me dit-il. Il ne faut pas dire des choses pareilles. »
Je lui dis : « Si nous avions eu un enfant tout aurait été différent. »

Gabriel Josipovici, Contre-Jour, p. 129.

Ce sont deux extraits – deux détails, plutôt – de Contre-Jour, de Josipovici décidément, détails puisque le roman est sous-titré « Triptyque d’après Pierre Bonnard ». Et décidément, parce qu’on a rarement aussi bien parlé du sentiment de l’inexistence – qui est aussi mon seul sujet, si j’en ai un. Deux extraits des deux premières parties : la voix de la fille, puis celle de la mère. Le père est presque muet puisqu’il est peintre, et sa lettre trop courte pour que je puisse la citer.
Rappelons que cet automne a vu la parution chez Quidam de Goldberg : Variations.



samedi 18 octobre 2014

Mon jeune grand-père (55)



Le 11 août 1917. Mes chers parents.
J’ai reçu pas mal de courrier ces jours-çi et je continue à recopier la même carte avec la même faute parce que si les cartes se ressemblent c’est parce que les jours se ressemblent, ce sont les cartes de Papa des 19-24.25.26 et 27 Juillet, une lettre de ma tante du 26 juillet et une carte de la cousine Adélaïde du 21 juin. Adélaïde. Non. C’est la première fois que je recopie ce prénom. Je suis bien content de savoir que tout le monde est en bonne santé et ne souffre pas des circonstances actuelles. L’euphémisme de circonstance. Je ne saurai jamais si Edmond avait une vraie tendance à l’euphémisme ou si il la doit à la conscience de la censure. La lettre de ma tante est comme toujours très affectueuse mais un peu triste. Dites-lui que je la remercie et que je l’embrasse bien fort. J’espère que Tante Marie aura fait un bon voyage, et que tout se passera sans incident. Tante Marie. La sœur de mon arrière-grand-mère. La marraine de mon père. Sans doute est-il la dernière personne à se souvenir d’elle. Il y a le souvenir de la personne, et puis après il y a le souvenir du souvenir. Dites à Geneviève que je lui souhaite bon voyage et bon amusement. J’espère qu’elle aura emporté son appareil et qu’elle m’enverra quelques épreuves. Je ne savais pas que Tata faisait de la photo, surtout à cette époque. Je ne sais pas grand-chose. Dites à la jeune Ninique (si je lis bien) que je la remercie et que je lui envoie aussi mon bon souvenir ainsi qu’à ses parents. Ce pauvre Louis n’a vraiment pas de chances avec ses permissions, on le fait toujours languir. Et toi, Edmond ? Quelle chance as-tu ? J’ai reçu le colis n°11 Voilà ta chance : tu as reçu le colis n°11. Qui va t’aider à manger et surtout te dire qu’il y a encore une place pour toi dans le monde ailleurs qu’à Posen. le dernier avant l’arrêt, il était en bon état. Nous ne savons pas comment arranger les haricots séchés. Vous aviez annoncé la recette, mais je ne l’ai trouvé dans aucune de vos lettres. Ça m’étonne quand même que Daussy ne sache pas arranger les haricots séchés. Après-demain ce sera le troisième anniversaire de mon départ de Saint-Quentin. C’est vrai que les Annocque étaient originaires de Saint-Quentin. Je n’ai jamais mis les pieds à Saint-Quentin. Je n’ai jamais eu de raisons d’aller à Saint-Quentin. Combien de temps me faudra-t-il encore attendre avant d’y rentrer et dans quel état la retrouverai-je ? Enfin ça sera peut-être plus tôt que nous ne le pensons. Quelle joie ce jour-là ! Mes chers parents je pense toujours bien à vous, et espère que vous ne vous ennuyez pas trop. Il n’a pas mis « de moi ». Et de quoi d’autre ? Je vous quitte en vous embrassant bien fort tous les deux ainsi que Geneviève et Louis, Madeleine et Jean, et toute la famille. Mes meilleures amitiés à tous les amis. Votre fils qui vous aime de tout son cœur. EAnnocque

vendredi 17 octobre 2014

Hublot de l’homme (3)



L’homme est un boa constrictor avec quatre membres supplémentaires pour faciliter l’étreinte.

L’homme est un mille-pattes victime de neuf cent quatre-vingt-seize amputations.

L’homme est un poulpe qui se sert de son encre pour se montrer au lieu de se cacher derrière.

jeudi 16 octobre 2014

les gens parfois

Parfois vous allez à la gare et une personne sur le quai vous fait un signe discret. Puis dans le train c’est un autre qui esquisse un salut. Plus tard les rues de Paris sont pleines de gens qui vous sourient, vous souhaitent carrément le bonjour ou vous adressent un clin d’œil plein de connivence.
Ce n’est pas désagréable. C’est même plutôt agréable. Mais tout bien considéré, c’est quand même un peu étrange. C’est quand même un peu étrange. C’est quand même un peu étrange.

mercredi 15 octobre 2014

Elli Kronauer et le rossignol brigand, à l’autre bout du Terminus



Vous n’êtes pas si forts : personne n’a trouvé de quel ouvrage post-exotique j’ai fait l’acquisition chez Charybde lors de la soirée consacrée à Antoine Volodine. Je vous avais pourtant donné un indice : « il y a un rapport avec chacun des deux personnages principaux de Terminus radieux. » Alors ? Alors ? Allez, bon prince, je vous recopie une phrase :

« Ils allèrent au pas dans cette direction, vers le carrefour de Levanidovo où, selon les chansons des chanteurs, jour et nuit le Rossignol Brigand somnolait dans son nid de ramures épineuses, ne dormant ni ne veillant, méditant sur les méfaits qu’il avait commis et sur ceux qui lui restaient encore à accomplir. »

Levanidovo, ça vous rappelle bien quelque chose ? C’est bon, je vous ouvre au hasard mon Terminus radieux :

« Il n’en pouvait plus du Levanidovo, de ses habitants, des horreurs et des aberrations oniriques qui s’y succédaient. »

Levanidovo, un carrefour, donc, où se croisent deux livres par ailleurs bien différents. Car Ilia Mouromietz et le rossignol brigand, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un bien plus petit livre que Terminus radieux. C’est une vieille byline russe, (« ces récits épiques chantés par les bardes au son des gouslis », nous dit la quatrième de couverture), chantée par un chanteur de notre temps – ou plutôt d’un autre temps puisqu’il se nomme… Elli Kronauer. Mais ce Kronauer-là n’est qu’un homonyme, m’a assuré Antoine Volodine, de celui qui « n’en pouvait plus du Levanidovo, de ses habitants, des horreurs et des aberrations oniriques qui s’y succédaient ». De fait, le personnage principal de Terminus radieux, je le disais dans mon premier billet, malgré son nom est l’un des rares personnages qui reste éloigné de toute production poétique ou littéraire. Au contraire de l’autre, celui qui est si j’ose dire bien plus principal que Kronauer, et contre lequel celui-ci ne peut rien : Solovieï – autrement dit (et heureusement qu’on me l’a dit car je ne l’aurais pas trouvé tout seul) : le Rossignol Brigand (en russe, bien sûr). C’est lui qui déjà faisait la loi au carrefour de Levanidovo dans la vieille byline, avec ses trois filles et ses trois gendres, cette byline qui est donc une source épique et séculaire de Terminus radieux, l’épopée post-exotique d’Antoine Volodine.

(J’ai oublié de préciser qu’Ilia Mouromietz et le rossignol brigand, d’Elli Kronauer, est publié à l’Ecole des Loisirs. Il n’y a pas d’âge pour entrer dans le post-exotisme. D’ailleurs : Ilia Mouromietz saura vous défendre.) 

mardi 14 octobre 2014

Hublot domestique : la cuisine (2)



Le manche de la casserole de Lichtenberg est amovible pour qu’on puisse l’égarer simultanément dans deux endroits différents.

Autrefois notre cuisinière trônait fièrement dans la cuisine. La voici aujourd’hui toute désemparée, le four ici, les plaques ailleurs, qui ne mérite même plus son nom.

Après une éclipse de plusieurs décennies, on observe un retour en grâce du poêle à bois dans nos intérieurs. La poêle à frire est pour sa part d’un usage historiquement plus constant.

dimanche 12 octobre 2014

Rond de café = Hublot



Le temps me piétine

je le laisse marcher devant

en comptant dans le cendrier

le nombre de cendres



Il faudra que je pense à arroser

régulièrement ce galet

on ne sait jamais



Toute fraîche

une toile d’araignée balance mollement

ses grappins de lumière

je me prends les rêves dedans



Une carotte sur mon bureau

pourquoi pas !



Rond de café = Hublot






samedi 11 octobre 2014

Hublot de l'homme (2)



L’homme est un manchot rarement empereur avec deux bras sauf accident.

L’homme est une limace qui pour détaler ventre à terre prend ses jambes à son cou.

L’homme est une tortue à domicile fixe, c’est plus léger.