vendredi 4 mars 2011

Ce billet ne parle pas du tout de littérature.


Dans la foule des gens sur le quai, à la descente du train, je dépasse un grand jeune homme. Un très grand jeune homme : il doit faire près de deux mètres. Un peu plus loin, dans un genre différent, un snowboard sur l’épaule, en voici un autre, bien plus grand encore, sans doute près de deux mètres dix. Je cherche en vain le sens de ces apparitions, je sais que c’est en vain : c’est la réalité – quand j’arrive à Paris, hier en fin d’après-midi, un grand type parmi la foule, puis un autre bien plus grand encore. Ne cherchez pas le sens.
J’allais à la rencontre consacrée à Victoria Horton, qui présentait ses Attachements aux Cahiers de Colette. J’aime sa façon de parler de son livre comme si elle l’avait vu s’écrire, en témoin. Ça a l’air polyphonique et violent sans le dire, je suis reparti avec. C’était bien, mais il y avait trop peu de monde – c’est trop souvent le cas, qu’il y ait trop peu de monde.
Puis je suis allé écouter Pierre Jourde interviewé par les Cosaques Olivier Maulin et Romaric Sangars. Belle soirée, chaude ambiance. J’aime l’écrivain, qui n’hésite pas à prendre le risque de dérouter son public ; son parcours m’intéresse, d’ailleurs j’en ai déjà parlé ici et là.
Il a d’abord été question de l’affaire Céline, à célébrer ou pas, c’est les Cosaques qui voulaient en parler apparemment. C’est un sujet qui m’intéresse et qui ne m’intéresse pas. Disons que ça m’intéresse seulement parce que pour moi c’est un non-sujet – et les non-sujets m’intéressent. Personnellement, les hommages aux écrivains, les anniversaires de leur mort ou de leur naissance, je suis contre (ou plus simplement : je trouve ça crétin) – et même pour les écrivains qui sont des braves types. Pierre Jourde aussi, d’ailleurs. Qu’on fête en 2012 le 80e anniversaire de la publication du Voyage, pourquoi pas. Mais célébrer les auteurs, des personnes, quoi, comme les saints autrefois, je trouve ça malsain, tiens. Et facile. Et trompeur. C’est faire semblant de s’intéresser à la littérature. On parle de l’auteur, et les livres c’est déjà presque de la déco. Au mieux, c’est ce qu’il a fait, ses positions, son destin qui compte. (Son physique ? bien sûr, ça compte aussi.) (Déjà en 2010 avec Camus je ne pouvais m’empêcher de me dire que la Peste, dans mon souvenir, ça n’est pas un si grand livre, par rapport à d’autres. Pourtant je n’ai rien contre Camus.) Mais enfin, ces anniversaires ont le mérite de rappeler à qui s’y intéresse un peu que la postérité ne rend pas justice à la littérature ; je ne crois pas du tout à ce mythe rassurant.
Mais ça va bien avec l’époque, cette mise en avant de l’écrivain au détriment de son œuvre. Ça me fait penser à Sollers, tiens. (Enfin, c’est Jourde aussi qui m’y fait penser.) En réalité je ne sais pas du tout ce qu’ils valent, les livres de Sollers ; son nom les cache, du coup je n’en ai jamais lu. Au fond, c’est quand même dommage : Sollers est une victime.
C’est dommage parce que c’est la littérature qui disparaît, même quand on croit parler de littérature. Ce billet, par exemple, ne parle pas du tout de littérature : il parle juste de la représentation de la littérature.
Il a été question aussi du travail de critique de Pierre Jourde, il nous a lu son article sur Philippe Djian, on s’est bien marré. Il a un vrai talent (Jourde, pas Djian) pour relever les travers d’écriture de ses contemporains. Bon, on le savait déjà ; d’ailleurs cet article-là je l’avais déjà lu sur son blog, mais ça fait du bien de rire un peu. Et ça ne fait de mal à personne, pas même à Djian ; un jour il faudra réfléchir aussi à l’étanchéité des cloisons entre les lectorats, qui nous vaut tous ces auteurs insubmersibles.
Mais en fait, Djian, moi, je ne l’ai jamais lu. Jamais eu l’idée. Pour cette grosse cavalerie, mon radar personnel me suffit. Les articles de Jourde, les charges, je les aime surtout parce qu’elles me font rire ; même si je reconnais la pertinence de l’argumentation. C’est bien de parler de la littérature qui n’en est pas vraiment en montrant en quoi elle n’en est pas vraiment, et c’est vrai que Pierre Jourde le fait très bien, mais au fond, je ne peux pas m’empêcher de penser que ça risque encore d’être une manière de ne pas parler de la littérature – puisqu’il s’agit de montrer en quoi ça n’en est pas. C’est pourquoi je me réjouis davantage quand le même Pierre Jourde nous parle d’Alexander Dickow, par exemple. Vous ne connaissiez pas ? C’est bien ce que je dis. (Eh flûte ! je m’aperçois que ce bel article a disparu des Confitures de culture, j’espère pour cause de publication en recueil ; ça lui fera quelques lecteurs en plus.)
Je disais l’autre jour la difficulté à parler des livres singuliers. En réalité je connais (façon de parler) pas mal de personnes qui le font de leur mieux, et souvent très bien. C’est souvent l’audience qui leur manque. C’est pourquoi on compte sur ceux qui ont non seulement le talent pour le faire mais aussi une meilleure sono. (Bon, c’est vrai : qui c’est çui-là qui veut mettre tout le monde au travail ? Désolé pour la déformation professorale.)
Quant à moi, à titre personnel, je me réjouis de la lecture (prochaine ?) de l’œuvre encore en cours de Jourde, son Maréchal absolu dont il nous a lu un bel extrait, c’était appétissant. Ce sera sûrement l’occasion de parler de littérature, quoi.
Et puis une fois rentré, encore une fois par un train qui, un peu après mi-chemin, n’existait plus, la SNCF est un esprit farceur, j’ai trouvé cet écho au silence de mardi ; bien sûr Claro qu’on va continuer à échouer mieux encore.



Commentaires

Les basketteurs prennent aussi parfois le train...
Commentaire n°1 posté par JEA le 04/03/2011 à 11h15
A l'accessoire du plus grand, c'était plutôt un snowboarder (c'est comme ça qu'on dit). ça donne d'ailleurs l'échelle : il portait sa planche sur l'épaule, dans la foule pressée sur le quai, et ladite planche passait largement au-dessus des têtes ; personne n'avait besoin d'y prendre garde.
Réponse de PhA le 05/03/2011 à 11h10
Ceci n'est pas un commentaire.
Commentaire n°2 posté par albin le 04/03/2011 à 11h46
Comment taire que c'en est un d'autant plus.
Réponse de PhA le 05/03/2011 à 11h08
Ce billet ne parle pas du tout de littérature.
Ben, il était temps, j'ai failli te prendre pour un écrivain 
Commentaire n°3 posté par Moons le 04/03/2011 à 17h56
Pas du tout : je ne suis que l'auteur de mes livres.
Réponse de PhA le 05/03/2011 à 11h06
"La peste" m'a toujours paru être un petit roman plein d'intentions, ce qui a dû le propulser auprès des profs de français ; Djian, commencé et laissé tomber. La littérature n'a pas besoin d'hommages, juste d'être lue. Et les auteurs n'ont pas beaucoup d'importance au fond.
Commentaire n°4 posté par Francesco Pittau le 04/03/2011 à 17h58
Disons que c'est sûrement assez facile de faire un cours dessus, il y a des accroches - mais le prof de français que je suis aussi par ailleurs n'a jamais été tenté. Les auteurs, non seulement ils n'ont pas beaucoup d'importance, mais ils sont même plutôt un obstacle dans l'accès à leur oeuvre, parfois même à leur corps défendant.
Réponse de PhA le 05/03/2011 à 10h54
C'est l'heure de Lapérouse. Vous auriez de la Boussole ?
Commentaire n°5 posté par Dom A. le 04/03/2011 à 19h16
Je peux vous servir un doigt d'astrolabe.
Vous me rappelez un petit regret ; à cause du train je n'ai pas pu rester trinquer avec les Cosaques et leur invité ; je me rattrape (même si c'est un peu tôt dans la journée).
Réponse de PhA le 05/03/2011 à 11h05
Déjà peu de temps pour lire, alors en parler...
Commentaire n°6 posté par Zoë le 04/03/2011 à 19h57
Entre les secondes, il y a du temps qui se cache : cherchez bien !
Réponse de PhA le 05/03/2011 à 11h00
Parfaitement en accord sur tout, et sur Jourde notamment, mais je ne peux plus dire (désormais) la même chose pour Sollers, dont j'ai lu cette année un livre (si !) que j'ai bien aimé...
Ah, les anniversaires... Même les anniversaires de naissance sont barbants et vains, si on y réfléchit.
Commentaire n°7 posté par Sophie K. le 04/03/2011 à 21h43
Quand je vous dis que Sollers est une victime !
(Oui, même dans le privé, les anniversaires... On devrait fêter tous les jours ceux qu'on aime.)
Réponse de PhA le 05/03/2011 à 10h46
"Et les auteurs n'ont pas beaucoup d'importance au fond", écrit Francesco Pittau :
et à la surface ?
Commentaire n°8 posté par Dominique Hasselmann le 05/03/2011 à 10h14
Je suis assez d'accord avec ça, et même encore plus, d'ailleurs. J'ai déjà lu ou entendu je ne sais plus où que j'étais un auteur "modeste" ; c'était un compliment bien sûr mais ce n'est pas du tout la réalité : on a juste pris pour une qualité ce qui n'est qu'une conviction.
Réponse de PhA le 05/03/2011 à 10h59
@DH. Et à la surface, juste pendant le temps de l'actualité.
Commentaire n°9 posté par Francesco Pittau le 05/03/2011 à 11h02
Cela dit vous approuve, partage vos impressions.
Commentaire n°10 posté par albin le 05/03/2011 à 14h05

mercredi 2 mars 2011

« démollir » (sic) Chevillard ?

Tiens, un commentaire écrit à chaud à la suite d’un article imbécile ; je ne me suis rendu compte qu’après coup qu’il fallait s’inscrire pour pouvoir le poster. Bien sûr ça mériterait un développement, mais en ce moment j’ai vraiment pas mal (un peu plus, même) de boulot ailleurs. Du coup le voici posté ici, tel quel, par mesure d’hygiène :
Mais qui est cet ange anonyme qui prétend « démollir » (sic) Chevillard avec ses deux ailes ? C’est par le manche qu’il faut tenir ton arme, bonhomme, pour parler ton style. Le rapprochement initial Beckett-Ionesco sent déjà bien sa culture lagarde-et-michardienne*. Quant à rassembler dans le même sac-poubelle les huit derniers livres de Chevillard, sans voir le virage essentiel amorcé dans Sans l’orang-outan et poursuivi dans Choir (qui à mon sens restent un peu au-dessus de Dino Egger), c’est avouer qu’on n’a à peu près rien lu de l’auteur qu’on éreinte – ce qui somme toute ne serait pas bien grave, n’avoir rien lu, si l’on avait la clairvoyance de se taire**.
Evidemment, si l’on considère que le but ultime de la littérature, le vrai "risque" (!), c’est « parler un peu de soi pour de vrai », on comprend mieux.
 
* Je ne sais pas vous, mais personnellement je n’ai jamais compris pourquoi on rapprochait ces deux auteurs.
** Un peu de silence, après tout…

 

Commentaires

J'ai lu les commentaires de l'article incriminé. Il n'y en a aucun qui ne souligne l'incurie de celui qui l'a commis. En tant que lectrice inconditionnelle de Chevillard depuis que je l'ai découvert (grâce à Jourde dans la Littérature sans estomac), j'applaudis à votre volée de bois vert et ne prendrai pas la peine de m'inscrire sur le site pour ajouter ma paire à la tête à claques de ce petit monsieur
Commentaire n°1 posté par Zoë le 02/03/2011 à 19h20
Eh bien figurez-vous que lorsque, à sa sortie, j'ai lu la Littérature sans estomac, Chevillard était le seul auteur commenté par Pierre Jourde que j'aie lu ; je ne connaissais les autres que de nom, et encore (ce qui est d'ailleurs encore le cas pour pas mal d'entre eux). Du coup j'ai tout de suite été tenté de faire confiance à Jourde (même si dans le détail je ne suis pas absolument d'accord avec tout).
Réponse de PhA le 02/03/2011 à 21h36
Eh bien, voyons... Avançons prudemment... Même si cet article comporte bien des... il n'en demeure pas moins que les romans de Chevillard me tombent régulièrement des mains depuis dix ans que je tente de le lire. Voilà c'est dit. 
(Avouez qu'il faut un certain courage, proche du suicidaire, pour approuver du bout du bout des lèvres un article du Figaro!!:)
 
Commentaire n°2 posté par Depluloin le 03/03/2011 à 11h46
Tor-Ups me souffle la réponse : prenez donc Au plafond, par exemple ; un artiste de la chute comme vous l'êtes ne peut pas y être insensible.
(Oh je ne crois pas du tout que tout soit à jeter dans les pages littéraires du Figaro.)
Réponse de PhA le 03/03/2011 à 13h47
Depluloin! vous lisez la tête en bas et vous vous étonnez que les livres vous tombent des mains!
Commentaire n°3 posté par tor-ups le 03/03/2011 à 13h39
C'est quand le livre au contraire s'élève que Depluloin le voit tomber.
Réponse de PhA le 03/03/2011 à 13h49
Dans le Figaro ? Un arti-cul-laid... Des mots découpés aux ciseaux ébréchés et recollés avec de la glu-hante.
Commentaire n°4 posté par JEA le 03/03/2011 à 15h21
je voulais laisser un commentaire aussi, mais n'y suis pas parvenue. Je dis seulement 1) d'acc sur Beckett et Ionesco, quel rapport si intime entre eux ? ;  2) qu'un article aussi mal écrit paraisse dans le figaro, eh bien... c'est alexandre jardin, non? cet espèce d'***** qui n'a rien d'autre à raconter que sa vie - c'est passsssssionnnnnant.
Je comprends qu'on délaisse Chevillard, je comprends même qu'on critique sa thèse sur la littérature, on peut tout à fait penser autrement, mais ... avant cela il faut apprendre à lire et à écrire...
Pluplu, vous devriez lire la nébuleuse du crabe, je ne vois pas comment VOUS pourriez rester indifférent à Crab.
Commentaire n°5 posté par Aléna le 03/03/2011 à 16h08
"Sans liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur." La devise du Figaro. Une référence.
Là je marque un point - au moins! :))
Ah Madame Tor-ups! Ah madame Aléna! Ah monsieur... Je déménage complètement moi! 
 
Commentaire n°6 posté par Depluloin le 03/03/2011 à 19h03
Ben tiens, c'est bien pour ça que je blâme ! Mais moi j'ai lu l'"article", les huit derniers livres de Chevillard et même un peu plus, tout Beckett ou presque et pas mal Ionesco (suffisamment en tout cas pour ne pas voir de parentés), et last but not least je signe mon billet.
(Alors comme ça vous déménagez complètement, Depluloin ?)
Réponse de PhA le 05/03/2011 à 11h35
J'ai lu aussi cet article minable. Il semble DE PLUS (DEPLULOIN déménage? Faut que j'aille lui dire au revoir!) que l'auteur n'a pas signé son article. Quelle lâcheté.
 
Commentaire n°7 posté par Ambre le 12/03/2011 à 14h07
Oui, ce n'est pas joli.
(Mais oui, rendez-vous compte : Depluloin déménage !)
Réponse de PhA le 12/03/2011 à 14h37

mardi 1 mars 2011

du bruit et du silence aux environs de la littérature

C’est vrai que la poésie se répand, me disais-je l’autre jour après la lecture d'un article d’Eric Loret. Non que sa lecture soit de plus en plus répandue, ça se saurait, mais elle tend à sourdre hors du champ que l’usage lui avait imparti, à infiltrer des textes qu’on classera parfois en romans pour qu’ils soient plus vendables (?) – et qui souvent sont ceux que j’aime. Ils ont en commun une façon de ne pas arrêter le sens à ce qu’ils ont l’air de dire et surtout
ils ont en commun cette qualité de n’avoir au fond que très peu en commun même entre eux. Les ventes des plus fameux doivent dépasser parfois les cinq mille exemplaires (j’imagine, n’ayant aucune notion de ces chiffres-là comme des autres) alors que leurs auteurs dépassent la soixantaine et publient depuis près de trente ans ; de plus jeunes aussi doués s’apprêtent à en vendre le tiers au même âge et pourront en être heureux.
Il n’est jamais si difficile en effet que de parler d’un livre vraiment singulier ; il faut trouver des mots qui n’existent pas encore, et quand on les a trouvés c’est pour se rendre compte qu’ils auront toutes les chances de n’être pas compris : comment faire sentir au lecteur quelque chose qu’il n’a pas encore senti ? Mais comme il faut écrire son avis quand même, l’opinion est un rite auquel on ne saurait déroger, on écrira plutôt sur tel autre livre parce que c’est plus facile et qu’il n’est pas si mal, ou sur celui qui ne vaut pas grand-chose parce qu’on peut plus aisément dire pourquoi.
Parfois je me demande si ce bruit autour (à la périphérie) de la littérature ne finit pas par lui être encore plus nuisible – plus trompeur – que le silence qui en réalité l’entoure.



Commentaires

Bien sûr que ce bruit est nuisible. Ce qui est nuisible aussi, de plus en plus souvent, c'est la lecture des quatrièmes de couverture où l'éditeur résume, mal, l'ouvrage, avec des accroches faites pour vendre et qui me font fuir. Si je n'avais pas pris le dernier Coe à la bibliothèque de mon quartier, je ne l'aurais peut-être pas acheté. Alors que c'est un bon Coe. Ces quatrièmes de couv' font du bruit et rien d'autre.
Commentaire n°1 posté par Dominique Boudou le 01/03/2011 à 21h41
Le fait est. La 4e de couverture est aussi un instrument de la facilité : plus le livre est riche, moins la 4e de couverture pourra lui rendre justice. C'est encore une fois la médiocrité qui s'en tire le mieux.
Réponse de PhA le 02/03/2011 à 14h20
Beaucoup de bruit pour rien, mais laissons nos tam-tam s'en faire l'écho, tu ne crois pas ? Il n'y aurait rien de nouveau sous le soleil si la lune n'avait pas son orbe à dire
Commentaire n°2 posté par Moons le 01/03/2011 à 22h30
Autrefois, les tamtams inquiétaient. Aujourd'hui, ils rassurent - hélas.
Réponse de PhA le 02/03/2011 à 14h21
Il ne faut pas généraliser et tomber dans l'amertume inverse de ce qui se fait aussi, vaillamment et autrement... chacun est responsable, à son échelle. Faire un état des lieux, oui, mais ne pas oublier la minorité qui essaie de mettre en lumière la littérature, poétique ou pas. Il existe de bons 4e de couv (les minimalistes), de bons éditeurs et de bons livres qui sont bien compris par certains lecteurs. Que la paresse existe dans la profession oui, mais mettre tout sur le dos du bruit inhérent, qui parasite l'ensemble, me semble caricatural et injuste... je préfère le silence.
Commentaire n°3 posté par Pascale le 01/03/2011 à 23h12
Mais tu sais bien que je n'oublie pas la minorité, Pascale ; même que je l'embrasse ici. D'ailleurs je ne cherche pas à rendre qui que ce soit responsable de l'effacement de la littérature dans sa représentation (car concernant sa créativité je n'ai aucun doute, quand je parle d'effacement de la littérature cela concerne d'abord la lecture de nos contemporains mais aussi celle de nos anciens) ; mais, pour dire les choses simplement, j'ai le sentiment qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans la représentation de la littérature, et que même si certains le disent on fait encore trop comme si ce n'était pas le cas.
Réponse de PhA le 02/03/2011 à 14h17
Quand je dis que nous sommes chacun responsable, je le pense. C'est comme le trop courant "c'est la faute à l'état", et on se tient en retrait sans se sentir concerné. Mais l'état c'est nous. Le problème de la représentation littéraire a des sources multiples et complexes.
S'il y a trop de bruit, pourquoi ne pas commencer par arrêter de l'alimenter : en cessant l'envoi de SP par exemple, l'idée n'est pas nouvelle, Deleuze le disait déjà. Mais voilà, la crainte (des éditeurs et des auteurs) serait que la littérature disparaisse totalement des journaux. Pour moi, c'est un risque à prendre, au point où on est. Car quel est le risque, réellement, quand on lit ce que l'on lit aujourd'hui dans les colonnes journalistiques ? Peut-être qu'il y aurait plus de place, au final, pour la littérature...?
Commentaire n°4 posté par Pascale le 02/03/2011 à 15h44
Je suis complètement d'accord à propos de la responsabilité partagée (y compris par ceux qui ne se sentent pas du tout concernés), c'est d'ailleurs la conclusion de mon prochain article sur Mélico.
Je suis bien d'accord sur l'effet pervers des envois massifs des services de presse ; c'est le début de l'inégalité : il est bien évident que les SP coûtent à l'éditeur, et que les éditeurs n'ont pas du tout les mêmes moyens. (Sans parler du fait qu'on les retrouve en occase - en occase à plus de 50 % du prix de vente, tout de même, ce qui est à la fois un mal et bien - chez Gibert et ailleurs dès la sortie du livre, et parfois même avant sa sortie.) Mais je vois mal cependant comment trouver un accord sur le sujet : les grandes maisons d'édition n'y auraient aucun intérêt.
Réponse de PhA le 02/03/2011 à 16h41
Je regardais récemment un livre d'André Breton, "Les Vases communicants" (édition de septembre 1967), paru chez Gallimard : sur la quatrième de couverture, uniquement le beau sigle en forme de nef de la nrf.
Cette manie des résumés au dos d'un livre - comme une sorte de bande-annonce - est la plupart du temps pénible. Il faudrait inventer des livres qui n'aient qu'une "première (et dernière) de couverture".
Quant au bruit fait autour de la littérature, les amateurs savent faire le tri, surtout avec les yeux.
Commentaire n°5 posté par Dominique Hasselmann le 02/03/2011 à 16h46
Les éditions José Corti ont longtemps fait de la résistance à cette manie des 4e. Sinon j'aime bien les 4e très elliptiques d'Allia. Mais cette dictature des 4e est plus un symptôme qu'un problème.
Réponse de PhA le 02/03/2011 à 16h54
Un livre est fait pour être vu, feuilleté, acheté et peut être lu. Il est fait pour être cannibalisé. Si on n'accepte pas cette loi autant ne pas écrire ce que nombre de gens qui pourraient le faire font. Entre la quatriéme de couverture, il y a le libraire, il y en a de bons. Un libraire, le lecteur peut le former. Il y a, aussi, le lecteur potentiel qui roule et croule sous les vagues incessantes des publications. Il est orpailleur mais l'or est rare et très dispersé. Ecrire un commentaire sur un ouvrage est un exercice d'acrobatie difficile, adapter sa singularité à celle d'un auteur l'appréciait, le jauger, l'aider sans le juger demande de beaucoup puiser en soi et vite. c'est un acte d'écriture accopmpli dans les soutes.
Commentaire n°6 posté par patrick verroust le 02/03/2011 à 16h49
"et peut être lu" ou "et peut-être lu", chez Patrick ? Votre oubli peut(-)être intentionnel du trait d'union est déjà à lui seul un commentaire.
Il y a bien sûr de magnifiques libraires, j'en connais quelques-uns ; je leur laisserais volontiers la parole pour dire mieux que moi les difficultés qu'ils rencontrent pour faire leur métier comme ils le souhaiteraient. Je partage aussi votre vision à propos de "l'acte d'écriture accompli dans les soutes".
Réponse de PhA le 02/03/2011 à 17h01
Je ne lis jamais 1) les argumentaires des éditeurs, 2) les 4e de couv et 3) au Dilettante (dont j'aime uniquement la publication des anciens, on s'en tient à zéro 4e de couv et je trouve ç a très bien). Mais je sais, par les libraires et les bibliothécaires, que TOUT LE MONDE commence par lire le 4e de couv en cherchant un livre. Comment leur en vouloir ? Comment faites-vous quand vous devez acheter n'importe quel produit où vous n'y comprenez rien (un robinet, une machine à laver ou n'importe quoi d'autre) ? Pareil, en tout cas moi. Donc il faut savoir ce à quoi on s'attelle, si on s'interroge sur un manque de visibilité au niveau des vrais lecteurs ou de monsieur-tout-le-monde qui lit un à deux livres par an, et qui n'est pas à blamer.
Commentaire n°7 posté par Pascale le 02/03/2011 à 17h11
Au Dilettante il me semble que le texte de la 4e est sur le rabat de la couverture, non ?
Sinon, pour le robinet (d'ailleurs c'est d'actualité), j'ai un plombier de confiance. Mais je m'accomoderais très bien des 4e, au fond je m'en fiche un peu ; c'est juste la disparition de la littérature (toujours en terme de représentation : la possibilité de savoir que ceci ou cela existe) qui me chiffonne un peu.
Réponse de PhA le 02/03/2011 à 17h41
Moi ça ne me chiffonne pas plus que ça, j'ai confiance, je me dis que ça va péter et tant que je trouverais de bons livres... je connais de plus en plus de petits éditeurs qui n'envoient plus de SP et ils ne se portent pas plus mal qu'avant, voire mieux financièrement grâce à un gouffre au poste "SP" disparu, idem chez les libraires (qui de plus en plus ne jouent pas franc jeu) et un site où leur catalogue permet l'achat.
Commentaire n°8 posté par Pascale le 02/03/2011 à 18h03
Puisses-tu avoir raison !
Réponse de PhA le 02/03/2011 à 19h00
C'était un oubli involontaire comme les fautes d'orthographe, je suis désolé de ces dernières mais l'absence du trait d'union vous a fait, au moins sourire et commettre un bon mot auquel je souscris et qui prête à réflexion . Acheter un livre, c'est déjà l'honorer, Être en disposition de le lire ou pas, est autre chose. Comme en matière de spectacles vivants, il manque de vraies bonnes plumes capables d'analyses critiques solides. Il y a un lectorat, vraiment cultivé et connaisseur , il est en déshérence. Les livres se diffusent, un peu, par coterie. Ce n'est pas leur objet. Fondamentalement , pour moi, une œuvre artistique s'adresse à l'étranger qu'elle doit interpeller. J'ai été éditeur , il y a longtemps, j'ai été un gros acheteur, je répète qu'un lecteur peut former son libraire .Je suis content que vous appréciez le travail dans les soutes. Je prends la liberté de commenter  des pièces de théâtre ou des textes sur des blogs que vous fréquentez. Je me refuse à me limiter à dire "j'aime" "super", j'essaie d'exprimer une opinion avec les contraintes que je me suis fixées. Je peux témoigner que c'est délicat, subtil, stressant. Déjà, il faut rompre le silence qu'impose un beau texte et ce n'est pas rien, ensuite, il faut oser s'introduire dans l'univers de l'auteur qui a lui aussi besoin de quiétude, enfin , il faut faire abstraction de ses perceptions pour essayer de le comprendre ce fichu auteur et accélérer la maturation de la lecture. Je déteste les séances de dédicaces, voir des auteurs transformés en forçat de la signature. Je déteste , également, me retrouver à devoir participer à une claque laudative, à soumettre l'auteur au supplice de la question obligée. Je ne suis pas d'accord avec vous. Il est plus facile de faire l'éloge d'un livre « médiocre « que d'un « bon » livre. Pour le premier un brin de plume suffit, pour le second , il faut être capable de trouver les ressorts qui ont déconcertés et tenus en haleine. Il  faut être, déjà, une petite « pointure » et avoir un poil de talent.
Commentaire n°9 posté par patrick verroust le 02/03/2011 à 18h28
Il y a de petites fautes qui sont les bienvenues tant elles font sens. Je ne vois pas bien où nous ne sommes pas d'accord : je trouve comme vous qu'il est plus facile de faire l'éloge d'un livre médiocre (j'allais écrire "facile", ça marche aussi) que d'un bon livre. En revanche j'aime bien répondre aux questions des lecteurs, en direct, mais c'est surtout parce que je suis bavard.
Réponse de PhA le 02/03/2011 à 19h06
http://bit.ly/emlrjC
Commentaire n°10 posté par claro le 03/03/2011 à 15h20
Tiens, un écho au silence ! Merci, et tope là pour échouer mieux encore.
Réponse de PhA le 04/03/2011 à 08h28
 le professionnel chargé de rédiger la "quatrième de couverture",ne doit pas rigoler tous les jours, trouver la synthèse juste qui mette en appétit le lecteur, la renouveler ouvrage après ouvrage, est un travail aussi ingrat que de pousser le rocher de Sisyphe. Est ce décisif?.. Je choisis un livre en le feuilletant, en le humant selon l'humeur du moment. Quand j'offre un livre, c'est l'occasion de penser au destinataire, d'imaginer ses goûts, ses appétences du moment. Les bandeaux , j'y prête au attention pour ne pas les déchirer. Les quatrièmes de couverture me permettent une prise de contact en travers, sans plus. Il en va de même pour le spectacle vivant, je ne réserve, jamais, j'y vais comme je le sens. Je garde, jalousement, cette liberté là , je veux être disponible pour le spectacle qui m'est offert. Je ne sais pas si écrire est accepté de parler de soi mais je pense que cela relève d'une volonté de parler à l'autre et d'une certaine façon l'écouter. Nous avons été éduqués à aborder la poésie d'une façon trop désincarnée et trop admirative , aussi .C'est , peut être une raison de son manque de rayonnement. Je la conçois comme un art simple, un travail d'artisan, je vais même plus loin, je ne crois pas qu'elle soit l'apanage du seul poète. L'inquiétude diffuse que je ressens tient à la perception que j'ai qu'un livre peut se perdre et mourir, il n'y plus de stock chez les éditeurs ni de mémoire chez les libraires ; Mais, il ne faut désespérer de rien et surtout pas du désespoir.
Commentaire n°11 posté par patrick verroust  le 03/03/2011 à 18h17
Hélas, je confirme et partage votre dernière inquiétude.
Réponse de PhA le 05/03/2011 à 11h38

dimanche 27 février 2011

écoutons le sage en nous


 
Allons, si tout va mal, au fond c’est que tout va.


Commentaires

Je t'écoute, mille millions de mille milliards de mille sabords !
Commentaire n°1 posté par Moons le 27/02/2011 à 22h22
Qu'est-ce que c'est que ce langage, nom d'un homme !
Réponse de PhA le 28/02/2011 à 19h11
Mi-chanvre, mi-coton, Milou ?
Commentaire n°2 posté par L.....................................uC le 28/02/2011 à 07h50
Je préfère : la laine, ça pique.
Réponse de PhA le 28/02/2011 à 19h12
Une petite gigue ?
Commentaire n°3 posté par Gilbert Pinna le 28/02/2011 à 08h04

Réponse de PhA le 28/02/2011 à 19h15
ce qui compte est donc d'aller? de ne pas y rester?
mais où?
Commentaire n°4 posté par Aléna le 28/02/2011 à 09h49
C'est vrai que rester, parfois, c'est pas mal non plus.
Réponse de PhA le 28/02/2011 à 19h16
Soyez heureux : tout va mal !
comme dit Clément Rosset qui par ailleurs fait référence à Tintin.
Commentaire n°5 posté par albin le 28/02/2011 à 13h39
Je n'ai pas souvent croisé Clément Rosset, mais à chaque fois c'est une rencontre.
Réponse de PhA le 28/02/2011 à 19h19
Je t'écoute, mille millions de mille milliards de mille sabords :
Pardon, Philippe, ces petites bestioles jaunes ont encore dérapé.
Commentaire n°6 posté par Moons le 28/02/2011 à 21h53
Voilà un dessin vraiment animé !
Commentaire n°7 posté par Dominique Hasselmann le 01/03/2011 à 14h36
 

dimanche 20 février 2011

La France se lance dans l’exportation des bonnes manières.

La France se lance dans l’exportation des bonnes manières.

La vidéo a été supprimée, on se demande bien pourquoi.

Commentaires

La diplomatie française est en pleine restructuration, dirait-on. Comment dit-on péronnelle pour un grand garçon au fait ?
Commentaire n°1 posté par ArD le 20/02/2011 à 11h40
Péronneau ? Perroquet ? Pérorateur ?
Réponse de PhA le 20/02/2011 à 20h42
Envoyer un guerrier - ce qu'il est - en Tunisie, après l'Irak, n'était peut-être pas le meilleur signe à donner! 
Commentaire n°2 posté par Depluloin le 20/02/2011 à 15h30
En l'écoutant, en le regardant joindre le geste à la parole, une image m'a traversé.

Réponse de PhA le 20/02/2011 à 20h37
Ce petit "Sarko boy" s'était déjà illustré, avant d'être bombardé à Tunis, en posant sur Internet en petite tenue.
Sa conférence de presse récente n'aura fait qu'ajouter une touche à ce que "L'Irréductible" nommait le 18 février dernier la "diplomatie foutaise" et que le président de la République actuel peut accrocher à son veston comme une Légion de déshonneur.
Commentaire n°3 posté par Dominique Hasselmann le 21/02/2011 à 10h26
Il a de belles tablettes. C'est des vraies ? On peut toucher ? (Pardon pour le niveau du commentaire - qui paraît requis par la photo !)
Réponse de PhA le 21/02/2011 à 15h11
Je n'ai pas l'intention de retourner ma veste ni aujourd'hui ni demain, mais franchement en regardant plusieurs fois cette vidéo on s'aperçoit que cet ambassadeur ne plante pas là les journaliste mais une journaliste, après la conférence de presse donc, avec laquelle il s'entretient en arabe. Qui comprend l'échange? Et la raison de son agacement? Il y a quand même une grande mauvaise foi dans la façon de rapporter l'incident.
Par ailleurs, ce diplomate, hors norme en effet, a été envoyé à ce poste stratégique pour parer ou tenter de parer à la menace islamiste - dont on voit bien maintenant qu'elle est réelle.
Commentaire n°4 posté par Depluloin le 21/02/2011 à 12h02
Après avoir repoussé le micro il lui juste dit que ses questions étaient débiles, nulles et lamentables (vu sur une autre vidéo plus longue). Il a le droit de le penser, après tout ; mais le dire, et surtout dans ces termes, c'est pour le moins manquer de... diplomatie. Sans parler de son arrogance à table ; il est content de lui, vulgaire et décomplexé, comme son maître.
La menace islamiste en Tunisie ? Je préfère faire confiance aux Tunisiens pour l'endiguer. Nous avons bien notre "menace" FN en France, qu'on nous brandit comme un épouvantail blond à tout bout de champ - et qu'on surestime, à mon avis.
Réponse de PhA le 21/02/2011 à 15h23
Qu'il ait une belle tête à claques, ça c'est certain! Bon... 
Commentaire n°5 posté par Depluloin le 21/02/2011 à 18h50
Comme je suis un peu vieille France, plutôt que la tête j'aurais préféré qu'il se contentât du chapeau.

Réponse de PhA le 21/02/2011 à 23h54
@ Depluloin : si l'on regarde de plus près, la "menace islamiste" (brandie en "une" par des hebdos comme Le Point ou L'Express) est un épouvantail destiné à faire passer au second plan les revendications démocratiques des peuples qui se soulèvent contre les tyrans locaux.
L'ambassadeur Boillon est un séide de Sarkozy : si ce qu'il a dit lors de sa conférence de presse était acceptable, on se demande bien pourquoi il aurait dû aller à la télé, comme à Canossa, pour s'excuser platement.
Commentaire n°6 posté par Dominique Hasselmann le 22/02/2011 à 07h51
@ PhA : pour les "tablettes", je ne suis pas spécialiste en chocolat.
Par contre, pour "notre" nouvel ambassadeur en Tunisie, voici quelques carrés pour compléter le portrait !
Commentaire n°7 posté par Dominique Hasselmann le 22/02/2011 à 08h47
@ Dominique Hasselmann : Oui, j'entends bien ce que vous dites. Et tout va si vite depuis hier lundi! On parle déjà de "mur de Berlin", à raison sans doute? ... Pour notre fameux (!) ambassadeur j'avais entendu dire par des sources disons "privées" combien il avait été remarquable en Irak, sauvant presque la situation (!) de la France là-bas. Ce que semble suggérer l'article du Nouvel Obs que vous avez mis en lien. Autrement, je sais qu'il fait partie de cette nouvelle génération d'ambassadeurs, jeunes, dont certains ont eu ou ont toujours un pied dans la DGSE. On les a vu apparaître après la chute du mur de Berlin justement dans les pays dits fragiles ou difficiles, en guerre larvée ou non, (Croatie, Serbie, etc..) Un des plus remarquable est celui d'Haïti qui, toujours d'après mes sources "privées" a dû faire face à des problèmes dignes de films d'espionnage tout en devant faire face à cette catastrophe humanitaire du tremblement de terre.
Ciel, je me passionne! 
Et la Rollex! ... la Rollex à elle seule viendrait contredire tout ce que je viens de dire! Ha! ha!
Commentaire n°8 posté par Depluloin le 22/02/2011 à 11h47
Depluloin ne nous égarons pas.
Mais comme a dit notre nouveau maître à penser, Boris Boillon, en novembre 2010, "dans sa vie on fait tous des erreurs et on a tous le droit au rachat". Il parlait généreusement de Kadhafi... qui "a peut être été un terroriste," - non pas peut être, c'est certain - "je vous le concède, je ne suis pas avocat".
Oui on dirait plutôt un curé dans un corps de boysband. La sarkozy incarnée. Le Verbe sarkozien s'est fait chair. Qui est avocat déjà?
A moins que Sarkozy ne soit l'esprit de l'époque? Oui, quelque chose comme ça. Il ne s'est pas élu tout seul que je sache. Boris Boillon est le fils de Kadhafi et le clone de Sarkozy. Il ne devrait plus aller très loin maintenant. Heureusemnt qu'on est bien renseigné dans les officines du quartier Latin.
Il faudra réfléchir avant de réélir un avocat d'affaires.
Et pourquoi faut-il sauver la France en Irak ? Depluloin, vous allez dépasser maître Boillon. Je croyais qu'on aidait les irakiens... les marchés de reconstruction qui sont attribués à la France le sont peut-être aussi grâce à la pagaille causée par les américains. Et les mythes se forment si vite avec les kilomètres. Et cette autosatisfaction, en des temps où une forme d'humilité serait plus adaptée, est une signature d'une indécence qui résonne depuis la désormais célèbre "nuit du Fouquet's"... Je la trouve maintenant bien reconnaissable. Rechaussez vos lunettes...
Commentaire n°9 posté par Souricette le 01/03/2011 à 00h09
L'Irak qu'on a privé de sa révolution, d'ailleurs ; sans Bush elle serait peut-être à l'oeuvre à l'heure qu'il est.
Réponse de PhA le 01/03/2011 à 13h58
Mais c'est peut-être aussi parce que les américains se sont gravement enlisés en Irak, Afghanistan, Pakistan et sont en tête à tête glaciaire avec l'Iran, que les autres peuples ne les ont pas eu sur le dos et ont pu faire ce qu'ils ont fait.... Les occidentaux bien occupés dans un fossé de plus en plus profond, voyant tout le monde arabe selon un prisme mi-sérieux mi-délirant... les lunettes de Bush...
Savez vous qu'aujourd'hui l'Amérique met en prison ses écologistes pour "éco-terrorisme" ? (20 ans de réclusion pour l'incendie de 3 camions vides, heureusement le jugement a pu être cassé au bout de 9 ans...) et s'offre un nouveau boulevard de bavures stupéfiantes ? Je pense que Bush, ses conseillers et Kadhafi pourraient s'installer dans le même asile.
Commentaire n°10 posté par Souricette le 01/03/2011 à 20h44

samedi 19 février 2011

des cris en zone étanche

Mardi, quinze heures. Le soleil irradie la place du bourg. Le thermomètre frôle les 35°C. Hommes et femmes regardent, en s’épongeant le front, le fourgon couleur lie-de-vin fendre lentement la foule pour venir se positionner en marche arrière devant la grille, face au porche de l’église. Deux croque-morts ouvrent le hayon pour en extraire le cercueil. La Taille est dedans.
La tête du Capitaine dépasse deux rangées derrière. A son avis, en ce moment, le mort les voit. C’est ce qu’il glisse à l’oreille de Jimmy. Qui ne s’en étonne guère. Sa mère, quand il lui rend visite à l’hôpital, tient à peu près les mêmes propos. Selon elle, père et grand-père zigzaguent toujours, de retour de pêche, sur le chemin de la corniche qui tourne en épingle à cheveux à l’endroit exact où leur voiture quitta le bitume pour disparaître, dix mètres en contrebas, engluée au fond des étangs. Disant cela, elle dodeline de la tête et ajoute qu’elle entend les pneus du véhicule crisser d’effroi certaines nuits dans ses rêves. Alors, elle hurle. Et eux aussi. Mais personne, « pas même l’infirmière », ne les entend. Cela, Jimmy n’a pas de mal à le comprendre. Ces cris venus d’ailleurs circulent en zone étanche. Entre des murs imaginaires, à l’intérieur des têtes. Il les connaît. Il en a tant proféré, jadis, pour rien, en pure perte, pour conjurer ses peurs, pour oublier ses tremblements, pour que son corps existe et crache des invectives au monde entier sans que personne, jamais, ne puisse saisir ces gueulasses lâchées dans les bruines glacées, au cœur des noroîts déchaînés, quand il dérivait en apesanteur, enfermé, trempé, tremblant, claquant des dents dans sa cage de fer et de plexiglas secouée, les jours de gros temps, par des vents violents. Lui aussi implorait alors les morts. Il ne les voyait pas mais supposait que eux, au contraire, avaient pouvoir de le suivre à la trace et d’intercepter ce qu’il ressentait.
 
Jacques Josse, Cloués au port, Quidam, 2011, p. 35-36.
 
http://www.quidamediteur.com/imagenes/portadas/ClouesauPortG.jpg 
Entre la mer où l’on ne vogue plus qu'en rêve et le port où les personnages sont cloués par le sort puis par la canicule, la langue française comme dirait le poète a la mort – à moins que ce ne soit les morts – qui est, qui sont bel et bien le sujet de Cloués au port. Avec un s parce qu’ils sont plusieurs à l’être mais quand même surtout deux, une voix et une oreille, le grand corps sonore du capitaine qui fait bien le double du volume de son auditeur principal, le frêle Jimmy, qu’il occulte au point qu’on manquerait presque de remarquer, surtout au début, combien ce second personnage, effacé et atteint de tremblements nerveux, est peut-être le principal, celui en tout cas qui nous incarne. Mais je vois qu’on a déjà fait le travail pour moi : écoutez donc Nikola Delescluse en parler sur Paludes, et lisez Dominique Dussidour sur remue.net, Paul de Brancion sur Robert le Diable ou Romain Verger sur Membrane.


Commentaires

Merci pour Jacques Josse,une grande voix poétique que j'aime tout particulièrement.
Commentaire n°1 posté par Marie Guegan le 20/02/2011 à 20h10
Très beau livre, Marie ; je vous le recommande.
Réponse de PhA le 20/02/2011 à 20h34

vendredi 18 février 2011

postface posthume

A vouloir raconter une histoire irracontable, lorsqu’on n’est pas soi-même un conteur avéré, on a toute chance de ne pas se faire comprendre. On aura eu beau soin de disséminer des indices, petits cailloux blancs tout au long du texte, cela risque fort d’être inutile.
D’ailleurs, les indices disséminés ne sont jamais relevés par le lecteur, qui les voit, les observe et les rejette comme non pertinents. Aussitôt oubliés. Il n’en veut pas. Et quand vous les lui pointez du doigt, il vous regarde froidement dans les yeux, en silence.
En outre, et tout à fait objectivement, pourquoi avoir donné tant d’importance au personnage féminin, qui en réalité ne joue d’après moi (je peux me tromper) qu’un rôle mineur dans l’histoire, si c’était pour réduire son destin à la fuite furtive de quelques grammes velus ? (Quelques grammes auxquels, j’imagine, se réduisaient nos ancêtres, vers la fin du crétacé.)
Certes, affirmer l’impossibilité de dire, ou tout au moins de se faire entendre ; nier (le monde, soi-même), c’est quand même un plaisir. Coupable ?


Commentaires

Mais depuis quand le lecteur devrait-il tout comprendre?! Est-ce souhaitable d'ailleurs? (Triste destin de l'écrivain qui n'écrit pas ce qu'il veut et lorsqu'il l'écrit rencontre le silence.)
Bon, j'imprime et ajoute cette postface essentielle à mon exemplaire! ;) 
Commentaire n°1 posté par Depluloin le 19/02/2011 à 18h48
Ah mais j'espère bien qu'il ne va pas tout comprendre, le lecteur ! C'est d'ailleurs pour ça (je me méfie, il y a quand même des petits malins qui seraient capables de comprendre plus qu'il n'est nécessaire) que je n'ai posté que la postface de ce récit inédit, qui ainsi sera autorisé à vivre sous les formes les plus variées dans les imaginations les plus variées.
Réponse de PhA le 19/02/2011 à 19h02
Ou à varier, ou avariées.
Commentaire n°2 posté par Moons le 19/02/2011 à 19h10
Tiens, Moons ! J'ai bien envie de vous asseoir face à votre pupitre et de vous demander de m'imaginer le récit ainsi postfacé. Allez, un peu d'exploitation de texte !
Réponse de PhA le 19/02/2011 à 19h16
mais le lecteur comprend tout; simplement, son privilège de lecteur l'autorise à tout réinterpréter à sa sauce, action qui ne concerne en rien l'auteur (qui, dans l'ensemble, ne comprend que très peu le pourquoi de son écriture^^); donc à chacun sa tasse de thé, le monde est plutôt bien fait, non?^^
Commentaire n°3 posté par gmc le 19/02/2011 à 19h28
D'ailleurs je ne suis pas bien sûr d'être moi-même d'accord avec ce que dit cette postface.
Réponse de PhA le 19/02/2011 à 21h05
c'est tout à fait normal: écrire est un acte, lire, un autre, relire, un troisième; je vous fais confiance, vous trouverez bien un consensus si nécessaire^^
Commentaire n°4 posté par gmc le 19/02/2011 à 22h23
Et je ne crois pas du tout que ce soit indispensable !
Réponse de PhA le 19/02/2011 à 22h47
 

mardi 15 février 2011

il voudrait juste que tout le monde lise les côtés cachés de Pascale Petit

Elle écrit des livres où les femmes s’appellent elles et les hommes ils. Parfois c’est elle et ils, ou même elles et il. Il lit les livres qu’elle écrit et voit qu’on peut écrire de la poésie sans les mots de la poésie, qu’il y a plus de poésie peut-être dans la poésie sans les mots de la poésie, et qu’on parle aussi bien ou même mieux de l’amour sans dire l’amour.
Souvent comme ici il n’y a même pas les vers de la poésie.
Cette fois il y a juste elles ou elle et ils ou il et ils veulent d’elle ou d’elles quelque chose qu’ils n’auront pas, qu’ils n’auront pas même quand ils l’auront, ou qu’ils auront sans savoir qu’ils l’ont. Il y a tant de côtés cachés. Elles ne comprennent pas ce qu’ils veulent, comprennent-ils eux-mêmes ce qu’ils veulent ? On ne sait pas vraiment ce qu’ils pensent encore moins ce qu’elles pensent alors ne parlons pas de ce qu’elles ou ils comprennent. En tout cas ils veulent quelque chose et elles aussi sûrement et on a peur qu’ils lui fassent mal qu’il lui fasse mal à faire comme si elle n’était pas elle, pourquoi aussi se laisse-t-elle faire comme si elle n’était pas elle.
Il y a tant de côtés cachés.
Il voudrait juste que tout le monde lise les livres qu’elle écrit, il ne sait pas bien comment s’y prendre.
Le monde par exemple pourrait commencer par explorer les côtés cachés de Pascale Petit ; c’est en sortant de cette lecture qu’il a eu envie d’écrire ça.
Il se dit aussi qu’il aurait peut-être tout aussi bien pu donner à lire un passage de ce qu’il vient de lire :
 
  
 
Il arrive que tout à fait exceptionnellement quelques-uns réussissent sans difficulté à en faire entrer une complètement dans la malle. La première tentative, parfois, suffit, et les voilà qui portent tous bien haut la malle au bout de leurs bras, en poussant des cris de joie.
 
Très vite, cependant, leur insatisfaction naturelle semble reprendre le dessus : à peine est-elle entrée dans la malle qu’ils veulent déjà la faire ressortir. Pour la faire entrer à nouveau ?
 
Quelle qu’en soit la raison – ne change rien. Elle, ne veut plus sortir et pour gagner sans doute un peu de temps, elle leur jette des choses qu’ils observent minutieusement ou des choses encombrantes qu’ils ont du mal à déplacer.
 
Ils essaient en réalité peu de choses pour la faire sortir : ils pensent en leur for intérieur que forcément, elle finira par vouloir sortir d’elle-même (et certains ont alors très peur qu’une fois dehors, elle ne veuille plus rentrer et que même si elle veut bien tout de même rentrer, elle ne veuille plus encore sortir).
 
Ils ont l’idée de susciter sa curiosité pour l’inciter à sortir et emportent la malle un peu partout avec des cris d’étonnement, mais c’est tout juste si elle soulève un peu le couvercle pour voir où elle est : elle voit qu’ils ont mis leurs plus beaux habits et qu’ils lui indiquent quelque chose d’éloigné.
 
Ils l’emmènent en fait chaque fois près d’un étang différent où rien ne bouge et ils attendent pendant des heures en imaginant que peut-être, elle va sortir en ayant doublé de longueur.
 
Ils se questionnent du regard, puis dissimulent leur regard.
 
Pascale Petit, les côtés cachés, p. 31-32., Action Poétique éditions, 2011, Collection Biennale des Poètes en Val-de-Marne.


Commentaires

Une façon bien à elle de se faire la malle. Oui.
Commentaire n°1 posté par Pascale le 15/02/2011 à 16h37
Toujours quand il a le dos tourné.
Réponse de PhA le 15/02/2011 à 18h39
Pouêt
Commentaire n°2 posté par Moons le 15/02/2011 à 18h20
Pouêt ? ou pouêt ?
Réponse de PhA le 15/02/2011 à 18h37
Pfffff, c'est facile de se moquer des côtés cachés des gens qui savent pas comment, euh bref.
Commentaire n°3 posté par Moons le 15/02/2011 à 22h48
L'URL n'est pas valide et ne peut être chargée.
(En effet !)
Réponse de PhA le 16/02/2011 à 18h33
Comme vous parlez bien de cette auteure (si, le "e" est de rigueur maintenant! un récent décret...) et de son univers impitoyable. On a l'impression de la/le toucher du doigt! 
Commentaire n°4 posté par Depluloin le 16/02/2011 à 11h25
Cette auteure avec un e ? Où avez-vu ça ? Mais non : on doit écrire cette hauteur, avec un h, évidemment ! (Certains préfèrent "cette altitude" ; ça se discute.)
Réponse de PhA le 16/02/2011 à 18h37
"... de son univers impitoyable." ... "Le nôtre", ai-je oublié d'ajouter. Ça change tout. 
Commentaire n°5 posté par Depluloin le 16/02/2011 à 12h34
Je m'aperçois que je ne vous ai pas félicité sur votre beau chapeau.
Réponse de PhA le 16/02/2011 à 18h40
Ceci n'est pas une URL, c'est un de mes côtés cachés
Commentaire n°6 posté par Moons le 16/02/2011 à 20h24
Je croyais qu'Internet appelait ses côtés cachés "erreurs 404".
Réponse de PhA le 16/02/2011 à 20h33
Non, maintenant, c'est l'erreur 5008 (pour pas cher) !
Commentaire n°7 posté par Moons le 16/02/2011 à 20h42
Vroum.
Réponse de PhA le 17/02/2011 à 15h07
heu, c'est quoi les mots de la poésie? ya un bréviaire spécial, tout n'est pas autorisé?
Commentaire n°8 posté par gmc le 17/02/2011 à 14h48
Il y a des guillemets, évidemment.
Réponse de PhA le 17/02/2011 à 15h06
ha, dsl, pas vu les guillemets;  et si on écrit de la poésie sans ponctuation, genre souffle, on peut s'en servir aussi, des guillemets?
Commentaire n°9 posté par gmc le 17/02/2011 à 15h11
Aucun problème : pas besoin de mettre les guillemets pour qu'ils y soient.
Réponse de PhA le 17/02/2011 à 15h15
bon, j'essaierai de m'en servir comme drapeau par exemple l" ou comme banderole, ça peut être utile par les temps qui courent l"l
Commentaire n°10 posté par gmc le 17/02/2011 à 15h32