Taper quand il faut
Quand elle était en CM2, elle se souvient qu’elle faisait le trajet de l’école avec Marie-Louise Bottius, et peut-être aussi Marie Arnuel. En descendant des Terres Sainville, elles croisaient des garçons, qui montaient vers leur école. Ils lui tiraient les nattes et se moquaient d’elle. Les copines se sauvaient.
Une fois, elle a fait face, toute seule. Elle avait un vieux cartable décousu dont l’armature dépassait du cuir. Elle a sorti la tringle métallique qui servait d’armature et elle a lardé le garçon de coups. Après ça elles ne l’ont plus vu pendant plusieurs jours.
Et puis un beau jour, voilà le garçon qui arrive avec sa mère. La mère lui a demandé des explications sur l’état dans lequel elle avait mis son fils. Elle lui a dit clairement et poliment comment les choses s’étaient passées. La mère s’est tournée vers le garçon pansé de partout : « Tu ne m’avais pas raconté ça comme ça ! » Elle s’est excusée, elle avait tout le temps des soucis avec lui.
Elle a raconté cette histoire à sa mère, et celle-ci, pour éviter les problèmes, a demandé à un voisin agent de police s’il voulait bien accompagner sa fille quand il pouvait.
Pourquoi ne supprime-t-il pas cette anecdote ? Ce n’est qu’une anecdote. Une anecdote qui fait partie de la mythologie familiale, il a souvent entendu cette histoire. Ce n’est pas une raison pour la faire lire à tout le monde. Mais elle lui parle, cette anecdote. Il se souvient des emmerdeurs de l’enfance. Il regrette sûrement de n’avoir pas tapé. Il faut taper enfant, tant qu’il en est encore temps. Plus tard c’est trop grave, et il n’y a plus personne en face pour se faire taper dessus. Il n’y a que le vide en face.

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