Ne pas voir de baisers
La fin des vacances a été un supplice, quand sa grand-mère est venue la chercher. Elle se cachait, elle ne voulait pas rentrer.
Après sa première communion, on a trouvé que ce serait bien qu’elle aille aux « Enfants de Marie ». C’était une réunion religieuse, à l’église, le dimanche, entre une heure et trois heures de l’après-midi. Auparavant, le matin, à huit heures, elle allait à la messe des enfants. Puis elle accompagnait sa grand-mère à la grand-messe, de onze heures à midi. A quinze heures, après les Enfants de Marie, sa grand-mère la rejoignait à l’église et elles assistaient aux Vêpres, jusqu’à seize heures. Après seize heures, enfin libérée des obligations religieuses, elle accompagnait sa grand-mère qui allait rendre visite à ses cousins, notamment Tante Eugénie, avec qui elle avait de longues conversations à propos de leurs maladies de personnes âgées. C’est là qu’elle a entendu pour la première fois le mot hémorroïde. Elle n’avait aucune idée de ce que c’était.
Il essaie d’imaginer ce qu’elle imaginait. Un fruit ? Non, ça ne doit pas être un fruit. Une sorte d’araignée ?
Parfois elle manifestait son désir de faire autre chose. On disait qu’elle était « dissipée ».
Tante Eugénie était la mère de Tante Rose, qui avait des enfants de son âge. Le dimanche, les enfants de Tante Rose allaient au cinéma. Tante Eugénie disait à sa grand-mère de l’envoyer au cinéma avec eux. Sa grand-mère répondait : « Sa maman ne veut pas. »
C’est elle qui rapporte la phrase au style direct, en mettant le ton. Petite voix douce qui devait faire bouillir la petite fille. « Sa maman ne veut pas. »
C’était vrai : on voyait des baisers au cinéma.

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