lundi 30 mars 2026

le jupon azur ne lui manquerait pas

La maison entière embaumait, origan cire fondue et poudre

mais plus encore les jours de pluie, lorsque par des fissures nous sentions venir

l’haleine des champs fumier trempé osier résine foin moutarde.


Alors nous perdions notre maison – elle muait en trois-mâts

faisant voiles sur les cinq mers

ou en arche qui tanguait sur les fleuves du ciel

et nous nous trouvions dedans,

tout comme les poules, le cochon, la chèvre et ses trois nouveau-nés

aussi elle embaumait la fiente, le coing gâté et la paille.


Notre mère portait le noir, d’aussi loin que je me souvienne

puisque l’un des siens nous avait quittés

et qu’il nous attendait

mais nous savions bien que plus tard

le jupon azur ne lui manquerait pas

voilà pourquoi ses yeux le soir au milieu de ses rides

semblaient deux petits astres dans les feuilles d’olivier.


(C’est un extrait d’un poème de Yannis Ritsos, dans La Dame des Vignes, traduit par Benoît Sudreau et publié par dans la collection dialogues des éditions Bruno Guattari, en version bilingue.)


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