La maison entière embaumait, origan cire fondue et poudre
mais plus encore les jours de pluie, lorsque par des fissures nous sentions venir
l’haleine des champs fumier trempé osier résine foin moutarde.
Alors nous perdions notre maison – elle muait en trois-mâts
faisant voiles sur les cinq mers
ou en arche qui tanguait sur les fleuves du ciel
et nous nous trouvions dedans,
tout comme les poules, le cochon, la chèvre et ses trois nouveau-nés
aussi elle embaumait la fiente, le coing gâté et la paille.
Notre mère portait le noir, d’aussi loin que je me souvienne
puisque l’un des siens nous avait quittés
et qu’il nous attendait
mais nous savions bien que plus tard
le jupon azur ne lui manquerait pas
voilà pourquoi ses yeux le soir au milieu de ses rides
semblaient deux petits astres dans les feuilles d’olivier.
(C’est un extrait d’un poème de Yannis Ritsos, dans La Dame des Vignes, traduit par Benoît Sudreau et publié par dans la collection dialogues des éditions Bruno Guattari, en version bilingue.)

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