Aller au Gros Morne et l’écrire
1939, c’est l’année de la guerre ; c’est aussi l’année de la maladie de son père. Et c’est l’année où elle a découvert le Gros Morne.
A l’occasion des fiançailles d’Émile (le filleul de sa mère, qui attendait avec une vilaine poupée en celluloïd le jour de son arrivée en Martinique), elle a accompagné sa grand-mère dans une grande tournée familiale.
C’est ainsi qu’elle est allée au Gros Morne, chez Tante Mence et Tante Nini, les sœurs de sa grand-mère, dans le quartier appelé Flamboyant, où d’ailleurs elle n’a jamais vu de flamboyants. Elle avait déjà fait la connaissance de Tante Nini à l’occasion de sa première communion. C’est elle qui a dit à sa grand-mère que désormais elle viendrait passer des vacances chez elle. Très vite, c’est devenu une habitude.
Ce paragraphe est bien trop strictement familial. Pourquoi donc le laisse-t-il ?
Gros Morne. C’est l’un des noms de lieu les plus anciens dans sa mémoire de Martinique, sa mémoire à lui.
Je suis allé à la Martinique. Je suis allé au Gros Morne.
Trop de « je suis allé ».
Il y a quelques années, encore une fois, « je suis allé au Gros Morne ». Je suis allé au cimetière. Il est tout en pente. C’est un très bel endroit, avec ses tombes carrelées, blanches, au soleil. La vue est surplombante, magnifique.
Les morts y sont à plusieurs, en famille. Il n’y a pas tous les noms sur les tombes.
Les noms de ses grands-parents manquent.
Les noms de ses grands-parents manquent.

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