lundi 3 septembre 2018

Seule la nuit par les hublots


Dix ans de Hublots hier, à ce qu'il paraît. Ça ne nous rajeunit pas, et pas sûr que la visibilité se soit tellement améliorée, pour autrui comme pour soi-même – cet autrui qui est un autre soi-même.
J'ai ouvert un hublot sur Seule la nuit tombe dans ses bras, quand un livre est écrit il faut le vendre, c'est étrange mais c'est comme ça – et c'est ici.
Il faudra que j'y rajoute les recommandations horoscopiques de Nathalie Peyrebonne déguisée en Madame Soleil, il y en a pour tous les signes ou presque, c'est tout frais d'aujourd'hui ; cliquez donc et n'oubliez pas les Poissons.
Mais même si vous êtes Vierge ou Balance, Capricorne ou Gémeaux, venez donc ce mercredi à partir de 19 heures à la librairie Le Monte-en-l'air, 71 rue de Ménilmontant à Paris, on n'attendra pas la tombée de la nuit pour en parler.





dimanche 2 septembre 2018

Albin 2, 2 Albin


Donc Albin à l'école. On l'y traitera d'imposteur pour la raison que le nuage à la moindre occasion pisse et que, semblable aux autres marches, celle où on a manqué s'étaler se répète et se fond dans l'interminable escalier, l'eau n'est plus la même dans le fleuve, le vin dans le verre, Albin soi-même perdu dans l'émoi du monde avec les sensations, le regard, les mots des poètes, Albin soi-même n'est pas soi-même n'est pas Albin.

Originalité, répète le maître et tous les mots qu'on lui a appris et qu'il n'a pas su oublier, mensonge, usurpation, tromperie et fausses apparences, imposture, et veut moralité et deux et deux font quatre.

L'imposte en architecture est la tablette saillante posée sur le pied-droit d'une porte, ou sur un pilier de nef ; en menuiserie c'est la partie supérieure d'une baie de porte ou de fenêtre.

Le mot vient du latin imponere, « placer sur ».

Pour qu'il y ait précipitation, poursuit le maître, il faut à la vapeur d'eau des poussières ou des grains de sel sur lesquels elle se déposera.

Sur quoi se placerait-elle, son imposture, sur qui, qui pourrait-il faire passer pour un autre qui lui-même n'était rien.

Dans les mots des autres, la voix d'Albin, partout où Albin n'est pas, tiens il pleut, dit-il en quittant l'école, la poussière dans l’œil donne à ses larmes un goût de sel, Albin ruisselle et coule, un gai murmure.

Albin saison 2, éditions Louise Bottu, 2017.

Les blogueurs se souviennent qu'Albin était un blog et un un blogueur, et depuis qu'Albin est livre – la bonne surprise que ce me fut en 2013 de le voir édité aux belles éditions Louise Bottu – Albin se confond avec Albin, auteur et livre, et cette confusion aussi est belle, qui dit aussi ce que devrait être notre rapport à la littérature. Albin du coup n'est pas connu, et le citer comme je viens de le faire ci-dessus ne dit pas vraiment ce qu'il dit – mais comment, un peu ; et ce comment devrait suffire à donner envie.
(Avec une couverture signée Patrick Szymanek.)



samedi 1 septembre 2018

Nouvelles très brèves (17)


Ils se rencontrèrent, se marièrent et vécurent heureux, le temps d'avoir beaucoup de petits orphelins.




jeudi 30 août 2018

Peter Handke parle pour nous.


Vous vous attendiez à quelque chose.
Vous vous attendiez peut-être à quelque chose d'autre.
Vous vous attendiez sûrement à une belle histoire.
Vous ne vous attendiez quand même pas à une histoire !
Vous vous attendiez à une certaine ambiance.
Vous vous attendiez à découvrir un autre monde.
En tout cas, vous vous attendiez à quelque chose.
Qui sait ? vous vous êtes peut-être attendus à ceci.
Mais même en ce cas, vous vous attendiez à quelque chose.

Peter Handke, Outrage au public (éditions de l'Arche)

lundi 27 août 2018

délicieusement collant


En cette rentrée littéraire paraît le premier roman d'un jeune auteur dont le protagoniste et narrateur a vraiment le sens de l'amitié, lisez plutôt :




 Amateur compulsif des nougats qui donne au roman son titre, Paul Montès en possède les qualités – notamment celle de coller. Faites un peu connaissance avec son ami Olivier et vous serez en mesure d'apprécier ce talent à sa juste mesure. Qui n'est pas le seul car Paul Montès est en effet par ailleurs le génial initiateur de la pensée collectionniste – outre les nougats, il collectionne aussi les galets.
Ce roman délicieusement collant est signé Paul Béhergé, il s'intitule donc les Nougats et vient de paraître chez Buchet-Chastel.

jeudi 23 août 2018

mardi 21 août 2018

peut-être que non, mais peut-être que si quand même


Tiens j'ai aussi lu C'est moi, le roman de Marion Guillot paru en début d'année aux éditions de Minuit. C'est l'histoire d'un vase qui déborde discrètement. On se demande s'il va vraiment déborder, on se dit que peut-être que non, mais peut-être que si quand même, non, quand même pas, si ? Oh !
Voilà. Mince j'en ai trop dit.



lundi 20 août 2018

– Peut-être ignorez-vous, Monsieur, que dans notre pays on cultive les statues.


« Pourtant d'autres contrées sont à venir. Il y aura des pays. »
« J'étais entré dans la province des jardins statuaires. »
«  – Peut-être ignorez-vous, Monsieur, que dans notre pays on cultive les statues. »

Je ne vais quand même pas écrire un billet sur les Jardins statuaires, de Jacques Abeille, que vous connaissez forcément. Comment ? Vous n'avez encore jamais lu Jacques Abeille ? Heureux êtes-vous, qui donc allez le découvrir.



dimanche 5 août 2018

en attendant que la nuit tombe

Ces Hublots entrent en pause encore une fois, l'auteur partant en voyage (à ce propos, les Jardins statuaires, de Jacques Abeille, en cours de lecture, quelle merveille !). Le retour se fera avec la parution de Seule la nuit tombe dans ses bras, dont on peut lire les premières lignes et quelques avis sur la page de l'éditeur, ainsi qu'un bel article à son propos sur le site Liminaire de Pierre Ménard, cliquez donc, et qu'on croise déjà dans le numéro de Marie-Claire du mois d'août (ci-dessous l'édito et le dernier paragraphe d'un dossier sur « ce que le numérique a changé à nos rapports amoureux »).







samedi 4 août 2018

vendredi 3 août 2018

Passerage des décombres


Passerage des décombres est un tout petit livre d'Antonin Crenn, il ne doit faire qu'une dizaine de pages tout au plus. Il tient en équilibre comme l'arche d'un pont disparu, comme une plante sauvage des ruines, comme le souvenir d'un amour emporté par le vent. Il est très beau.



jeudi 2 août 2018

Les doubles-fonds de John Herdman


J'ai beaucoup de mal avec les romans thétiques. J'appelle « thétiques » les romans qui vous disent que les choses se sont passées comme ça. Évidemment, quand j'en écris, le plus souvent j'évite que les miens le soient. Ce n'est donc sans doute pas un hasard si je retrouve ce caractère non-thétique dans nombre de romans publiés par Quidam – notamment dans certains qui ne ressemblent pas du tout, par ailleurs, à ce que je fais ; ni ne se ressemblent entre eux non plus ; de l'Ami Butler de Jérôme Lafargue à la Femme d'un homme qui de Nick Barlay ; de Albert Angelo de B.S. Johnson à A tous les airs de Stéphane Vanderhaeghe, en passant par le Cahier d'Alberto de Monique Rivet. C'est aussi le cas de la Confession, de John Herdman, dont je termine la lecture à l'instant. On a l'impression d'y flirter avec le fantastique ; en effet le paysage y est écossais (comme l'auteur) et il y est question de magie, plutôt noire que blanche. Le récit y est l’œuvre d'un nègre ou plutôt d'un écrivain fantôme comme on dit dans cette langue-là, un ghostwriter payé pour écrire l'autobiographie d'un autre – mais cet autre est-il un autre ? ou bien cette autobiographie est-elle une autobiographie ? Les questions se posent, et se composent d'autres questions à l'intérieur d'elles-mêmes. Mais oui, sans aucun doute, tous les arguments sont là pour confirmer cela, mais aussi pour soutenir ceci, pourtant incompossible avec cela. L'indécision aussi bien sûr est la marque du fantastique nous rappelle Todorov (et Jean Berton dans sa postface), sauf qu'ici tout est vraisemblable, le possiblement monstrueux n'est pas surnaturel : on peut tout y croire.




lundi 9 juillet 2018

un autre livre


Denis Diderot, Gustave Flaubert, Henrik Ibsen, Italo Calvino, Pierre Jourde, Céline Minard, d'autres auxquels je ne pense pas, d'autres aussi que je ne connais pas, forcément, ont en commun de ne pas se ressembler. Ni entre eux, ni eux avec eux-mêmes. Une nécessité pousse à chaque fois, ou en tout cas le plus souvent, vers autre chose, une autre forme où être soi-même encore, mais différemment. Ce n'est pas à mes yeux un critère de qualité, mais ça dessine une sorte de vague famille où je me reconnais.
A la rentrée va paraître Seule la nuit tombe dans ses bras. Qu'il soit chez Quidam ne doit pas vous tromper : Quidam est l'éditeur pour lequel la différence formelle qui traverse mon travail fait sens (et je lui en sais gré, j'en ai connu avant lui aux yeux desquels publier des livres aussi disparates en apparence semblait vaguement monstrueux).
Donc à la rentrée prochaine paraîtra Seule la nuit tombe dans ses bras. Les lecteurs de Pas Liev vont être surpris. Mais aussi ceux de Monsieur Le Comte au pied de la lettre, ceux de Vie des hauts plateaux, ceux de Notes sur les noms de la nature, ceux de Mémoires des failles. Sans parler de ceux de Chroniques imaginaires de la mort vive. Mais peut-être que ceux qui les ont tous lus déjà, et les trois ou quatre non cités parce que ça va bien comme ça, peut-être que ces lecteurs-là se diront que finalement si, il fallait s'y attendre, un jour ou l'autre, à ce que je sorte un truc comme ça. Ce jour approche : ce sera le 23 août.
Il y sera question d'identité, du rapport à la réalité, de la relation des mots aux choses. Mais ça on ne le verra qu'après. Ce n'est pas du tout comme ça qu'on résumera le livre.



dimanche 8 juillet 2018

Nouvelles très brèves (15)


Le 8 juillet la famille Plotin partit en vacances à la Baule où ils prirent douze bains de mer avant de rentrer le 29 juillet à Viry-Chatillon.



vendredi 6 juillet 2018

six pieds devant




Cette joyeuseté-là sort d'une Vie et opinions parue aux éditions Le Quartanier et signée d'un certain Gottfried Gröll dont Christophe Manon a décidé d'assumer l'identité depuis que le texte est joyeusement reparu en 2017 au Dernier Télégramme.


mercredi 4 juillet 2018

Nouvelles très brèves (14)


Hier je me suis sauvé de l'école maternelle. Demain je n'irai pas à mon rendez-vous avec mon conseiller Pôle-Emploi.


mardi 3 juillet 2018

Aux moindres creux de la terre l'eau fait des vasques


Aux moindres creux de la terre l'eau fait des vasques
elle trouve sa vaisselle aux ornières des chemins
d'une feuille morte elle fait sa coupe d'argent
dans un pneu elle a sa table mise
les flaques sont son frac, sa livrée d'apparat
et si l'eau est partout son habit propre
qu'en chaque mare elle a son palais
c'est que se recueillir lui est un luxe et un bien nécessaire

Laurent Albarracin, À, éditions le Réalgar, 2017.
C'est dans la collection l'Orpiment, et illustré par Jean-Pierre Paraggio.


lundi 2 juillet 2018

dimanche 1 juillet 2018

la langue ficourche


Pierre Repp Bégayer, exister, écrire, est un essai sur Pierre Repp en Lacan du terrain, tout en étant le récit de l'écriture d'un essai sur Pierre Repp, tout en étant un livre sur Le Golvan lui-même, Le Golvan écrivant sur Pierre Repp et Le Golvan écrivant sur Le Golvan qui peut-être, on ne sait jamais avec la langue, est Pierre Repp aussi ; sans pour tout cela cesser d'être un essai sur Pierre Repp, tout simplement et très agréablement un essai sur Pierre Repp. Vous me suivez ? Je n'ai pourtant la langue ficourche. La langue n'a pas besoin de moi pour être ficourche. Elle l'est par nature. Personnellement j'en suis persuadé, et ravi de voir Pierre Repp en révélateur. Essayez donc de dire quelque chose. Allez ! Vous voyez ? Vous avez dit autre chose.
Pierre Repp Bégayer, exister, écrire, est préfacé par Dany-Robert Dufour et publié aux éditions Sipayat.