Et puis j’ai lu Martin Eden. Depuis quand n’avais-je pas ouvert un livre de Jack London ? Ça se perd dans la nuit de l’enfance. Essayant de me rappeler ce que j’avais lu, Croc-blanc et l’Appel de la forêt reviennent avec force : je les ai lus plusieurs fois. Il m’arrivait souvent, enfant, de relire le même livre en boucle. Je me rappelle aussi la Fièvre de l’or, avec Belliou « la Fumée » (c’était comme ça, non?). Et puis ses deux histoires de chiens frères : Jerry dans l’île et Michael, chien de cirque. Mais j’ai beau faire, je ne me souviens plus du tout de ce que racontent ces trois romans. J’étais en CM1 ou CM2, quand je les ai lus. Tiens, en écrivant ceci, il me revient une histoire de scorbut soigné à la pomme de terre crue ; ça vous dit quelque chose ? Je me doute que j’ai dû en lire d’autres, mais je mélange peut-être avec James-Oliver Curwood. En lisant la bibliographie de London je vois un titre, le Fils du loup, un recueil de nouvelles. Je suis sûr d’avoir lu ça aussi. Et le Loup des mers, je ne l’ai pas lu, mais j’ai vu quelques épisodes d’une adaptation pour la télévision. Vue dans l’enfance aussi, mais le souvenir est net.
Je ne vais pas vous raconter Martin Eden, que tout le monde a déjà lu. La vision de la société par le protagoniste m’a un peu dérouté ; je m’attendais à ce qu’elle soit la même que London – je m’attendais bêtement à un roman autobiographique, alors que je suis bien placé pour savoir combien les romans qui intègrent des éléments factuellement autobiographiques sont souvent encore moins autobiographiques que les autres. J’ai été frappé aussi par l’éloignement des références culturelles. Sortant de Dostoïevski, je mesure combien le Russe est culturellement proche, un quasi cousin, en regard de l’Américain. Littérairement aussi. Lisant London, je me dépayse – comme se dépaysait l’enfant qui lisait la Fièvre de l’or.

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