vendredi 12 décembre 2008

Seul à voir (envisager sérieusement la question)

Dire les choses dans l’ordre m’est vraiment un problème. Je sais qu’il faut vous les dire dans l’ordre, je sais aussi qu’il n’y a pas d’ordre.
Il y en aura un une fois les choses dites, dont certainement ni vous ni moi ne saurons quoi penser.
 
Alors je commence tout en haut d’un immeuble, au dernier étage d’un immeuble ancien comme il y en a à Paris, où peut-être nous logeons provisoirement, M et moi, où nous venons de nous précipiter en tout cas, y cherchant une sorte d’abri. Ils ne sont pourtant pas bien effrayants, ces petits mendiants qui nous poursuivent, qui sont là certainement dans la rue et nous attendent ; pour un peu, en me retournant trop brusquement je vais en voir un là, au milieu du salon vide, qui me fixera en souriant. M s’approche de la fenêtre, je la mets en garde : s’ils nous repèrent, ils seraient bien capables, par dépit, de se venger sur notre nouvelle voiture, qui est justement garée dans la rue !
 
Il me semble qu’il y a un rapport – mais vraiment il ne m’apparaît plus – qu’il y a un rapport avec ces être pâles, dont je viens d’avoir (avant ou après les petits mendiants, ne me le demandez pas : je suis sûr, presque sûr je vous l’ai dit, qu’il n’y a pas d’avant ni d’après) la révélation, même si le mot me paraît un peu fort.
Un peu fort. Pourtant, à y repenser, il y avait en eux quelque chose d’assez spectaculaire, quelque chose d’autant plus spectaculaire par sa relative banalité, du point de vue de l’imagination, une banalité à laquelle on ne m’a pas habitué. Voyez plutôt (car pour une fois je suis en mesure de faire une description assez précise). Il s’agit d’êtres de petite taille, approximativement de celle d’un enfant d’une douzaine d’années, très blancs, peut-être même légèrement translucides, à moins que ce ne soit un effet de leur peau luisante, vraiment très blancs sauf aux yeux, largement marqués de noir. Mais surtout, surtout, d’une extrême minceur, d’une extrême étroitesse plutôt, tout étirés dans le sens de la hauteur, même la tête, comme réfléchis par un miroir déformant. Une vision fantasmatique, ou fantomatique assez ordinaire, j’en ai bien conscience, sans rien y pouvoir.
Quoi qu’il en soit ces êtres existent, je viens de l’apprendre ; ou plutôt ces êtres n’existent pas tout à fait mais tout de même un peu, chez nous (on peut légitimement supposer qu’ailleurs ils existent pleinement). Ils existent au moins suffisamment pour que l’un d’eux, je l’ai compris avec quelque inquiétude, souhaite s’unir avec une femme, une vraie, que je connais. Il semble bien sûr de lui, cet être pâle, la chose paraît ne lui poser aucun problème, au point que la femme elle-même se trouve en position d’envisager sérieusement la question.

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