samedi 8 novembre 2008

parce que la visibilité est mauvaise

Enfin tout de même ne crachons pas dans l’œil gauche, encore assez standard. Le droit en revanche refuse obstinément, désormais, au-delà de quelques mètres, de distinguer l’entolome livide du tricholome de la Saint-Georges, le marasme des oréades du clitocybe du bord des routes. Danger. En revanche, ce même récalcitrant n’a pas son pareil, c’est le bien le cas de le dire, pour repérer, dans la chair délicate mais susceptible de la russule verdoyante, l’infime tête noire du vermisseau minuscule et gigotant qui vient d’y disparaître. Je crois même qu’il progresse, mon œil droit, microscopiquement parlant. Rien ne lui échappe. En position allongée, ne vous fiez pas à mon profil : je ne dors que d’un œil – de l’autre, je lis. Il faut bien que mon œil gauche de temps en temps se repose, lui qui, brave garçon, se charge de tout le reste. Effet de l’âge qui monte, de l’homme qui baisse ? De part et d’autre de mon nez – aiguille de la balance – je les sens, mes yeux, qui de plus en plus se spécialisent. Qui, fiers de leur indépendance, explorent des mondes différents. Ils n’ont plus guère de chance de se rencontrer. Je vous vois du gauche, je vous lis du droit. Auquel faire confiance ? D’autant que je me doute que, peut-être, la réciproque n’est pas fausse.
 

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