J'adore
parler mais dire quelque chose m'est vraiment difficile. Rien qu'à
l'idée de dire je me referme tel une huître muette comme une carpe
dont on aura, on le devine, le plus grand mal à tirer les vers du
nez ; ce n'est pas avec ceux-là que vous irez à la pêche aux
confidences. Je ne vous dirai rien. Je préfère vous donner comme
hier quelques débris d'un roman que vous ne lirez jamais plutôt que
de vous révéler ne serait-ce que le titre de celui qui paraîtra
début février. Tenez-le-vous pour tu.
mardi 27 septembre 2016
lundi 26 septembre 2016
dans la corbeille
Alors, sans quitter la peau de David, je me suis pris dans ses bras,
moi le petit Angus, et je me suis emmené chez elle. Elle n’habite
d’ailleurs pas si près, pour une voisine ; nous avons dû
prendre le taxi.
Ça, par exemple, ça fait partie d'un roman que vous ne lirez jamais, je crois. Ou alors juste quelques petits bouts de temps en temps, ici même, parce que ça a beau être raté, on l'aime bien quand même.
dimanche 25 septembre 2016
confidence
Croyez-le ou non : depuis Pas Liev, j'ai écrit trois romans. Trois. Et d'autres trucs en plus. Vous vous demandez sûrement comment je fais. J'ai un secret en effet : tout ce que j'écris n'est pas bon.
samedi 24 septembre 2016
J'ai des expériences à faire.
Une femme a un projet, qu'elle croit clair. Ce qui est clair, c'est qu'elle a un projet, et qu'un projet, c'est toujours autre chose que ce à quoi on finit par parvenir. Parce qu'on ne savait pas, en fait.
Ne comptez pas sur moi pour vous parler du sujet apparent.
"Quand la ligne claire a commencé de monter le pierrier à ma rencontre, je me suis levée, j'ai retrouvé la largeur naturelle de ma voie avec un sentiment de confort absolu, foudroyant, et j'ai dévalé le chemin comme ça, en volant, les pieds bien écartés.
J'y retourne demain. J'ai des expériences à faire."
Céline Minard, Le Grand Jeu, Rivages, 2016, p. 152.
Tiens, pendant que j'y suis je vous photographie la page 153.
mercredi 21 septembre 2016
lundi 19 septembre 2016
Cul
Cul :
Passage obligé. La plume
s’y plaît.
(Définition extraite du Petit dictionnaire des idées reçues sur la littérature contemporaine)
dimanche 18 septembre 2016
samedi 17 septembre 2016
lettres superflues
Il suffit d'un rien pour
ne plus reconnaître les objets les plus familiers. Que deux lettres
superflues s'y déposent et voici mon étagère étrangère.
vendredi 16 septembre 2016
stratégies
Certains se promènent flous. Mais je sais bien que c'est pour nous faire croire que nos résolutions sont mauvaises.
jeudi 15 septembre 2016
La Bonne Mare
J'aime La Bonne Mare. C'est sans doute pour ça que j'y vois parfois des histoires d'amour ; rappelez-vous, c'est tout récent.
Il y avait un bout de temps que je n'y étais pas allé, à la Bonne Mare. D'ailleurs souvent quand j'y vais je ne la retrouve pas. Il faut dire qu'il n'y a plus de sentier, pour y aller. C'est aussi bien, on y est tranquille.
A une époque, j'allais souvent la photographier. En mai 2011, elle était particulièrement gracieuse.
En cherchant un peu, on doit reconnaître les arbres, les deux qui aujourd'hui sont tombés à la rencontre l'un de l'autre, dans un instant d'inadvertance.
(On peut cliquer pour agrandir.)
mercredi 14 septembre 2016
Journaliste littéraire
Journaliste
littéraire :
Oxymore audacieux.
(Définition extraite du Petit dictionnaire des idées reçues sur la littérature contemporaine)
mardi 13 septembre 2016
dimanche 11 septembre 2016
vendredi 9 septembre 2016
A/OVER
Les éditions A/OVER
publient des livres d'artistes (je mets un s parce qu'en général il
y en a plusieurs, des artistes ; au moins deux par livre). Et
moi je viens juste de recevoir FLAMANT ROSE, de Kenny
Ozier-Lafontaine et Claire Morel ; et c'est beau. (Cliquez donc pour mieux voir.)
mercredi 7 septembre 2016
le même miel dans son souvenir
Je
viens de terminer la lecture du dernier livre de Frédéric Fiolof,
La Magie dans les villes. Non, pardon : c'est son premier
livre à lui, et c'est le dernier que moi je viens de lire. Je
pourrais essayer d'écrire un article dessus, pour vous expliquer
combien est beau son art du décalage, comme un pas de côté dans le
caniveau qui borde la réalité ; mais on pourrait me dire que
c'est parce que moi-même j'ai du goût pour le décalage, que c'est
pour ça que j'aime son livre comme il aime les miens, tiens donc, et
que finalement tout ça n'est qu'une histoire d'amour ou d'amitié,
voire de copinage. Pourtant j'avoue avoir éprouvé un instant
d'appréhension avant d'ouvrir cette Magie dans les villes,
car on peut aimer la personne sans forcément apprécier l’œuvre.
Mais tout va bien. Et puisqu'on parle d'aimer, c'est peut-être moins
l'étrangeté que l'immense tendresse qui se dégage de ce livre qui
m'a retenu, dont les pages m'ont parfois évoqué Robert Walser avant
même que le nom apparaisse dans le texte ; l'anonyme
protagoniste de La Magie dans les villes le voit comme une
sorte de compagnon, et moi je le vois un peu comme un Walser qui
aurait eu le temps de vieillir, de se marier, d'avoir des enfants.
Femme et enfants, ainsi qu'un ange et une fée quelque peu empêchés
sont les autres personnages récurrents de ce roman qui est moins un
récit qu'un portrait, fragmenté juste pour que je puisse sans lui
faire mal en extraire un morceau, sans la famille celui-là, mais non
sans la tendresse, lisez plutôt :
Il y
a longtemps, il est tombé très amoureux d’une femme qui est
tombée très amoureuse de lui. Vraiment, ils ne l’avaient pas fait
exprès. Dès qu’ils se regardaient des bancs de sardines leur
traversaient le corps à la vitesse de la lumière. Quand leurs
doigts s’effleuraient, quelque chose les plongeait la tête la
première dans un océan de neige bleue. Au moindre baiser chacun
voulait aspirer l’autre tout entier, ce qui se produisait parfois
et ils disparaissaient dans un ultime filet de salive. Il leur
fallait s’attacher les mains dans le dos et se mordre les lèvres
jusqu’au sang, seulement pour ne pas forniquer (mais ils appelaient
ça autrement) dans tous ces endroits bizarres pas prévus pour.
D’ailleurs, ils ont arrêté de prendre le bus et de dîner au
restaurant. Ils se sont cloîtrés, ils ont maigri ensemble. Ils ont
éprouvé l’incroyable brûlure de faire toujours deux plutôt
qu’un. Et puis un jour la femme est repartie dans son pays.
Parfois, les pays ça fait ça. Il est resté tout nu, allongé par
terre, à maudire le vide, le manque. S’est frappé le front contre
le plancher — il en garde encore la marque. Il s’est dit :
Ah, si l’on pouvait choisir ses brûlures ! Et il s’étonne
que l’absence comme la présence de cette femme fassent pourtant le
même miel dans son souvenir.
Frédéric
Fiolof, La Magie dans les Villes, p. 33-34, Quidam, 2016.

lundi 5 septembre 2016
libraire d'un soir
Tiens,
encore une occasion de m'entendre bafouiller. C'était le 11 décembre
dernier à la librairie Charybde, où je faisais le libraire d'un
soir. L'orateur est confus mais les livres valent le détour :
j'évoque Doucement de Gabriel Bergounioux un peu avant la
deuxième minute, à 6 minutes 45 je parle de l'Ironie du sort de
Didier da Silva, à 16 minutes 26 c'est Le Parfum du jour est
fraise de Pascale Petit, à 22 minutes 50 La Botanique
parallèle de Leo Lionni, à 31 minutes 25 les Saisons de
Maurice Pons et à 39 minutes le Château de Kafka. A 43
minutes 50 c'est Marianne Loing qui parle de Pas Liev, dont je
lis un court extrait vers 48 minutes et des poussières.
dimanche 4 septembre 2016
Littéraire
Littéraire :
Adjectif qualificatif
utile. « N’oublions pas que nous sommes dans une émission
littéraire. » (Guillaume Durand)
(Définition extraite du Petit dictionnaire des idées reçues sur la littérature contemporaine)
samedi 3 septembre 2016
Beckett écrit (3)
Suite de mes glaneries
beckettiennes,
« Un vieux rentre
affolé, sa femme vient de tomber, fracture du col du fémur. "Elle
ne tenait déjà pas debout" dit-il, "et maintenant..."
Il cherchait une voiture pour la transporter, pour ne pas avoir à
payer l'ambulance. On sentait qu'il aurait voulu l'abattre d'un coup
de fusil. »
(C'est ce qu'il voit près
de chez lui, en Seine-et-Marne.)
« Je suis très
content que vous ayez envie d'arriver rapidement à l'Innommable.
Comme je vous l'ai dit, c'est à ce dernier travail que je tiens le
plus, quoiqu'il m'ait mis dans de sales draps. J'essaie de m'en
sortir. »
(Moi aussi, c'est à ce
dernier travail que je tiens le plus, quoiqu'il m'ait mis dans de
sales draps. En plus ce n'est même pas moi qui l'ai écrit.)
« Laissez-moi vous
dire encore combien je suis touché par l'intérêt que vous portez à
mon travail et par le mal que vous vous donnez pour le défendre. »
(Bien sûr il écrit à
Lindon, son éditeur. J'en ai autant pour le mien.)
« Je pense beaucoup
à ses dernières peintures, miracles d'impuissance forcenée,
ruisselantes de beauté et de splendeurs comme un naufrage de
phosphorescences, on est littéraire décidément pour la vie, avec
d'énormes voies par où tout fuit et tout rentre, et le calme écrasé
des très grands fonds. »
(C'est à propos de Bram
Van Velde, que j'ai découvert grâce à lui.)
« Vivement
L'Innommable, c'est tout ce qui m'intéresse un peu encore. »
« Je me suis laissé
dire qu'un journaliste du Figaro Littéraire, chargé d'enquêter sur
les écrivains de Seine-et-Marne, avait découvert mon adresse malgré
toutes nos précautions et, sa conscience professionnelle l'emportant
sur toute considération de sécurité personnelle, menace de me
rendre visite. Suivez donc attentivement les faits divers dans les
semaines qui viennent, il y aura peut-être deux emmerdeurs en moins
dans l’Île de France. »
« Mon cher Maurice
Nadeau
J'ai lu avec émotion
votre article sur L'Innommable dans Les Lettres Nouvelles. Dans un
moment où mon travail ne valait plus rien. A vous lire l'envie
renaît d'essayer encore. Elle n'ira peut-être pas loin. Mais
comprenez ce que cela signifie pour moi et la mesure de ce que vous
me donnez. Le il a été devient il sera, avec moi jusqu'à la fin.
Je ne peux même plus vous remercier. Je peux seulement vous envoyer
mon affectueuse amitié.
Samuel Beckett »
vendredi 2 septembre 2016
Deux cannes dans le Fillon de François
Non :
François Fillon n'est pas un homme ennuyeux. Il tient même parfois
des discours passionnants, à tomber raide. Par exemple récemment à
Sablé-sur-Sarthe, où il a déclaré que le but de la colonisation
française était de faire partager sa culture. Si si, cliquez donc,
c'est là.
Je ne
sais pas trop de quelle culture il voulait parler. Moi, quand on me
parle de culture et de colonisation, j'ai tendance à penser à la
canne à sucre ; un truc de famille. Et d'un coup, avec ma manie
de jouer avec les lettres, Fillon, je ne peux plus m'empêcher de le
voir comme un fion avec deux belles cannes bien enfoncées au milieu.
jeudi 1 septembre 2016
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