vendredi 28 janvier 2011

la nécessité de Dino Egger ou l’amoindrissement du monde


Car l’événement que j’attendais finalement se produisit : je rencontrai Dino Egger. Ou du moins, se fit jour en mon esprit la nécessité de Dino Egger. Il fut soudain clair pour moi, évident et indubitable qu’il manquait. Confiné dans cette pure attente d’un destin que je ferais mien, j’étais mieux que quiconque disposé à ressentir ce manque qui n’expliquait pas seulement ma faillite personnelle mais celle de toute l’expérience humaine, vouée à l’échec ou à la catastrophe. Les autres hommes ne pouvaient l’éprouver si vivement, pris au piège d’une vie bornée, leurs espoirs se limitaient à la réalisation des objectifs à court terme inscrits dans la logique de ces menus gestes près du corps dont ils faisaient dépendre naïvement leur bonheur. Et pourtant, l’absence de Dino Egger béait de toutes parts. Maintenant que je m’en étais avisé, j’en distinguais partout le signe, cette bouche grande ouverte, sans lèvres ni dents d’où sortait un cri muet ou si assourdissant peut-être que notre ouïe infirme ne le percevait pas, tels ces marins au long cours qui n’entendent plus le grondement incessant de l’océan. Sans tarder davantage, je me mis en quête de Dino Egger. Plusieurs fois, je crus le tenir. J’ai relaté dans ces pages mes successives déconvenues.
 
Eric Chevillard, Dino Egger, Minuit, 2011, p. 121-122.
 
L’inexistence est un beau sujet, ce n’est pas moi qui dirai le contraire. N’est-ce pas au fond le sujet de toute littérature ? l’origine de toutes nos gesticulations ? Albert Moindre, qui s’y connaît depuis Sans l’orang-outan, et même déjà avant, rappelez-vous les Trois tentatives pour réintroduire le tigre mangeur d’hommes dans nos campagnes de Thomas Pilaster, n’a pas fini d’y disparaître.


Commentaires

(rhaaaa! vous allez trop vite!! je le commence à peine!)
Commentaire n°1 posté par Aléna le 28/01/2011 à 18h36
Et pourtant je suis en mode ralenti.
Réponse de PhA le 28/01/2011 à 18h43
Pourtant j'ai cru le voir passer sur la plage, au fond. Alors, ça n'était pas lui vous dîtes?
Commentaire n°2 posté par quotiriens le 29/01/2011 à 14h16
Mais non : c'était Albert Moindre.
(Dites donc, qu'est-ce qui se passe, chez vous ? J'ai encore essayé d'y aller ; impossible de redécoller : on se croirait sur l'île de Choir.)
Réponse de PhA le 29/01/2011 à 15h10
Je suis Ilinuk et je reviens vous libérer (enfin, je vais enlever les images trop volumineuses dans lesquelles tout le monde s'englue...). Sorry
Commentaire n°3 posté par quotiriens le 29/01/2011 à 17h17
Vous me direz, si je ne roulais sur une vieille bécane avec une roue voilée, ça ne m'arriverait pas.
Réponse de PhA le 29/01/2011 à 17h25
Ah, si toutes les Rolls Royce pouvaient fuser aussi vite que ce qui sort de ta vieille bécane...
Commentaire n°4 posté par petite racine le 29/01/2011 à 20h38
Pourtant je roule au ralenti : j'en suis presque à un billet tous les deux jours.
Réponse de PhA le 30/01/2011 à 22h54
Monsieur Le Comte souhaite faire savoir à monsieur Dino Egger qu'il ne donnera pas suite à sa demande d'audience. "Nous n'avons pas gardé les cochons ensemble." a-t-il ajouté. 
Commentaire n°5 posté par Depluloin le 30/01/2011 à 19h05
Depuis que Monsieur Le Comte a croisé son siamois, la conscience de sa probable propre inexistence lui donne pourtant de bons espoirs de rencontrer Dino Egger. (Mince ! ce sera encore Albert Moindre.)
Réponse de PhA le 30/01/2011 à 22h58
 

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