lundi 18 mai 2009

la vie, détails dans le décor

Au fond, la vie est ce qui nous intéresse. On ne parle guère que de ça. Le travail lui donne une forme : rectangulaire, et même une épaisseur : celle infime de la page. Cette réduction de la vie réduite au CV, c’était le sujet du précédent livre de Thierry Beinstingel au titre oxymorique, CV roman. Avec Bestiaire domestique, le fond du sujet reste le même – la vie – de quoi parler d’autre ? – c’est l’angle d’approche qui diffère. Car la vie est aussi dans le décor, un décor toujours façonné par l’homme, celui de la ferme de l’enfance (lapins) – enfance éphémère (vaches, poules) ; un décor humain où plus tard à l’occasion surgit la vie encore qui souvent échappe à l’attention de l’homme : chevreuils aux abords des champs, sanglier sur la route du VRP, pigeons nouveaux venus avec la grande entreprise qui s’érige en voisine imposante, pigeons toujours aux fenêtres de la même où maintenant l’on travaille, pigeons encore sur les toits de ses bâtiments désaffectés, en attente d’un rachat – la vie du travail aussi est une vie éphémère. Et c’est donc bien une vie qui se dessine : enfance, adolescence amoureuse, baccalauréat qu’on rate ou pas, entrée dans la vie active, enfance d’une nouvelle génération avec forcément les poissons rouges, les chats qui se succèdent. La vie d’un « on » qui n’est pas celui de la connivence, mais plutôt celui d’une singularité discrète, comme effacée au profit du décor quotidien que trop souvent on néglige de voir, une singularité qui avec le temps s’affirme parfois d’un « je » fugitif. La même chose encore que dans le livre précédent, seul que j’ai lu – mais à en croire les Feuilles de route de l’auteur c’est vrai aussi des précédents, avec un auteur qui s’est comme déplacé par rapport à son objet, histoire d’en montrer d’autres faces, lesquelles en effet échapperaient trop facilement à un regard distrait.
 
Bestiaire domestique, de Thierry Beinstingel, est paru chez Fayard en 2009.


Commentaires

je n'avais pas repéré sa sortie, les feuilles de route m'en donnaient une envie un peu intriguée
Commentaire n°1 posté par brigetoun le 18/05/2009 à 07h32
C'est un livre à la beauté discrète.
Commentaire n°2 posté par PhA le 18/05/2009 à 08h04
Du même, je sors de "Retour aux mots sauvages "(Fayard mai 2010) qui, outre l'actualité encore brûlante du sujet, révèle la piste pour s'en exiler : résister avec les mots.
Très beau livre d'un auteur qui est aussi une belle personne.
Commentaire n°3 posté par Francesca le 29/10/2010 à 10h57
Je viens juste de l'acheter - avant-hier - mais n'ai pas encore eu le temps de m'y plonger. C'est un beau succès qui fait plaisir.
Réponse de PhA le 29/10/2010 à 11h04
 

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