mardi 3 février 2026

Nous tentons d’apprendre les lettres tant que nous sommes en bas.

Ce serait quand même dommage de ne pas dire un mot de Plak, de Charlène Dinhut. Comme diaporama.zip, de Jessica Quiry, il vient de paraître dans la collection Prose libre des éditions Quartett. Je croule un peu trop sous les corrections diverses en ce moment pour prendre le temps de dire quelque chose d’intelligent, alors je vais lui laisser la parole – sachez quand même qu’il s’agit de l’évocation d’une communauté de femmes qui vit dans les souterrains, sans que vous le sachiez, et sans non plus qu’elles sachent vraiment ce qui se passe au-dessus.

Voilà, j’ai ouvert le livre au hasard. Quel talent il a le hasard, lisez plutôt :


Lors d’une veillée gagnées sur le sommeil Caille explique à Lampe que Belle-sœur est spéciale. Elle a été en haut, elle est revenue. Certaines du Grand dessous ne se font jamais à la vie d’en haut, dorment dans des voitures sans savoir qu’en bas il y a les leurs. Belle-sœur s’est habituée mais n’a pas oublié les souterrains. La mémoire de la vie d’avant est restée. Une erreur dans l’ordre des choses. Belle-sœur a voulu revenir. Mais pourquoi, si en haut il y a le bleu la pluie le vent ? Caille ne peut pas répondre. Lampe pense qu’encore une fois elle affabule – elle aime affabuler comme elle se plaît à nager dans le grand bassin.

Une fois Caille trouve une raison au retour de Belle-sœur : elle n’a pas su lire la langue. Elle s’est trouvée très seule. Alors elle a dû braver l’ordre des choses – revenir. Nous tentons à présent d’apprendre les lettres tant que nous sommes en bas.


Charlène Dinhut, Plak, éditions Quartett, 2026, p. 50




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