dimanche 6 décembre 2015

Pas Liev en 1996



C’est Isabelle Rüf à présent, dans le quotidien suisse le Temps, qui vient confirmer mes ambitions d’écrivain le mieux lu de France, lisez plutôt (lisez « précepteur », aussi ; une coquille s’est glissée dans le titre). Ça me rappelle des souvenirs, car elle est l’un des rares chroniqueurs littéraires à suivre mon travail depuis mes débuts, à l’époque ou Rien s’appelait encore Une affaire de regard. Par association d’idées, ça m’a rappelé que Pas Liev avait eu autrefois quelque chose comme l’ébauche d’une existence, longtemps avant que je me lance vraiment dans son écriture.
J’ai tenu, bien avant l’existence de ces Hublots, un vieux carnet, tombé en désuétude à cause de la concurrence du blog. C’est dommage : ce n’était pas la même chose. J’ai cherché dedans, j’étais à peu près sûr d’y retrouver l’ébauche de ce proto-pas-Liev, mais je n’aurais jamais imaginé qu’il me faille remonter jusqu’au

« Vendredi 12 janvier 1996

Pourquoi ne pas écrire une pièce de théâtre autour d’un personnage qui se croirait engagé comme précepteur dans une famille riche, mais que l’absence de l’enfant ou des enfants obligerait à assumer la fonction en principe temporaire de sous-intendant. Il pourrait y avoir, comme personnages, les parents, un fils presque adulte et apparemment amical, une fille qui lui ferait des avances qu’il repousserait ou feindrait de ne pas comprendre par crainte – elle pourrait d’ailleurs être fiancée à un propriétaire du coin passionné pour la chasse –, un intendant, son chef, qui réclamerait le titre de gestionnaire, une servante en bas de l’échelle qu’il séduirait, d’autres domestiques, des invités à une partie de campagne… »


Voilà. Tout y est ; sauf l’essentiel, bien sûr. Et quelques variantes aussi. Et c’était un projet de théâtre. Ecrivain de l’intérieur (et aussi comédien amateur, à l’époque), il est probable que la forme théâtrale m’intéressait parce qu’elle permet naturellement de rendre opaques les personnages ; je pense à Pinter, par exemple. Dans le roman c’est moins courant. Maintenant que j’y pense, je me rappelle avoir aussi pensé à Handke, celui du Gardien de but au moment du penalty ou de la Femme gauchère, au moment où je me suis vraiment lancé dans ce qui allait devenir Pas Liev. Tiens, d’ailleurs il faudra que je vous montre aussi ce qui allait devenir Pas Liev mais qui n’est pas Pas Liev ; c’est intéressant aussi, enfin, je trouve.
Non là, ce qui me frappe, c’est cette date : 12 janvier 1996, en bas de la page de droite du vieux petit carnet vert à petits carreaux. Surtout que sur la page de gauche, à la date du dimanche 17 septembre 1995, à peine quelques mois plus tôt, j’ai écrit ceci :
« Notes pour un projet de roman qui pourrait s’intituler Hors, au sens de l’expulsion, la naissance, l’exposition au monde, vs la recherche de l’intériorité, de l’auto-confort, enfin la pénétration sexuelle par l’acceptation de l’existence du reste, la fin du solipsisme. Thèmes épisodes : errance nocturne un 1er janvier dans un lieu non identifié, visite d’un personnage féminin A, rêve sexuel ensuite… »
Ceux qui l’ont lu auront reconnu le début de Rien (qu’une affaire de regard) – mon premier roman, quoi.


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