samedi 19 avril 2025

Souvenirs de mon père, 36 (Paris, 1941)

Avec ta mère et ta sœur, vous viviez des allocations pour les sinistrés. Heureusement que vous avez été sinistrés ! A Amiens, vos derniers biens étaient sur le point d’être saisis au moment de l’invasion allemande. Toutes vos dettes se sont trouvées annulées. En fait, ce sont les bombardements allemands qui vous ont sortis de la misère où vous vous étiez retrouvés brutalement avant la guerre.

Je rajoute ici qu’à cette époque, ta sœur et toi étiez adolescents, et que la pensée qu’elle pourrait travailler n’a jamais traversé l’esprit de ma grand-mère. Elle était d’un milieu où ça ne se faisait pas. D’ailleurs son frère n’a jamais vraiment travaillé non plus. Il y a des milieux comme ça, encore aujourd'hui, où ça ne se fait pas, de travailler.

Peu de temps après, tu as quitté ce centre de jeunesse ouvertement germanophile ; tu en as recherché un autre. Tu es arrivé dans un autre centre où l’on apprenait quand même un peu mieux l’électricité. Là, bien sûr, vous défiliez beaucoup aussi, comme dans le premier, mais vous faisiez surtout du sport. C’était Boulevard de l’Amiral Bruix (tu y allais en vélo depuis Gambetta), il y avait un stade non loin. Vous faisiez vraiment énormément de sport. C’est là que tu as appris à nager ; c’est là aussi que tu t’es rendu compte que tu étais doué pour le saut et pour la course. Tu as été nommé « chef de vague ». (Tu étais chef de vague juste en gymnastique, en sport ; tu n’as jamais accepté de devenir chef d’équipe, ni même second ; ta première expérience t’avait suffi.) Tu as suivi un entraînement sportif que tu n’as pas regretté, tu avais du goût pour ça. Le moniteur de gymnastique était un champion italien qui s’était mis dans la tête que tous ses élèves, sans exception, devaient être capables de faire le saut périlleux arrière et avant sans élan ; il y a réussi (les quelques-uns qui apparemment ne réussissaient pas ont disparu du groupe).

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