La réforme de l'orthographe, vieux marronnier des cours d'école, est le nouveau sujet à la mode. Allons-y donc.
L'orthographe française présente des aberrations. L'autre jour, Ulysse brandissant devant mes élèves de sixième son épée aiguë, j'avais bien du mal à défendre le tréma sur un e qui n'est jamais que la marque du féminin. Personnellement je trouve qu'il irait mieux au u, je le reconnais volontiers.
Par ailleurs, l'orthographe est un facteur de discrimination sociale. C'est vrai. Il faut réformer ça. On va donc autoriser de nouvelles orthographes, sans bien sûr interdire les anciennes, heureusement. Il y a encore des élèves qui écrivent événement, je me vois mal les pénaliser. On va donc organiser la coexistence de deux orthographes. Une sorte de vivre-ensemble orthographique, quoi. Il y aura l'orthographe des lettrés anciens, et l'orthographe des plus ou moins lettrés modernes. On aura soin de choisir soigneusement entre le nénuphar et le nénufar selon la personne à qui on l'offre. Le choix même de l'orthographe d'un mot aura désormais un sens. Qui sait, peut-être même un sens politique. Il faudra enseigner tout ça aux jeunes générations. C'est sûr que ça va nous simplifier le travail.