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vendredi 17 mars 2023

La disparition du mammouth

Pourquoi nous avons préféré prendre cette route – ce chemin de terre, plutôt – je ne m’en souviens plus ; mais je crois que cela avait rapport avec l’agrément. C’était joli, par-là, et il faisait beau.

Quand on conduit, on doit regarder devant soi, c’est pour ça que quand j’ai vu ce mammouth à gauche, du coin de l’œil, je n’étais pas absolument sûr. Je n’étais pas absolument sûr mais presque, et évidemment assez excité à cette idée. Heureusement le chemin tournait à gauche, et c’est par là que j’avais vu le mammouth, gigantesque, avec ses grandes et belles défenses.

Mais je ne l’ai pas vu tout de suite, alors que des yeux je ne cherchais que lui, jusqu’à ce que je le voie enfin.

On ne voit pas vraiment ce qu’on voit. Je ne sais si vous voyez ce que je veux dire.

Ce que j’ai vu n’était plus, à proprement parler, un mammouth. Je ne dis pas que ça n’avait jamais été un mammouth : juste que ça n’en était plus un. C’est juste le pied, me suis-je dit, d’un mammouth (alors que tout à l’heure dans l’autre sens j’avais bien aperçu ses deux défenses). Ce n’était plus que le pied, mais alors un pied énorme, un énorme pied. Il avait la taille, et même la forme, du tronc d’un très gros arbre. C’était un très gros arbre, un très gros pin, ou plutôt, maintenant que j’y repense, un très gros sequoia, un énorme tronc de sequoia roux, debout, bien planté, bien enraciné dans la terre ; mais quand j’ai levé les yeux pour voir les frondaisons de l’arbre, celles-ci manquaient, arrachées. Il ne ne restait que l’énorme tronc roux, au milieu de la route.

On ne pouvait pas passer. C’était énorme. C’était énorme et roux, au milieu de la route, vertical mais pas tout à fait, un peu penché quand même ; ça pourrait tomber, un jour, pas aujourd’hui mais un jour. C’était énorme et roux, au milieu de la route, vertical mais pas tout à fait, un peu penché quand même ; ça pourrait tomber, un jour, pas aujourd’hui mais un jour, puisque très certainement c’était tombé déjà, de là-haut, à droite de la route, du haut de ces magnifiques rochers roux.

C’est un site d’escalade réputé. Heureusement que personne n’était là au moment où ce monolithe est tombé. Car comment appeler autrement cet énorme rocher roux, tombé verticalement en plein milieu de la route au point de s’y tenir planté, un peu penché quand même, un peu oblique ?

C’est fascinant, tout de même, cet énorme monolithe vertical, presque vertical, dont la rousseur tranche sur le bleu du ciel.

On comprend que le site ait du succès. Mais comment passer ? Victor pourra peut-être nous aider. Tout le monde aime bien Victor, même si les bonbons qu’il a laissés traîner ont tendance à rester sur l’estomac, nous dit une de ses collègues. Ils doivent être guides d’escalade, ou quelque chose comme ça. Victor n’est pas là mais on continue à le charrier gentiment sur ses bonbons indigestes.

On est presque arrivés, de toute façon ; c’est à pied sans doute qu’on a gagné les lieux ; c’était si court que je ne m’en souviens plus. C’est un endroit agréable : les quelques personnes rassemblées là sont chaleureuses, et ces petites constructions basses entourant une grande place ronde ne manquent pas de charme.

Je constate qu’ils ont ouvert la route, de l’autre côté. On me le confirme, c’est bien sûr pour que les voitures puissent repartir par-là, puisque l’autre route est bloquée par le monolithe. D’ailleurs c’est par là que nous allons repartir nous aussi. C’est ce que nous nous disons avant que je me fasse la remarque que non : ça n’est ni possible ni nécessaire, puisque notre voiture est arrêtée avant le monolithe. Il nous suffira de faire demi-tour.

lundi 27 février 2023

Mon fils est épatant.

Mon fils est épatant. Il trouve des astuces pour tout. Il y avait un nid d’insectes qui infestaient la haie. Il a placé à l’intérieur de la haie un dispositif de son invention. Nous le voyions faire à distance. Je n’ai d’ailleurs pas tout de suite compris ce qu’il faisait. Ce que j’ai d’abord vu, c’est un cylindre de lumière diminuée, parfaitement vertical et rectiligne, d’un diamètre d’une quinzaine de centimètres tout au plus, qui s’élevait depuis la haie jusque vers le ciel. Ce n’est qu’en m’approchant que j’ai pu constater que c’était un nuage de minuscules insectes chassés de la haie et empêchés par quelque force mystérieuse de sortir de cet immatériel cylindre.

mercredi 11 mars 2009

Seul à voir (partisans de la fraude)

Ce retour de Belgique doit se faire par le train. Une divergence cependant nous sépare : alors que les deux autres veulent faire les choses dans les règles et disparaissent, mon ami F et moi restons partisans de la fraude.
Celle-ci prend la forme d’une descente dans les profondeurs d’une manière de métro désaffecté, lors de laquelle nous ne sommes plus que deux, suivie d’un chaotique et périlleux parcours parmi tout un entrelacs de voies ferrées. Là il faut vraiment faire attention, attention aux trains qui surviennent de partout au dernier moment, et c’est un problème pour moi, encombré que je suis de ma valise, ou peut-être plutôt de mon cartable.
Sans doute d’ailleurs a-t-il été emporté, mon cartable, lors d’un impact inévitable ; puisqu’à l’arrivée, devant nos deux anciens compagnons parvenus sans encombre à bon port, je n’ai plus dans les mains qu’une sorte de noir et dérisoire accordéon, entièrement vidé de son contenu (c’est ainsi que j’ai perdu mon portefeuille), et que M tente de me rassurer, de minimiser la gravité du dommage.


 

Commentaires

qu'est ce qu'un cartable ? un bouclier, un leurre ?
Commentaire n°1 posté par brigetoun le 11/03/2009 à 09h12
Justement, je me suis posé la question. C'est là sans doute que se trouvait le portefeuille, et les papiers avec mon nom dessus ; mais aussi... (oui, un bouclier dérisoire, sûrement aussi).
Commentaire n°2 posté par PhA le 11/03/2009 à 13h21

vendredi 6 mars 2009

Seul à voir (à quoi ma mort est préférable)

A quoi ma mort est-elle préférable, je l’ignore. Ainsi cependant a-t-elle dû apparaître, préférable, puisque je m’y suis résigné. Cela d’abord n’a été qu’une simple idée, une proposition ; peut-être la source en a-t-elle été en moi-même, peut-être pas : on a aussi pu m’en faire la suggestion – une jeune voix féminine, bienveillante, de longtemps familière. C’est elle bien sûr qui se charge de l’exécution. Dans son attente déjà je suis allongé, entre les corps des miens qui ne sont plus. L’arme est un pistolet, banal et classique : une arme à faire des trous. La cible précise sera cet espace entre les deux yeux, où le crâne aminci par les orbites joue la cathédrale. Fracasser cette manière de colonne devrait être un plaisir. A moins que l’arme insensiblement dévie vers l’œil lui-même, tellement prédisposé.
Quoi qu’il en soit le coup a dû partir, pendant toutes ces supputations : j’entends la voix bénigne qui ne me parle plus, qui s’adresse à d’autres, qui commente ma face. « C’est noir », a-t-elle dit un peu surprise, et je m’étonne de l’entendre encore puisque je suis mort ; mais cela ne dure pas, en effet sans aucun doute je suis mort, ce trou dans ma face est bien celui dans lequel je glisse, happé par la violence de l’inertie, déjà disparu.
 
 
 
(Il paraît que ce n’est pas si grave, que ce n’est pas sans remède ; il paraît que mes données – comme celles de chacun – sont enregistrées sur de petits supports magnétiques, ou numériques, comme vous voudrez ; de tout petits supports qui nous contiennent tout entiers. C’est revivre même qui me fait redire les propos de la bonne dame : on est vraiment peu de chose.)


Commentaires

Ah ! Cette peur d'être Liquide(r)...
Commentaire n°1 posté par Christophe Borhen le 06/03/2009 à 18h02
Même pas peur !
Commentaire n°2 posté par PhA le 06/03/2009 à 18h05
C'est ton amie la rose qui te l'a dit ce matin ? :o)
Commentaire n°3 posté par Loïs de Murphy le 06/03/2009 à 21h01
C'était comme une douce voix dans le creux de mon oreille.
Commentaire n°4 posté par PhA le 06/03/2009 à 21h04
I would prefer not to
Commentaire n°5 posté par ms le 06/03/2009 à 21h46
just an idea
Commentaire n°6 posté par PhA le 06/03/2009 à 21h58
Très étrange: j'ai fait un rêve qui ressemble beaucoup à ce récit (conclusion comprise) lorsque j'étais dans le coma, il y a huit ans. Mais aujourd'hui je ne pense plus tant que mourir soit ceci ou cela (c'est vrai qu'on peut disposer d'un corps de rechange ou de «données») mais que vivre n'est vraiment pas grave (au contraire de ce que nos psychodrames voudraient nous faire croire)
Commentaire n°7 posté par jc le 07/03/2009 à 11h42
Comme vous (mais sans coma !) c'est une leçon que je reçois des ombres, et dont je ressors tranquille.
Commentaire n°8 posté par PhA le 07/03/2009 à 12h19
si peu et tant à la fois...
Commentaire n°9 posté par pascale le 07/03/2009 à 13h04
"vivre n'est vraiment pas grave", raison de plus pour en profiter!
Je n'ai pas peur de la mort mais de l'agonie, lente et douloureuse, car on a beau dire, on a beau pondre des lois, des services d'accueil, la réalité est terrifiante.
Commentaire n°10 posté par Pascale le 07/03/2009 à 19h37
Bien d'accord pour en profiter, Pascale(s) !
Commentaire n°11 posté par PhA le 07/03/2009 à 20h59
"Si je me mets à réfléchir, je vais rater mon décès." Beckett
Commentaire n°12 posté par Pascale le 08/03/2009 à 15h52
C'est tiré d'où ? (je devrais reconnaître, mais je sèche)
Commentaire n°13 posté par PhA le 08/03/2009 à 15h56
Comment, toi qui connais Beckett sur le bout des doigts, tu sèches ;-)?
J'étais en train de picorer dans "Les jongleurs de mots" de Patrice Delbourg quand je suis tombée sur cette citation (p. 404) dont il ne situe pas l'origine dans l'oeuvre de Beckett. En la déposant ici, j'espérais que, du tac au tac, tu allais me le dire !
Commentaire n°14 posté par Pascale le 08/03/2009 à 16h23
Je suis d'autant plus impardonnable que c'est évidemment à la page 13 de Malone meurt ! (j'ai triché, j'ai fait marcher Google). Du coup, j'ai ressorti mon vieil exemplaire dans lequel j'avais laissé, comme marque-page, une autorisation de sortie de territoire pour mineur, à mon nom - la première lecture ne date pas d'hier !
La citation exacte est: "Si je me remets à vouloir réfléchir je vais rater mon décès." (sans virgule) ; c'est sûrement pour ça que je ne l'ai pas reconnue !
Commentaire n°15 posté par PhA le 08/03/2009 à 17h40
A ton nom ?... ;-)
Je m'envole sauvée, à bientôt!
Commentaire n°16 posté par Pascale le 08/03/2009 à 18h41
je trouve ça pas mal de trouver une autorisation de sortie de territoire dans un livre de Beckett
(autrement j'ai cru que j'étais dans la chambre des officiers)
Commentaire n°17 posté par pascale le 09/03/2009 à 09h29
Tiens, Pascale !
Oui, c'est depuis ce temps-là peut-être que je me sens autorisé à visiter des territoires ignorés.
Commentaire n°18 posté par PhA le 09/03/2009 à 10h00
 

lundi 2 mars 2009

Seul à voir (suspendus à une corde)

La mer est là devant nous qui attendons sur le quai, bien sagement, conformément aux instructions reçues. Un peu inquiets tout de même : nous ne savons pas trop comment il va se passer, ce retour ; nous ne savons pas trop si ce sera un retour, ni quand, ni par où. Mais nous attendons sagement, presque en rang, deux par deux ; nous préférons faire confiance. Cela vient aussi du fait que nous ne nous connaissons pas vraiment, que nous ne sommes pas en mesure de pleinement communiquer.
Il semble que cela aura lieu par la voie des airs, dans la nuit ; peut-être nous élèvera-t-on, suspendus à une corde, au-dessus de l’eau, à quelque distance du quai, on ne peut pas vraiment savoir. Peut-être même y aura-t-il une escale en Ecosse (cela constituerait pourtant un détour important, incontestablement), en effet il en est question, on en parle ; il n’y a rien de sûr cependant.
 
Rien non plus ne permet d’affirmer le retour de ma certitude, quand effectivement je serai rentré. Notre logement aussi sera peut-être un problème : sa localisation, dans cet immeuble crème, propre mais un peu triste, comme toutes ces constructions des années soixante, directement sur le trottoir, et surtout, surtout – sans bien sûr que je puisse vous dire pourquoi – surtout son interphone. Peut-être est-ce pour cela que nous attendons, M et moi, dans ce salon de thé, plutôt inconfortablement installés. Peut-être est-ce pour cela.




Commentaires

Dans le doute, autant qu'il aille d'abord en Ecosse !
Commentaire n°1 posté par Loïs de Murphy le 02/03/2009 à 09h58
le plaisir inconfortable d'être à coté, et de n'avoir d'autre pouvoir que d'accepter, tête haute
Commentaire n°2 posté par brigetoun le 02/03/2009 à 10h37
Coïncidente troublante : la copropriété en a installé un hier, à ma porte, d'interphone (véridique). Il n'a pas encore sonné. Si j'y entends une voix au fort accent écossais, comment suis-je censé réagir ?
Commentaire n°3 posté par Didier da le 02/03/2009 à 11h48
Si la voix dans l'interphone a un fort accent écossais - alors il est probable que la porte de l'immeuble est en Ecosse.
Commentaire n°4 posté par PhA le 02/03/2009 à 12h46
Seulement la porte ?
Commentaire n°5 posté par Didier da le 02/03/2009 à 13h01
Bien sûr : seulement la porte. A cet instant tu peux si tu le souhaites tenter le voyage touristique, mais attention : c'est un instant fugace.
Commentaire n°6 posté par PhA le 02/03/2009 à 13h13
 

jeudi 26 février 2009

Seul à voir (une gazinière à l'étranger)

Acheter une gazinière à l’étranger, non, tout bien réfléchi je ne pense pas que ce soit vraiment une bonne idée. J’essaie d’ailleurs de le lui faire discrètement comprendre, à M : le transport, la garantie seront certainement un problème. Par ailleurs le vendeur, peu officiel, un petit français rondouillard et dégarni exilé en Angleterre, et son local, visiblement improvisé, ne m’inspirent aucune confiance.
Cependant le prix, il faut bien le reconnaître, est vraiment attractif, surtout pour une gazinière de cette qualité, un modèle véritablement haut de gamme ; il est certain que nous aurons du mal à retrouver l’équivalent. D’ailleurs celle-ci, parfaitement neuve, a appartenu à Jacques Chirac en personne ; c’est une garantie qui devrait nous suffire.





Commentaires

je savoure d'autant plus que me sens parfois un rien paumée ce qui est tout de même mon état normal
Commentaire n°1 posté par brigetoun le 26/02/2009 à 12h35
"Paumée" pour moi est bon signe, ici comme dans la vie !
Commentaire n°2 posté par PhA le 26/02/2009 à 12h41
Pour parodier une question célèbre : would you buy a used cooker from this man ?!
Commentaire n°3 posté par pascale le 26/02/2009 à 14h53
Should I not ?
Commentaire n°4 posté par PhA le 26/02/2009 à 19h55
Tu doutes encore... c'est tout toi !
Commentaire n°5 posté par pascale le 26/02/2009 à 22h12
 

lundi 23 février 2009

Seul à voir (les pieds de l'homme)

Pénétrant dans une petite pièce, une pièce très étroite surtout, toute en longueur, je découvre soudain mes collègues, une bonne partie de mes collègues réunis là, autour de tables mises bout à bout qui ne suffisent pas – la place manque –, en pleine activité, l’air soucieux.
Ils dessinent. (Moi aussi, je dessine.)
C’est en de telles occasions inhabituelles que l’on découvre chez de quotidiennes relations des talents jusque là insoupçonnés. Elle, par exemple dessine vraiment très bien. Je ne m’en serais jamais douté, peut-être à cause de son air perpétuellement maussade et de son absence de coquetterie. Pourtant, faute de place, elle est obligée de prendre appui sur un carton qu’elle tient de l’autre bras, debout, le front presque contre le mur. Et quand je jette un coup d’œil par-dessus son épaule, je suis vraiment impressionné. Ce qu’elle fait me paraît vraiment plein, je ne trouve pas d’autres mots pour mieux dire. Mon propre dessin, qui pourtant n’est pas si mal, me paraît bien piètre, en comparaison. C’est important, savez-vous, de pouvoir comparer. S’il n’y avait pas son dessin, j’aurais vraiment du mal à imaginer que l’on puisse faire quelque chose de mieux que ce que j’ai produit. C’est probablement que moi, je ne peux pas faire mieux.
J’ai dessiné deux corps enlacés. Aussi enlacés que possible, comme sculptés au départ dans le même cylindre de bois. Le résultat est quand même plutôt convaincant, malgré elle. J’aime voir apparaître les mains et les pieds de mes personnages, surtout là où on ne les attendrait pas, dans l’enchevêtrement des membres, sans pour autant faire d’entorse à l’anatomie. Mais je n’ai pas réussi à faire apparaître les pieds de l’homme.

jeudi 19 février 2009

Seul à voir (la tête soudain tournée vers moi)

Est-ce un lapin, cette forme claire à la fourrure soyeuse étendue sur le gazon du jardin, près du mur de la maison ? Dites-le moi : est-ce un lapin (longues oreilles, race domestique) ou bien un chat ? Est-il mort ? N’est-il pas en train de s’éveiller, la tête soudain tournée vers moi ?




Commentaires

Un bon moyen pour être fixé : marcher sur la queue.
Le lapin bondit, le chat feule, le nain de jardin ne réagit pas.
Commentaire n°1 posté par François Matton le 19/02/2009 à 14h38
(en même temps, des nains de jardin qui laissent traîner leur queue, c'est peu commun)

Bravo, j'ai eu très peur (j'adore ça).
Commentaire n°2 posté par Didier da le 19/02/2009 à 19h07
(c'est sûr qu'habituellement ils la rangent dans leur brouette sous un peu de terre — ce qui ne trompe pas les amateurs)
Commentaire n°3 posté par François Matton le 19/02/2009 à 19h38
(c'est sûr qu'habituellement ils la rangent dans leur brouette sous un peu de terre — ce qui ne trompe pas les amateurs)
Commentaire n°4 posté par François Matton le 19/02/2009 à 19h39
Oui, mais s'il est mort ? - car là encore je doute...

(Les nains de jardin ne laissent pas traîner leur queue, Didier - sauf le schtroumpf paresseux.)

François, décidément, tu aimes les messages secrets et les caresses de souris...
Commentaire n°5 posté par PhA le 19/02/2009 à 19h49
S'il est mort ? Il faut en être sûr ; ça peut être un chat vampire ou un lapin zombi. Se méfier.
Commentaire n°6 posté par Didier da le 19/02/2009 à 20h30

lundi 16 février 2009

Seul à voir (pas question de choisir)

Ce n’est pas facile d’honorer en même temps deux invitations différentes : comment ai-je pu me mettre dans une telle situation ? Je n’en ai aucune idée, je ne parviens pas à m’en souvenir, je ne saurais dire laquelle fut la première.
Maintenant me voici bien obligé de ne décevoir personne. On compte sur moi des deux côtés : il y a en effet bien longtemps que je ne les ai vues, toutes ces personnes.
J’ai encore de la chance, dans mon malheur ; je dois bien le reconnaître : par un heureux hasard, les deux réceptions ont lieu non loin l’une de l’autre, de chaque côté du pont, en contrebas, en plein air, juste au bord du fleuve. Je suis encore sur le pont, sur le point d’arriver. Il suffit que je tourne à droite pour me retrouver dans la famille de ma mère. Si je tourne à gauche, je serai l’hôte tant attendu de mon vieil ami d’enfance, mon vieil homonyme, qui a tellement insisté.
Il ne peut pas être question pour moi de choisir : je dois me résigner à faire la navette entre les deux, à courir de l’une à l’autre, malgré les voitures, sans vraiment pouvoir parler à personne, sans donner d’explications. Tous ces gens, dites-vous, seront un peu désappointés par mon comportement étrange, par mon singulier manque de disponibilité. C’est mieux cependant que de leur faire entièrement défaut.
Me voici donc contraint de réduire ma condition à ces incessants allers-retours, qui semblent-ils débordent parfois un peu jusque de l’autre côté du pont, de l’autre côté du fleuve, dans la ville où j’ai grandi et que toujours je ne reconnais plus, malgré mes multiples traversées à pieds, à bicyclette, en car, toutes ces traversées certes un peu pénibles mais que j’accomplis malgré tout, avec même peut-être un soupçon de complaisance.

lundi 9 février 2009

Seul à voir (le nom de ma destination)

Suis-je un autre ? peut-être pas, me direz-vous ; ou sinon, en un autre temps ; en tout cas, en un autre lieu.
C’est en Angleterre – encore. La ville, mon ami F m’en a dit le nom, je l’ai oublié, il a dû me le redire quand je le lui ai redemandé (« C’est comment, au fait, ici ?… »), il a dû me le redire mais je l’ai encore oublié. Un nom composé, pas très long quand même ; un nom anglais. Pas vraiment difficile à retenir.
Dans cette ville il y une rue qui tourne un peu, une rue de ville bordée de hautes maisons ou de petits immeubles. Il n’y fait pas très clair, c’est pour ça qu’elle est déserte. Sur un trottoir il y a l’hôtel, sur l’autre – pas tout à fait en face, un peu sur la gauche en traversant – il y a la boutique du marchand de sandwichs.
En théorie, je sais que nous ne sommes pas très loin d’Oxford, un peu au nord. Ça n’a pas beaucoup de signification, peut-être même n’aurais-je pas dû vous le faire savoir.
« Nous », car, à l’origine tout au moins, je n’étais pas seul. Il y avait des amis avec moi, des compagnons de voyage.
Ils ne sont plus là. Peut-être doivent-ils revenir. Nous devons nous retrouver quelque part, en tout cas ; c’est prévu. Il n’y a plus que moi à l’hôtel.
Une fois nous avons été deux, à vouloir rentrer dans l’hôtel. Ça posait un problème, un problème de compréhension, parce que le rez-de-chaussée n’était pas vraiment un rez-de-chaussée ; c’était juste un vaste hall, qui sentait le désaffecté. En plein milieu il y avait la cage d’ascenseur, et l’escalier aussi, mais ce n’était pas simple de les utiliser.
La chambre est un peu plus qu’une simple chambre. J’ai envie de l’appeler une « location », car il y a une cuisine séparée. L’ensemble évoque plutôt un petit appartement, d’ailleurs assez encombré, assez mal tenu. Dans la cuisine (qui se trouve à l’autre extrémité de l’appartement, par rapport à l’entrée principale), il y a une autre porte, une issue secondaire, fermée d’une serrure rudimentaire, qui n’inspire pas confiance : ce serait facile à une personne mal intentionnée de passer par là, elle aurait alors un accès direct à tout l’intérieur.
Les robustes verrous de l’entrée principale sont du coup bien dérisoires.
Cependant il faut bien passer le temps, en attendant ; il faut bien manger aussi. Heureusement il y a le marchand de sandwichs sur le trottoir d’en face. C’est dans sa boutique finalement que je passe le plus clair de mon temps, en attendant. C’est devenu presque un ami. Ce n’est pas un Anglais d’origine, ça se voit à son teint basané, à sa barbe noire naissante ; et puis il a un accent, aussi. Ça ne facilite pas la compréhension, entre nous. Heureusement qu’il y met vraiment du sien. C’est lui qui me rappelle l’heure à laquelle je dois prendre le car, et l’emplacement de la station (il suffit de remonter un peu la rue qui tourne), et le nom de ma destination : une autre ville, à plusieurs centaines de kilomètres de là, beaucoup plus au nord, où je retrouverai mes amis.



Commentaires

Des réminiscences de Une affaire de regard. Est-ce volontaire ?
Commentaire n°1 posté par pascale le 10/02/2009 à 11h17
J'essaie, autant que possible, de ne rien mettre de vraiment "volontaire" dans ces choses que je suis seul à voir ; mais tu as raison : il y a là la remontée fortuite d'une manière de jeunesse où Une affaire de regard trouve autrement ses sources (et l'Angleterre, et la figure de l'ami, et surtout la précarité).
Commentaire n°2 posté par PhA le 10/02/2009 à 11h59

jeudi 5 février 2009

Seul à voir (les livres sont encore loin)

Me voici de passage dans la ville où j’ai grandi.
Des regards s’y échangent, faits de reconnaissances, plus souvent de non-reconnaissances, de retrouvailles et de pertes où finalement je me retrouve ; je me retrouve sous vos yeux à en parcourir les rues, sur une étroite chaise à moteur. L’objet est tout compte fait d’une utilisation assez pratique, et c’est sa petitesse sans doute qui permet sa maniabilité, même si elle est peut-être aussi la cause d’une confuse insécurité.
Je dois manquer d’attention, sans aucun doute ; des pans entiers m’échappent. C’est toujours comme ça, je le sais ; il est nécessaire que vous aussi surtout vous le sachiez. (Par ailleurs ma chaise est rapide et silencieuse, elle se faufile partout ; prenez-y garde à ma poursuite.) C’est ainsi que je me trouve tout surpris de me voir dans l’unique librairie de la ville, déjà vraiment à l’intérieur, sans même pouvoir certifier qu’elle est toujours où je l’ai connue autrefois.
L’intérieur a bien changé. Ces hauts murs et ces vieux rayonnages surprennent, dans une banlieue dont l’essor est encore récent, et parmi tous ces livres déjà jaunis par le temps je ne reconnais rien. Pas un titre, pas un nom. Sans doute ne suis-je pas au bon rayon.
Il apparaît qu’il y a un étage, au-dessus, où peut-être je trouverai ce que je cherche. Je monte l’escalier, un spacieux escalier de bois qui tourne à angles droits. De vastes paliers représentent une importante place perdue : on pourrait sans problème installer là de larges rayonnages. Peut-être est-ce prévu, d’ailleurs, il y a clairement dans tout cet aménagement quelque chose de provisoire. C’est pour cela qu’il faut monter, encore, monter au-dessus de ce qui aurait dû être le premier étage, pour enfin revoir des livres. Ici les rayonnages sont récents, et sans doute aussi les livres – c’est difficile à dire : ils sont encore loin. Il y a de la couleur, en tout cas, même sur le sol, et la lumière ici est bien plus franche. Tout cela est bien tentant. Mais il y a du vide aussi, beaucoup de vide, et les passerelles oranges (ou vertes) sont vraiment trop peu larges, sans aucun garde-fou, pour qu’on s’y aventure. Certains clients l’ont fait cependant, qui vont paisiblement d’un rayon à l’autre. Moi je préfère y renoncer, de tels risques me paraissent peu raisonnables.
Mais voici un employé, tout de même, soudain présent, pour répondre à mes désirs. Sans doute en ai-je, car figurez-vous que je m’entends lui demander s’ils ont des livres de Houellebecque, et de Dantecque. Je l’écoute à peine me dire oui, je l’interromps presque : « … et d’…cque ? » connaissant d’avance la réponse négative. Il ne connaît pas. D’ailleurs je ne me reconnais pas, je me trouve bien audacieux de lui glisser qu’à ma connaissance, s’ils voulaient bien organiser une séance de dédicace, il est probable que ce dernier participerait volontiers. Cependant le jeune homme mince au front dégarni n’est pas né de la dernière pluie : le voilà qui suggère courtoisement avec un léger sourire non dénué de cruauté que, peut-être, il s’adresse à l’auteur lui-même. Je suis bien obligé de l’admettre (même si, en toute bonne foi, je pourrais encore discuter la chose), et le sourire que je lui renvoie ne m’est qu’une précaire protection. Mais oui, pourtant, pourquoi pas ? Il semble intéressé.




Commentaires

Oui, mais c'était il y a un an et moi non plus je ne connaissais pas ...ocque. Tsss! (mais un libraire, tout de même, pfff!)
Commentaire n°1 posté par Ambre le 09/01/2010 à 14h12
Des étages, des escaliers, des vides, de la place perdue, des passerelles, du lointain, des détours autour des noms, le chemin est long jusqu'à ce que le jeune homme semble intéressé.
Commentaire n°2 posté par Michèle le 19/06/2013 à 19h11

lundi 2 février 2009

Seul à voir (l’œuvre de ces vandales)

Coucher ici fut une escroquerie. Le coupable : à peine un préadolescent, tout droit sorti de mon enfance.
Pendant le dîner la fenêtre était ouverte. Ce devait être, ce doit toujours être le premier étage. Un ballon intentionnellement envoyé parvenait à passer par la fenêtre, causant de sérieux dégâts. J’ai sans doute dû le renvoyer, par la même fenêtre. Visant peut-être les coupables ?
Maintenant au matin je suis seul ici. Je vais et viens du salon au cabinet de toilette, petit mais propre, à l’ameublement impersonnel. Le tourne-disque produit une musique continue, c’est toujours le même air qui recommence, en boucle, en crachant un peu au début.
Ma poitrine est toute maquillée de larges chevrons aux couleurs variées. C’est l’œuvre encore de ces vandales, contre lesquels j’ai dû rester impuissant. J’espère que ça partira facilement.
Ils se sont appliqués, d’ailleurs ; cela a dû leur prendre du temps de dessiner tout ça. Bien que ce ne soit pas de mon goût, je dois bien reconnaître que c’est un travail soigné.




Commentaires

Oui, les dessins qui prennent du temps sont souvent oeuvres de mauvais goût (enfin, ça m'arrange de le penser...).
Commentaire n°1 posté par François Matton le 02/02/2009 à 22h18
C'est un arrangement qui me convient tout à fait. (Et imaginez que vos voisins profitent de votre sommeil pour venir vous dessiner dessus !) (pardon d'alimenter de possibles cauchemars)
Commentaire n°2 posté par PhA le 03/02/2009 à 08h52
Cher cousin (car je suis d'accord pour penser décidément que nous devons être un peu plus que voisins : il se trouve que je suis également en train de me débattre avec la question de l'écriture des rêves)
Commentaire n°3 posté par cecile portier le 13/02/2009 à 13h44
J'en étais sûr ! Il faudra que nous fassions un peu de généalogie...
Commentaire n°4 posté par PhA le 13/02/2009 à 13h58
 

mardi 27 janvier 2009

Seul à voir (le Musée du Mètre)

Mais les beaux jours reviennent, c’est sans doute pourquoi l’idée nous est venue d’aller visiter le Musée du Mètre : nous y voici.
Je l’avais déjà imaginé, ce musée, auparavant, sans jamais avoir eu l’occasion de le visiter. J’en avais même une idée très précise, je m’en rends compte à présent que je suis sur les lieux. Or les lieux, précisément, sont étonnamment conformes à l’idée que j’en avais ; je ne peux m’empêcher de m’en faire la remarque. Il y a une vaste cour goudronnée encadrée de bâtiments bas. A droite c’est un préfabriqué blanc, au mur parfaitement rectiligne ; il n’est pas certain qu’il y ait lieu de le visiter, on n’y voit pas d’accueil pour le public. A gauche un bâtiment en dur, également blanc, plus petit, affectant une certaine modernité architecturale, doit probablement contenir les collections.
Nous voici dans la queue, pour acheter nos tickets. Le tarif est de cinquante euros par personne. Ça me paraît tout de même excessif. Je ne veux pas paraître trop près de mes sous, non je ne veux pas, personne ne veut paraître trop près de ses sous ; mais tout de même, vous en conviendrez, cinquante euros pour visiter le Musée du Mètre, c’est franchement déraisonnable ! Je regarde toutefois dans mon porte-monnaie, de mauvaise grâce, comme par acquit de conscience. Je suis sûr de ne pas disposer d’une telle somme : depuis le passage à l’euro, je n’ai presque jamais d’espèces sur moi, à peine quelques pièces. Je suis d’ailleurs un peu surpris d’y trouver, après un temps, un billet de dix euros ; je ne l’aurais pas cru. Je suis assez content qu’il soit insuffisant : je renonce à la visite, je l’annonce clairement ; me voilà soulagé, presque radieux.
 
M et moi descendons maintenant la rue piétonne en pente, aux larges marches. Il fait si beau, autant nous promener ! Elle me montre des arbustes, plantés le long du mur ; elle déplore que le gel ait flétri les fleurs de ces genêts. Je rectifie : ce sont des spirées – à moins que ce ne soient des sorbaires ; il est vrai néanmoins que la blancheur de leurs fleurs a été altérée par les récentes intempéries.
 
 Nous continuons notre promenade et, dans cette même rue en pente, j’aperçois à quelque distance une forme vert vif et furtive qui disparaît prestement dans un massif d’arbustes. J’ai cependant eu le temps de reconnaître les pattes arrière et la queue d’un reptile d’une taille inhabituelle pour la région. Je pense à un lézard vert ; je suis un peu surpris, car il n’y en a guère, par ici ; et je m’élance pour voir l’animal de plus près. A peine ai-je approché qu’il ressort du massif pour s’enfuir en sens inverse. Cette fois j’ai bien le temps de le voir, et de près. Ça valait le déplacement ! Il s’agit manifestement d’un petit dinosaure, approximativement de la taille d’un gros chat, dont je ne peux préciser l’espèce ; cependant, à sa démarche bipède, je suppose un peu rapidement qu’il fait partie du groupe des théropodes.
L’animal semble blessé : sa course, légèrement bancale, n’en est pas moins extrêmement rapide. Pourtant, il me semble, pendant une fraction de seconde, ne distinguer qu’un seul membre postérieur, sur lequel la bestiole réaliserait un extraordinaire et vertigineux cloche-pied. Cependant je continue la poursuite, bien décidé à ne pas laisser disparaître cette petite merveille effrénée.
Nous arrivons enfin au bas de la rue, qui en rejoint une autre perpendiculaire et plus passante. Cette fois, le petit dinosaure s’arrête près de moi : mes efforts ont porté leurs fruits. Bien sûr il s’attaque à ma jambe, il referme sur mon mollet ses impressionnantes mâchoires, mais c’est en réalité le jeu d’un petit animal nerveux qui cherche à se préserver une relative autonomie. Tout cela est de bonne guerre. D’ailleurs voici notre ami F qui justement passait par-là, et tandis que nous bavardons, c’est à ses chaussures maintenant que s’attaque affectueusement mon petit dinosaure.
 
C’est à ce moment-là, alors que nous bavardons, que deux dames d’un certain âge, élégamment vêtues, nous interrompent pour nous dire d’un ton rieur que si nous voulons dévaliser la poste, c’est le moment : elles viennent tout juste de l’attaquer il y a quelques minutes, nous pouvons encore aller nous servir.




Commentaires

Eh bien ! Ce Musée du Mètre dépasse toute mesure... (tu n'as plus de règles ?)
Commentaire n°1 posté par Didier da le 27/01/2009 à 08h28
On voit en effet de ces choses, parfois... Moi-même, je n'en reviens pas.
Commentaire n°2 posté par PhA le 27/01/2009 à 08h40
On regrette rarement de renoncer in extremis à la visite d'un musée ou d'une exposition pour aller se promener. On regarde alors le monde avec l'attention soutenue qu'on se serait d'efforcé d'avoir dans le musée pour des vieilleries ennuyeuses. C'est tout bénef.
Commentaire n°3 posté par François Matton le 28/01/2009 à 16h46
Et autant ce Musée du Mètre est tristement conforme à l'idée que je m'en faisais (sauf pour ses tarifs), autant ses parages, a priori si ordinaires, recèlent de merveilles cachées ! Vous n'imaginez pas combien je suis heureux avec mon petit dinosaure !
Commentaire n°4 posté par PhA le 28/01/2009 à 17h11
Ah oui, en effet drole de coincidence. Ce n'est pas très loin de mon musée du nuage, un lieu étrange et poétique.
Commentaire n°5 posté par Thibault Balahy le 02/02/2009 à 16h50


 

vendredi 23 janvier 2009

Seul à voir (un oeuf)

Tiens ! Un œuf !
Il n’est pas à sa place : il est juste là, par terre, en plein milieu du chemin boueux, dans la forêt où vous venez de me retrouver.
Je vous arrête tout de suite : non, cet œuf-là n’est pas tombé d’un nid ; il se serait cassé. C’est un gros œuf, aussi gros qu’un œuf de poule, peut-être même plus gros. Mais il est blanc, d’un blanc grisâtre un peu sale. Ce pourrait être un œuf de canne, ou même d’oie.
Dans ma main, comme il pèse lourd ! (Ce poids dans ma main, sachez-le, c’est une impression agréable.) Je le rapporterais bien à la maison, mais je ne vais tout de même pas le tenir à la main pendant toute la promenade, et je n’ai rien pour le mettre.
Si je le rapportais à la maison, je pourrais peut-être le mettre en couveuse, histoire de voir ce qui va en sortir, d’élever l’oisillon, d’en faire mon animal de compagnie. Ou alors, plus simplement, je pourrais le manger.



Commentaires

Palafox frappe encore ?!
Commentaire n°1 posté par pascale le 23/01/2009 à 10h00
Mince ! Je n'avais pas pensé que ce pût être un oeuf de Palafox ! Que mes pulsions voraces me soient pardonnées...
Commentaire n°2 posté par PhA le 23/01/2009 à 13h41
 

lundi 19 janvier 2009

Seul à voir (se faire des cheveux)

M. m’a pourtant bien coupé les cheveux, à ma demande, il y a trois ou quatre jours à peine. Ils étaient pourtant bien ras, passés à la tondeuse, les quelques cheveux qu’il me reste. Qu’est-ce que c’est donc que cette épouvantable tignasse hirsute qui me chauffe la tête à présent ? Comment, à votre avis, cela a-t-il pu pousser si vite ? Il y en a si épais que ma main croirait toucher un matelas de paille quand elle appuie dessus, et cela descend presque jusqu’à mes épaules : c’est une vraie coiffure pour adolescent des années soixante-dix !
D’ailleurs, à y regarder de plus près, il me semble que mon corps a perdu quelque volume, lequel forcément a dû passer dans mes cheveux. Je me vois moins grand, moins large, sans doute aussi moins robuste ; et sous ces cheveux nouveaux je dois dire que j’ai vraiment du mal à distinguer les traits de mon visage.



Commentaires

Oui, mais n'est-ce pas rasoir de se raser ?
Commentaire n°1 posté par Christophe Borhen le 19/01/2009 à 09h48
Une autre réminiscence de Tintin, peut-être ? (Au pays de l'or noir ou On a marché sur la lune, au choix)
Commentaire n°2 posté par Didier da le 19/01/2009 à 10h54
C'est vrai, je n'y avais pas pensé ! (alors que justement nous venons de relire Au pays de l'or noir, le dernier fiston et moi) (D'ailleurs je me suis rendu compte que c'est souvent que, sans m'en rendre compte, il y a des traces de Tintin dans ce que j'écris.)
@ Christophe : Assurément - c'est d'ailleurs pourquoi je préfère me tondre...
Commentaire n°3 posté par PhA le 19/01/2009 à 12h02

mercredi 14 janvier 2009

Seul à voir (entre compatriotes)

Le soulagement que j’éprouve à l’air libre est assez bref. Il n’y a rien à voir, ici, rien à faire. De plus c’est déjà le soir, il fait presque noir, il n’est plus temps d’aller ailleurs. Me voici tout seul sur un terre-plein, sorte d’île triangulaire et goudronnée, d’une trentaine de mètres de long, au milieu de la chaussée. Quelle idée !
J’entreprends de changer de chaussures. Figurez- vous que j’en ai tout un échantillonnage varié dans mon sac à dos, en plus de celles que j’ai aux pieds. Il y a même des espadrilles, et même des pantoufles ! J’ai vraiment de quoi hésiter.
Du coup j’en ai fait tomber, je m’en rends compte en les comptant ; d’ailleurs les voilà, là-bas, mes espadrilles manquantes, à une quinzaine de mètres derrière moi. Je retourne sur mes pas pour les ramasser. Mais est-ce bien prudent d’avoir laissé les autres sans surveillance ? Mes brodequins ont bien plus de valeur. Ils pourraient bien tenter une personne mal intentionnée.
Voilà ; rassurez-vous : tout est rassemblé, il n’y a pas de mal. D’ailleurs il n’y a vraiment personne par ici. Un marchand de fleurs a même oublié là, par terre, à même le bitume, toute une petite barquette de jacinthes en godets. Elles sont peut-être un peu défraîchies, mais si peu ! ça pourrait faire un petit cadeau. Je m’en suis à peine approché que j’entends des voix, dans le noir. En face, quelque chose ressemble à la grille d’un parc, ce doit être de là que viennent ces voix masculines, et d’ailleurs peu raffinées. Ces gens parlent fort – et ils parlent encore français ! (car nous sommes à Londres, vous aviez reconnu) –, ils hèlent le propriétaire des fleurs d’une voix narquoise, le prévenant qu’un de leurs compatriotes est sur le point de lui voler ses fleurs. Et le voilà qui arrive sur-le-champ, le bougre, surgissant de nulle part, flanqué de deux acolytes. Je dois reconnaître que je suis un peu impressionné – et pourtant je suis peu impressionnable, vous l’avez certainement remarqué ; en effet on m’a toujours laissé entendre que j’étais grand et robuste. Depuis le haut d’un gigantesque corps d’ailleurs franchement mal attifé, une face goguenarde et assez patibulaire me considère avec amusement. Le visage est étroit et plutôt triangulaire, les yeux noirs et enfoncés, la peau douteuse. Les deux acolytes, visiblement beaucoup plus soigneux de leurs personnes, dans leurs manteaux de cuirs, n’inspirent pas confiance davantage. D’ailleurs, bien qu’ils paraissent minuscules par comparaison avec le fleuriste du trottoir, ils doivent bien tout de même tous les deux atteindre les deux mètres, une taille qui, je dois le reconnaître, est loin d’être la mienne. Mais chez moi la curiosité finit toujours par l’emporter sur l’appréhension. C’est pourquoi, partant du fait admis que nous sommes entre compatriotes – il va bien falloir à la longue que je m’y fasse – je m’enhardis, après avoir constaté que ma question (certes un peu hypocrite) sur le prix des jacinthes restait sans réponse, jusqu’à demander à l’effrayant fleuriste combien il mesure. « Deux mètres trente-six », me répond-il simplement. C’est bien ce que je pensais.



Commentaires

La visibilité est mauvaise, peut-être, mais pas votre vue (foi de lecteur).
Commentaire n°1 posté par Christophe Borhen le 15/01/2009 à 09h52
St James' s Park, j'avais reconnu !
Commentaire n°2 posté par pascale le 15/01/2009 à 09h59
Un peu que j'avais reconnu Londres !
Dès les premières lignes, j'ai manqué de m'écrier : "Londres ! Londres !"
(Londres me fait toujours un grand effet.)
Commentaire n°3 posté par François Matton le 15/01/2009 à 15h03
@ Christophe : C'est juste que j'en crois mes yeux...
@ Pascale : En fait, je crois que c'est plutôt du côté de Pimlico ; ça méritera peut-être un prochain billet. J'aime bien faire un peu de tourisme.
@ François : C'est sans doute que vous avez déjà fait cette expérience, François, de constater à quel point la réalité du paysage ne correspond pas à l'idée qu'on s'en faisait.
Commentaire n°4 posté par PhA le 15/01/2009 à 16h07

jeudi 8 janvier 2009

Seul à voir (m'évanouir)

Il m’arrive parfois de m’évanouir. Je ne peux jamais le savoir à l’avance, je me sens presque toujours très bien – même quand ça m’arrive.
C’est gênant, quand même, surtout en public ; imaginez : une grande carcasse comme la mienne ! Les gens forcément se croient obligés de me retenir, ils risquent de s’en vouloir s’ils n’y parviennent pas !



Commentaires

Si vous vous sentez "presque toujours très bien" quand ça arrive, plutôt que d'un simple évanouissement, je pense qu'il peut s'agir d'une forme légère d'épilepsie.
Je ne veux pas vous inquiéter davantage, mais ayant lu l'admirable "Ascension du Haut-Mal" de David B. (où il évoque la maladie de son frère), je pense que la médecine n'a guère fait de progrès depuis Dostoïevski pour traiter ce trouble étrange...
Commentaire n°1 posté par François Matton le 08/01/2009 à 17h42
Ne vous inquiétez pas, François ; ce qui m'arrive dans Seul à voir a lieu dans un monde parallèle ; dans celui-ci, je suis solide comme un roc : je ne parviens même pas à m'enrhumer vraiment ! (Et je m'en estime d'autant plus heureux quand je repense à la "médecine" dans L'Ascension du Haut-Mal - admirable, oui.)
Commentaire n°2 posté par PhA le 08/01/2009 à 18h03
La visibilité étant mauvaise, je n'ai rien vu - je suis donc innocent (comme tout le monde)...

Pas de panique si cela doit se reproduire, j'ai pris mes précautions : j'ai en effet lié vos pages aux miennes...

Cordialement, à vous (re)lire...
Commentaire n°3 posté par Christophe Borhen le 09/01/2009 à 13h26
Mais je ne crois pas plus aux mondes parallèles qu'aux plaisanteries !
Parler d'un monde parallèle c'est parler de ce monde-ci et de ce qui s'y passe réellement.
Tout comme le raciste trahit ses préjugés en à travers ce qu'il dit n'être que des plaisanteries, vous révélez le mal qui vous ronge (et que vous ne voulez peut-être pas voir) à travers ce que vous pensez n'être que de la littérature.
Consultez au plus tôt !
Commentaire n°4 posté par François Matton le 09/01/2009 à 13h55
Merci Christophe, d'essayer de me retenir (pour la peine je vous lie aussi).
François, vous avez décidé de m'inquiéter ! - alors que je dors tranquille sur mes deux oreilles.
Commentaire n°5 posté par PhA le 09/01/2009 à 15h41
Je n'ai d'abord vu que ce que Douglas Harding trouve "courtois": "Disparaître devant les autres" et ça m'a fait plaisir. Évidemment, s'il s'agit d'un effondrement physique la cause doit (ou non finalement) en être cherchée par ces chercheurs diplômés qui ont fait une dizaine d'années d'étude de plomberie anatomique.
Commentaire n°6 posté par jc le 16/01/2009 à 14h31
Non non, jc ; pas besoin de plombier, au moins dans l'immédiat ; vous avez bien lu les italiques, qui me permettent de dire deux choses différentes en même temps.
Commentaire n°7 posté par PhA le 16/01/2009 à 15h56
 

lundi 5 janvier 2009

Seul à voir (la guerre me rajeunit)

La guerre me rajeunit. Du moins celle-ci, dans un tel paysage : petites montagnes pelées et rocailleuses enneigées çà et là sous le ciel bleu.
Seul, je dois gagner un point précis, au-delà de quelques sommets. Il n’y a rien là-dedans qui me rebute. Au contraire, je suis débordant de motivation, d’enthousiasme juvénile. Probablement, je fais du zèle : regardez-moi donc ! Me voici en pleine ascension de l’un de ces sommets intermédiaires, que sans doute j’aurais pu me contenter de contourner. L’escalade se révèle d’ailleurs plus périlleuse qu’elle ne le semblait : les quelques derniers mètres sont presque à-pic et recouverts d’une neige abondante où mes membres s’enfoncent jusqu’à y disparaître. Mais vous me connaissez : je ne suis pas prêt à m’arrêter pour si peu !
C’est plus tard sans doute que je parviens tout de même au point de ralliement, sur une autre hauteur. Deux ou trois camarades d’ailleurs sont là, terminant l’installation de toutes petites choses sombres disposées en cercle à même le sol, qui constitueront notre habitat provisoire et rudimentaire. Ils me demandent ce que j’ai vu de  l’explosion. Je ne suis pas au courant, je m’informe. Une bombe, paraît-il, a été lâchée dans le secteur, qui a fait des dégâts considérables. Il est étonnant que je n’aie rien vu. Sans doute cela a-t-il eu lieu tandis que j’escaladais l’autre versant de la montagne, qui me bouchait la vue. C’est une bombe d’un modèle nouveau, qui laisse tout le monde un peu perplexe. Relativement volumineuse, il semblerait qu’elle soit d’un poids négligeable : un homme seul peut facilement la porter d’une main et la lancer à une bonne distance ! J’émets l’hypothèse qu’elle a pu être lâchée par un avion, mais les autres ne sont pas d’accord.
Cependant il est temps de partir. Tout le monde est parfaitement équipé, je suis le seul à ne pas avoir de skis – d’ailleurs je ne sais pas en faire. Les autres descendent la pente abrupte l’un après l’autre, à une vitesse que je ne pourrais évidemment jamais approcher. Je descends le dernier, en glissant sur mes chaussures. Bien sûr ils sont obligés de m’attendre, mais ils doivent reconnaître que je suis allé beaucoup plus vite qu’ils ne l’auraient jamais cru – que je ne l’aurais jamais cru moi-même –, à peine moins vite qu’eux somme toute.
Plus tard encore sans doute, dans une zone ou poussent tout de même quelques arbrisseaux aux branches nues, nous devons cesser notre progression pour nous cacher : juste devant nous vient de tomber l’une de ces nouvelles bombes d’un modèle mystérieux ! J’ai eu le temps de bien la voir : elle ressemble à un inoffensif jerricane en plastique orange foncé, une espèce de gros cube aux angles arrondis, d’environ soixante-dix centimètres de côté. Elle est en tout point semblable à celle qui a déjà causé tant de dégâts, à la couleur près : l’autre était en effet d’un orange plus clair. A la façon dont elle est tombée, je devine une trajectoire parabolique qui donne raison à mes camarades : elle n’a manifestement pas été lâchée par un avion. Mais, vous vous en doutez, toutes ces remarques n’ont duré qu’une fraction de seconde. La bombe est tombée à moins de deux mètres de moi ; j’ai immédiatement bondi en arrière et fait signe aux autres d’en faire autant. C’est cependant une précaution bien dérisoire : quand je pense aux ravages occasionnés par l’autre bombe, je vois mal quel abri pourrait nous sauver. Cependant, à cause d’un probable défaut de conception, celle-ci n’explose pas.
Et me voici à force dans l’enceinte du camp ennemi, où je me suis introduit silencieusement. Je n’y vois personne et n’y entends pas un bruit. J’ai beau fouiller quelques pièces exiguës d’une ancienne construction en pierres de taille, je n’y découvre rien. Un possible excès de zèle me pousse cependant à recommencer mes fouilles et je suis tout surpris d’entendre soudain un ronflement régulier, là où tout à l’heure régnait un parfait silence. En effet il y a là un ennemi, paisiblement endormi. Son uniforme est soigneusement plié sur une chaise au pied du lit, le calot bien accroché au dossier de la chaise. L’ensemble est taillé dans un tissu bleu gris sans doute à base de laine, qui doit désagréablement piquer la peau de celui qui le porte. Je lui subtilise silencieusement ses vêtements, ainsi que son pistolet et son fusil qu’une fouille plus approfondie de la pièce me fait découvrir, et je m’éclipse sans le réveiller.